Le choc des Titans

Pas de robots, cette fois-ci, ni de créatures mystérieuses jaillies de nulle part. Seulement une lutte à mort entre deux hommes que tout oppose. Bonne lecture !

Pendant que j’y pense : ces personnages sont tirés d’une futur série de fantasy se déroulant dans l’univers de « Terres Sombres ».

 

Le choc des Titans

 

De là où je me tenais, je pouvais admirer l’ensemble du champ de bataille, ou presque. Les feus grégeois que nous avions lancés sur les troupes ennemies parsemaient la plaine de tâches rougeoyantes. Le tableau était fort agréable à contempler, je dois dire, et à juste titre : nous n’avions pas ménagé nos efforts pour déloger les racailles keshks de leur singulier abri de ferraille et de rocaille. Espéraient-ils nous voir gentiment contourner leur campement et risquer ainsi d’être pris à revers ? Certainement pas. Le gâteau était trop beau, il eut été impensable de ne pas nous en tailler quelques savoureuses parts à grands coups de piques !

J’avais établi le quartier général de campagne au sommet d’une colline admirablement bien située et, depuis, j’observais : le plus gros des combats se déroulait en contrebas de ma position. Les estafettes allaient et venaient entre ma tente et la plaine, diffusant mes ordres avec un timing impeccable.

Au bout de plusieurs heures de lutte acharnée, plusieurs guerriers keshks se frayèrent un chemin à travers ma garde personnelle pour s’en prendre directement à moi. Ce n’étaient certes pas les premiers à tenter semblable opération. Autour du feu de camp que j’avais peiné à allumer, tellement le petit bois était humide dans la région, le sol était jonché du cadavre de mes précédents adversaires.

Cette fois, un seul keshk s’avéra capable de gravir la forte pente qui menait jusqu’à moi. Je finissais tout juste de nettoyer les sillons sanglants qui avilissaient ma lame. Je la remis au fourreau et me tins sur mes gardes, paré à toutes éventualités. Enfin, le keshk se hissa à ma hauteur. C’était un géant, même en vertu des critères — pour le moins élevés — de son peuple. Je le saluais d’un bref geste de la main et l’accueillis comme il se doit :

— Prépare-toi !

Ce n’était pas une question, bien sûr, plutôt un avertissement. Il ne m’a pas écouté. Certain de sa supériorité, il n’a pas daigné lever sa garde. C’était une brute sans cervelle, je m’en étais rendu compte. Il avait beau me dépasser de deux bonnes têtes, avec des muscles à faire pâlir d’envie tous les hercules de foire de la planète, il combattait sans grâce ni recherche. Aucun esthétisme, pas la moindre souplesse dans ses gestes. Et il avait le culot de venir à moi sur le champ de bataille ? De me défier ? Les cons, ça ose tout, décidément…

Mais après tout, si son souhait était de m’offrir sa tête sur un plateau, je n’allais tout de même pas me défiler ?

J’inspirais, puis expirais à plusieurs reprises pour évacuer le début de tension que je sentais naître en moi. Il empoigna sa hache, se pencha légèrement en avant et prit appui de ses deux pieds dans la boue mêlée de sang de mes précédents adversaires. On aurait dit un taureau prêt à charger, l’écume aux lèvres. Il l’ignorait sans doute, mais il était désormais totalement à ma merci. L’imbécile !

Il s’avança d’un pas dans ma direction, puis d’un autre, son arme dérisoire brandie tel un étendard. L’heure n’était plus à la réflexion. Nous n’étions plus que deux hommes avec un seul et même objectif en tête : survivre. Et cela passerait immanquablement par la mort de notre vis-à-vis. Par habitude plus que par nécessité, je m’assurais que ma lame coulisserait sans heurt au moment de frapper. Ne rien laisser au hasard.

— Mon nom est Rasmussen Barbakar ! Je suis chef de clan du pays Keshk. Aujourd’hui, tu périras de ma main !

L’attitude de mon adversaire me surprit. Je ne m’attendais pas à ça, de la part d’un vulgaire barbare inculte. Je me présentais à mon tour, par pure courtoisie.

— Je suis le Sarak commandeur Gashark, originaire de Kesha la grande, capitale de l’ouest des terres mussilines. Mais je crois que tu te trompes sur un point : c’est ta vie qui prendra fin ce jour, non la mienne.

