Chronique – Le cycle d’Alamander – Le T’sank

alamander-1 - couverture

 

Lien vers la page du livre aux Editions de l’Homme sans Nom (j’aime de plus en plus cette maison d’édition: déjà deux bonnes surprises, avec « Les Kerns de l »oubli« , de Feldrik Rivat)

Lien vers le site du livre => il est vraiment super, ce site, j’adore ! Regardez un peu les gadgets en vente, car ils valent le détour. Mention spéciale pour le tome relié en peau humaine. A l’image du livre, le site est bourré d’humour. 🙂

Titre : Tome 1 – Le Tsank

Auteur : Alexis Flamand

Editeur : Editions de l’Homme sans Nom

Nombre de pages : 376 pages en version papier selon le site de l’éditeur

 

La Quatrième de couverture :

Dites adieu aux orques, aux elfes, aux dragons !

Aujourd’hui, vous partez pour Alamänder. Allez donc saluer Anquidiath, le demi-dieu enfoui sous la montagne, chatouiller les monstrueux poulpes de guerre, flâner parmi les épis du champ de blé carnivore ! Aurez-vous le cran de suivre Maek, jeune homme en quête d’une mythique école d’exécuteurs ? Serez-vous digne de devenir le disciple de Jonas, détective spécialisé dans les affaires criminelles magiques ?

Si c’est le cas, préparez-vous à découvrir un monde où se côtoient humour, intrigues policières et créatures improbables. Un monde original et farfelu d’où vous ne reviendrez peut-être pas indemne. On vous aura prévenu.

Et si vous l’osez encore, venir découvrir les premières pages.

L’avis de l’éditeur :

C’est de la fantasy drôle mais épique. Il n’y a pas de dragons, et l’auteur a eu la bonne idée de créer une cosmogonie surprenante mais extrêmement détaillée. C’est un sacré mélange des genres : on a de la fantasy, de l’humour, et même du polar. Sans compter que, pour les plus sensibles, on pourrait presque dire qu’il y a une pointe d’horreur. C’a été récompensé du coup de coeur des libraires 2008 lors de sa première – et confidentielle – édition. C’est donc une réédition, mais ce qu’on voulait, surtout, c’est sortir la suite. Enfin, pas que la suite, mais sortir l’ensemble, quoi.

 

Mon avis :

A lire absolument si on aime :

– L’Heroic-Fantasy bourrée d’humour, mais très réaliste néanmoins.

– Des personnages humains et crédibles, avec leurs forces et leurs faiblesses (tiens, comme chez Lise Syven, Lionel Behra et Feldrik Rivat, décidément : yen a marre des Grosbills invulnérables, vive les personnages « vrais » !).

– Un univers drôle et fouillé, plein de mystères !

– Une intrigue policière en fantasy.

 

A éviter si on cherche :

– De l’action tous azimuths, tout le temps. Il y a de l’action, cela dit, et on ne dort donc pas à la lecture, bien au contraire. Mais l’auteur se donne le temps de faire réfléchir ses personnages et laisse donc un peu souffler ses lecteurs lorsqu’il le faut.

 

Pour la petite histoire :

J’ai acheté ce livre au Salon du fantastique, édition 2014. J’en suis ravi, et je tâcherai d’acquérir les tomes suivants au fur et à mesure. Ca reste du grand format, donc cher à mes yeux, même si ça en vaut clairement le coup.

 

Je vais être clair: tout comme le livre de Feldrik Rivat, le cycle d’Alamander fait partie à mes yeux de ces œuvres que je qualifierais « d’originales, surprenantes ». C’est très positif à mes yeux.

 

L’univers et les personnages sont délirants à souhait, mais ils restent régis par des lois claires et nettes qui rendent l’ensemble très crédible. On n’est pas dans le délire « pour le délire ». L’humour de cette oeuvre sert bien l’histoire  Un autre très bon point pour cette œuvre.

L’intrigue est plus ou moins centrée sur une enquête par le mage Jonas Alamander. Je dis « plus ou moins », parce qu’on sent bien que ce thème est surtout un prétexte pour nous faire découvrir le mage, mais aussi et surtout l’Univers (avec un grand U). Pour autant, on n’est pas trop frustrés à la fin du tome 1, car il y a malgré tout une vraie « fin », bien qu’elle fasse un clair appel du pied à la suite. Je ne vous en dis pas plus, histoire de ne pas déflorer le mystère de ce livre avant votre lecture (mais qu’attendez-vous donc, pauvres fous ?).

 

Concernant l’univers :

On ne fait que l’effleurer, ne visitant réellement en profondeur que la capitale de l’empire Kung-Bohréen et une autre partie de l’univers, dont je ne vous dirai rien. Mais on sent derrière tout cela une vie sauvage et impétueuse qui ne demande qu’à vous attraper par le bout du nez. Ne vous attendez pas à en réchapper ! Là-bas, même les céréales peuvent vous dévorer sur place, si vous n’y prenez garde. Un conseil d’ami : tenez ce morceau de pain dans le bon sens, car il a des dents. ^^

 

Le petit plus du livre :

Comme vous avez pu le voir, j’ai été fasciné par l’univers et les personnages.

Une fois encore, j’ai été ravi par l’originalité tout bonnement impressionnante et rafraichissante à souhait de ce livre. Très sincèrement, à la première occasion qui se présentera, j’achèterai le tome suivant. Et je ne saurais trop vous conseiller d’en faire autant ! 😀

Bonne soirée tout le monde, et merci d’avoir lu cette chronique ! Vous savez ce qu’il vous reste à faire, pas vrai?

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Une nuit comme tant d’autres…

Bonjour tout le monde. Cela faisait longtemps que je n’avais rien publié sur mon blog. Croyez bien que j’en suis désolé ! 🙂 Me pardonnerez-vous?

Je reprends donc ce soir, par un court texte dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Asphodèle. Le thème? La nuit, et une sorcière, aussi.

Bonne lecture !

 

Une nuit comme tant d’autres…

Lancée à la vitesse d’un boulet de canon, les fesses bien calées sur mon fidèle balai long-courrier, je me gargarisais des senteurs nocturnes de la forêt que je surplombais. Elle défilait sous mes pieds, dans un joyeux dégradé de gris tirant sur le noir. Ma mémoire des lieux suppléait à l’absence de luminosité et j’imaginais à plaisir les feuilles vert sombre s’agitant au gré du vent, l’écorce brune des troncs d’arbres, sans oublier l’arc en ciel chromatique des fleurs occupant la moindre parcelle de terrain dégagé. Je souriais à l’évocation de mes jeux d’enfant au milieu des conifères, pour la plupart millénaires.

Les Vols de nuit apportent certes leur lot de danger, mais également de petits plaisirs tels que celui-ci : privée de l’influence de la vision, ma mémoire joue son rôle et me transporte dans le passé avec une facilité déconcertante. D’un autre côté, le fond de l’air était frais et mes rhumatismes commençaient à se rappeler, eux aussi, à mon bon souvenir. Il était temps que cela se termine et que je retrouve la douce chaleur d’un feu de cheminée…

Ramina, mon chat ailé, filait à mes côtés avec un bonheur qui semblait sans taches. La dernière fois que nous avions voyagé dans cette région, il n’était encore qu’un chaton, et qui sait ce qu’il pouvait se passer dans sa cervelle de félin ? Il paraissait transfiguré, ses larges moustaches tendues à l’extrême soulignant un sourire extatique. Il ne parlait pas, bien sûr, mais tout dans ses mouvements indiquait la joie qu’il ressentait.