L’autre ne fit pas mine d’avoir compris le message. Il abattit sa hache sur moi dans un geste d’une brutale efficacité. J’esquivais d’un bond sur le côté, fit une roulade et me redressait aussitôt sur mes pieds. Le keshk ne perdit pas un instant et fonça sur moi à la manière d’une bête enragée. Cette fois, j’étais prêt. Je m’écartais de la trajectoire de ce train fou d’un simple pas sur la gauche et laissait mon sabre à lame courbe tracer un sillon sanglant entre les côtes de mon adversaire.

Je savourais déjà ma victoire et portais mon regard en direction de la plaine. Un bruit sourd dans mon dos me fit sursauter : le keshk se remettait debout en s’aidant de sa hache. Il respirait avec difficulté et devait sentir sa fin arriver. Pourtant, il s’acharnait. Ce barbare préparerait-il son chant du cygne ? Voilà qui était inattendu, mais passionnant ! Une soudaine vague de plaisir et d’excitation me submergera Il y avait beau temps que je n’avais affronté un homme digne de ce nom.

— Vient donc, lâche, hurla le keshk dans un accès de rage. Attaque-moi, si tu l’oses !

Il éructa un crachat de glaire et de sang comme pour souligner son envie d’en découdre et leva à nouveau sa hache. Je pris la peine de remettre en place mon turban et de méditer sur la force exceptionnelle de ce barbare. Il ne paraissait pas le moins du monde affecté par sa blessure, qui en aurait pourtant jeté plus d’un au tapis, pour de bon.

Je m’élançais soudain en avant pour surprendre mon adversaire, franchissant en un instant la distance nous séparant. Je tentais une puissante attaque latérale, visant son flanc gauche, mais il para in extremis avec la hampe de son arme. Je tourbillonnais sur moi-même pour m’écarter de lui et me retrouvais dans son dos, prêt à frapper. Mais un coup violent porté à mon épaule m’expédia au sol. Dans un réflexe éclair, l’autre était parvenu à se tourner sur le côté pour me marteler de son poing.

Sonné, abasourdi, je me remis sur pieds et dressais ma lame. Le barbare ne me laissa pas le temps de reprendre mes esprits : malgré sa blessure, il était plus rapide que jamais. Où trouvait-il encore la force de se battre ? Il se précipita sur moi et m’empoigna par le col avant de me donner un coup de tête qui m’envoya bouler en arrière. Je me retrouvais sur le dos, à contempler le vol des oiseaux, haut dans les cieux. Étaient-ce des goélands ? Non, ce devaient plutôt être des vautours. Bientôt, ils pourraient se repaître du corps de milliers de guerriers, tombés au champ d’honneur. Je me secouais et sortais de ma torpeur. Est-ce ainsi que tu veux mourir, des mains d’une simple bête ?

Un râle sinistre s’échappa d’entre mes lèvres. De mon nez éclaté coulait un flot de sang qui m’étouffait à demi. Une douleur sourde m’emplissait le crâne et je ne parvins pas à me redresser. L’autre se pencha sur moi et m’apostropha, d’une voix rauque :

— J’ai pris une décision, figure-toi. Je suis sûr qu’elle t’étonnera : je vais te laisser vivre. Et tout le reste de ta misérable existence, tu porteras, gravé sur ta chair, la marque de ta faiblesse !

À cet instant, je m’aperçus que le keshk s’était saisi d’un tison incandescent, sans doute tiré de mon propre feu de camp. Il l’appliqua tour à tour sur mes deux joues et je hurlais sous la douleur, sans m’évanouir pour autant. L’air me manquait, des étincelles dansaient devant mes yeux, mais je demeurais conscient jusqu’au bout. Il me lâcha alors et je retombais en arrière.

— Tu es un homme mort, Rasmussen Barbakar. Je te pourchasserai jusqu’en enfer s’il le faut. Tu regretteras de m’avoir laissé vivre !

J’ignore si je proférais plus que des gargouillis, mais cette promesse, je la tiendrai. Tu paieras au centuple ce que tu viens de me faire subir, immonde chien des plaines !

Sur mon sang, sur mon âme, oui, je le jure !

Mots à exploiter, tirés du blog d’Asphodèle – Les plumes de l’écriture. Pour une fois, j’en ai laissé un de côté: « hypocrite »:

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