Je hochais ma vieille tête de sorcière et me concentrais sur le but de notre expédition. Jacques le chauve nous attendait. Il avait, disait-il, une révélation importante à me faire. J’avais hâte de revoir mon ami. Lui restait-il quelques-uns de ces rares, mais longs cheveux blancs, qu’il arborait il y a dix ans ? Ou bien la tonsure qu’il avait volontairement subie dans son jeune âge avait-elle dégarni complètement son crâne d’œuf ? Il me tardait de le découvrir…

L’espace d’un instant, profitant de ce que j’avais ralenti l’allure, une chouette décida de nous accompagner. Hululant sa solitude, elle finit par se poser sur les poils de mon balai. Elle se secoua les ailes, rentra le cou dans ses épaules et ferma les yeux. Le silence de la nuit revint en force, brisé seulement par le souffle du vent dans ma longue cape noire. Je l’ignorais et continuais mon chemin, comme si de rien n’était. On voit trop souvent de mauvais présages là où il n’y en a pas, et j’interprétais volontiers cette visite impromptue comme la promesse d’une heureuse nouvelle à venir.

D’ailleurs, je n’allais pas tarder à être fixée : le matin pointerait très bientôt le bout de son nez couvert de rosée, et je serais alors parvenue au terme de mon voyage. Je comptais me ressourcer un peu chez ce vieux grigou de Jacques avant, peut-être, de repartir chez moi. Je dis bien « peut-être ». Car j’étais lasse.

À mon âge, on n’était plus grisée par l’ivresse du vol. On ne s’imaginait plus drapé de la ténébreuse aura de sorcière telle que dépeinte par les mythes et légendes. Les conteurs, lors des veillées au coin du feu, ne parlaient jamais des vicissitudes d’un trop long trajet sur balai-brosse. Le côté épuisant, les courbatures, le fessier moulu à l’arrivée… Tout ça, on le découvrait par soi-même, en même temps que les insomnies provoquées par l’éveil du Don.

Bien sûr, il y a le ciel étoilé que l’on tutoie allégrement et qui dévoile ses mystères peu à peu. À mesure que les yeux deviennent capables de franchir la barrière de la réalité, les joyaux de la nature se révèlent dans toute leur splendeur. Dans les premières années de mon apprentissage, j’avais parfois l’impression d’avoir été invitée à une fête permanente, telle que je n’avais jamais osé en rêver. Mais à présent que je le froid s’insinue jusqu’au plus profond de mes os, je ressens davantage d’intérêt pour la qualité de mon sommeil que pour l’exotisme de mes visions et de mes voyages des premiers temps. Confronté à un poêle à bois et à une bonne grosse couverture de laine, tout le reste n’est que philosophie du dimanche et de bas étage. Le statut privilégié, les cadeaux offerts par une population craintive et révérencieuse, la liberté d’action et de parole y compris face aux puissants de ce monde… tout cela fait pâle figure en regard d’un grog bien corsé !

Toute à mes pensées, je me surpris tout à coup à survoler une vaste plaine : c’était une trouée de plusieurs kilomètres de large formant un cercle parfait au sein de la forêt. Au centre trônait une maisonnette au toit de chaume. De la cheminée s’élevait une longue colonne de fumée, à peine visible à cette heure. Les premiers rayons du soleil ne faisaient que raser l’horizon, gommant les nuances bleutées des signaux envoyés aux quatre vents par ce vieux grigou de Jacques. Je planais au dessus de la bâtisse à deux reprises, freinant des quatre fers pour finalement atterrir juste devant la porte d’entrée. De l’intérieur me parvinrent les échos d’une chanson que je reconnus aussitôt : ma mère la fredonnait pour m’endormir, jadis.

La voix chaude du chanteur me troublait. Ses tonalités voluptueuses, chaleureuses, me firent frémir. On était loin des sarabandes guillerettes qu’affectionnaient tant les villageois de ma propre région d’adoption. Je posais ma main sur l’huis, fermais les yeux pour mieux entendre. Ramina se lova sur mon épaule droite et ronronna dans mon oreille. Ma nouvelle compagne, la chouette, préféra nidifier sur mon épaule gauche en hululant d’un air triste.

Je me penchais pour ouvrir la porte, mais la poignée tourna toute seule et je titubais en avant. Jacques se tenait là, m’observant, mi-amusé, mi-sérieux. Il avait revêtu son costume de passeur d’âme et je frissonnais malgré moi. Je n’étais jamais parvenue à m’habituer à cette idée : Jacques, ce garçon timide avec lequel j’avais partagé tant de jeux étant enfant, avait bien grandi. Il avait changé, physiquement autant que mentalement, le jour où il avait choisi la capeline pourpre des passeurs, ces convoyeurs d’âmes, qui guidaient les morts vers l’au-delà.

— Entre donc, Julienne. Je n’étais encore qu’au prologue. Tu n’as pas raté grand-chose.

Il s’écarta sur le côté, me laissant pénétrer dans son pavillon de fonction. Il me précéda ensuite jusqu’à un petit salon au plafond bas. Une dizaine de bougies baignait la pièce d’une aura chaleureuse et bienveillante. Jacques s’immobilisa soudain et se tourna vers moi. Il se mordit les lèvres, indécis.

— Et alors, que se passe-t-il ? Qu’as-tu de si important à me dire ? Vas-tu enfin parler, vieux fou ?

Je souriais en prononçant ces mots et son visage s’illumina. Puis, il mit un genou à terre et tendit une main vers moi. Je n’y comprenais plus rien. Dans le creux de sa paume reposait une petite boite recouverte de velours rouge.

— Ouvre-la, veux-tu bien ?

Sa voix tremblait légèrement. Il paraissait ému. Je me saisis de la boite et en défis le loquet, m’attendant à y trouver je ne sais quel artefact saugrenu, voire dangereux. Il n’y avait qu’une bague, ornée d’un diamant. Jacques me fixait avec un air niais, et je sentis mes tempes bourdonner.

— Qu’est-ce que ça signifie ? Tu prétendais que c’était urgent, et…

— Marek est mort, il y a un mois. Mon ami, mon frère, est passé de vie à trépas et c’est moi qui l’ai aidé à franchir les voiles et à rejoindre l’autre monde. Au tout dernier instant, il m’a avoué son amour pour une femme. Il m’a dit n’avoir jamais osé faire le premier pas. Il est parti en emportant ses regrets avec lui et j’ai décidé de ne pas commettre la même erreur. Je me lance : Julienne, veux-tu m’épouser ?

Tout d’abord, je ne sus que répondre. Ses yeux de passeur, d’un noir de jais, sans pupilles, me fixaient avec intensité. Sa peau mate semblait soudain absorber la lumière de la pièce et je ne voyais plus que lui. C’était surréaliste. Avait-on déjà entendu parler d’un convoyeur se mariant ? Avec une sorcière, qui plus est ? La communauté l’accepterait-elle ?

Mon cerveau tournait à vide et je me sentis prête à tergiverser, à temporiser. Nous devions avoir l’air fin, lui un genou à terre, le regard implorant. Moi, la mâchoire béante, les yeux exorbités.

Pourtant, je compris tout à coup que l’avis des autres m’importait peu. J’aimais cet homme, je le savais au plus profond de moi. Je l’avais toujours su. Alors, pourquoi reculer ? À quoi bon prêter l’oreille aux ragots ? On n’y récolte que des horions à l’âme, et rien de plus…

Je me penchais vers Jacques et l’embrassait avec tendresse avant de passer la bague à mon doigt.

— Oui, mon aimé, je le veux…

Mots à exploiter, tirés du blog d’Asphodèle – Les plumes de l’écriture, sur le thème de « la nuit »

Vol, chat, transfigurer, chauve*, blanc, solitude, silence, matin, se ressourcer, ivresse, ténébreux, épuisant, insomnie, étoilé, fête, rêver, sommeil, voyage, chanson, fesse, recommencement, voluptueux, sarabande, passeur, prologue, pavillon.

Les plumes d'Asphodèle