Style, intrigues, personnages et univers…

La semaine passée (ici), je vous avais dit que je comptais donner une nouvelle impulsion à ce blog. Bon, je n’ai pas encore eu le temps de réorganiser mes catégories et mes tags, mais ça viendra. Le temps est passé tellement vite, ce week-end ! J’en ai même oublié de publier mon bilan hebdo, c’est dire.

Si je m’adresse à vous aujourd’hui, c’est donc pour parler du sujet évoqué ici, mercredi dernier, à savoir : « la manière dont il me semble que les éléments moteurs d’un livre de SF/Fantasy (style, intrigue, personnages, décor/univers) interagissent, se complètent, s’articulent les uns avec les autres. »

Mais en préambule, je vous entends d’ici me poser la question : « pourquoi se limiter à la SFFF ? »

Parce que c’est la littérature que je connais le mieux ou « le moins mal ». Je m’explique : à chaque genre semble correspondre un style particulier. Ça va faire cliché, voire réducteur, mais il me semble que la Fantasy s’accommode mieux que la chick lit (je n’ai pas dit « regorge de » et c’est volontaire) de descriptions parfois longues et détaillées. L’auteur a un univers à vous faire découvrir, bon sang !

De même, la SF a une image un peu moins « chaude », plus « austère » que la Fantasy. Mais c’est peut-être lié à mes lectures dans ce domaine : Asimov fait partie des auteurs de SF que j’ai le plus lus. Si vous avez des contre-exemples, n’hésitez pas.

Revenons à nos moutons :

Nous avons donc 4 éléments moteurs. D’un autre côté, dans le cas de la SFFF, et lorsqu’on l’histoire se passe ailleurs que sur terre ou à une autre époque que la notre, je considère l’univers comme un personnage à part entière. D’ailleurs, je créé généralement une « fiche personnage » pour mes planètes imaginaires : passé historique, cartes, factions en présence sont autant d’informations qui me semblent importantes.

Ce qui laisse finalement 3 éléments. Chacun semble avoir sa vision des choses. Certains placent l’intrigue au dessus de tout, quitte à ce qu’elle ne soit servie que par un ou deux personnages principaux « archétypés » et par de simples figurants laissés plus ou moins dans l’ombre, interchangeables d’un roman à l’autre. Il me semble que c’est le cas de pas mal de romans policiers : les personnages principaux se distinguent clairement, utilisés comme des phares destinés à attirer tous les regards. Quant à l’intrigue — entendez « l’enquête » —, il semble logique qu’elle constitue le cœur du roman.

D’autres misent tout (ou presque sur l’univers). Un exemple qui me vient en tête, c’est le cycle de Ténébreuse. Le décor est fouillé, très précis à tous niveaux. Les paragraphes descriptifs sont nombreux et parfois très (trop ?) détaillés. Mais j’ai trouvé que les personnages, eux, manquaient d’épaisseur. Je ne me suis véritablement attaché à aucun d’entre eux.

Le style, enfin… Dans le cas de Ténébreuse, encore, je l’ai trouvé parfois un peu lourd. Sans remettre en cause la qualité de l’univers, le style pourrait être plus fluide. Et l’auteur semble prendre un malin plaisir à noyer ses lecteurs sous des dizaines de noms de personnages, d’évènements, de lieux, etc., et ce dès les premières lignes, ou presque. En revanche, le Seigneur des anneaux ne m’a jamais bloqué alors que beaucoup de gens autour de moi l’ont trouvé (trop) long à se mettre en route. Ce n’est pas mon sentiment. D’un autre côté, je l’ai lu en anglais, ça aide peut-être ?

Ceci dit, pour en revenir au sujet principal, j’avoue n’avoir jamais lu de livres dont l’auteur mise tout sur le style. À moins que… « La maison des feuilles », peut-être ? L’histoire est classique : une maison pour le moins étrange, voire franchement inquiétante. Les personnages ne sont pas inoubliables. Mais le style du livre est… hors normes. Pas seulement au niveau de l’écriture, mais aussi, et surtout au niveau de la forme : différents types de mise en page se succèdent, on passe d’un récit classique à des passages épistolaires… D’autres paragraphes sont carrément… bizarres. Pardonnez mon manque de précision : d’une part, je m’en voudrais de trop « déflorer » le livre. D’autre part, je l’ai lu il y a plus de dix ans.

Bon sang, le temps passe vraiment trop vite !

Je vous entends d’ici : mais où veut-il en venir ?

Je pense que les livres qui m’ont le plus favorablement marqué sont ceux qui parviennent à mettre sur un pied d’égalité style, intrigue et personnages/décor. Clairement, à mes yeux, le Seigneur des anneaux en fait partie.

1/De nombreux personnages de cette trilogie crèvent littéralement l’écran. Les seconds couteaux ne sont pas en reste.

2/Les décors sont sublimes (je parle bien des livres, là, pas du film.)

3/Même si le but ultime (détruire l’anneau) tient sur un ticket de métro, le déroulement de l’histoire et ses rebondissements font plus que compenser. Largement. Mille fois. Un million de fois !

Les cycles « Fondation » ainsi que la série d’enquêtes policières à la mode SF (avec Elijah Baley) dont le premier tome se nomme « dans les cavernes d’acier », paru en 1953, font également partie de mes grands vainqueurs du jour. Si vous aimez la SF, pitié, lisez Asimov !

Pierce Anthony et son monde de Xanth font, selon moi, match égal (ou presque) avec Terry Pratchett et son disque-monde. Tous deux officient dans la Comic-Fantasy, même si Pratchett y va un peu plus fort dans l’absurde, il me semble. Quoi qu’il en soit, tous deux déploient sous nos yeux émerveillés un monde coloré, farci de personnages tous plus étranges les uns que les autres, aux histoires farcies de rebondissements.

Que dire de David Gemell et de la série centrée sur Druss ? J’ai adoré ! Par contre, j’ai lu l’un des tomes de l’Highlander et j’ai moins accroché : le personnage principal manque de charisme.

Comment, également, ne pas citer Moorcock et ses champions éternels ? Si vous êtes fan de Fantasy, mon avis est le même que pour Asimov dans le cas de la SF : pitié, lisez-le ! D’ailleurs, le cycle d’Elric de Melniboné est en train d’être adapté en BD. Les graphismes ont l’air d’être soignés. L’histoire est-elle fidèle ?

Si l’on en est à parler BD,  je citerais volontiers les « chroniques de la lune noire ». La façon dont les personnages évoluent sous nos yeux vaut le détour. L’univers fonctionne à merveille ! Quant au style, il est flamboyant. J’adore. J

Bon, je vais m’arrêter là pour le listing.

C’est vrai, la route que je tente de suivre tient de la corde raide : il me faut des personnages humains, mais dotés de qualités et défauts légèrement exacerbés (marre des héros de mangas invulnérables qui ne pensent qu’avec leurs muscles),  quelques personnages secondaires attachants, des rebondissements nombreux (de ce point de vue là, le découpage d’un roman en épisodes me paraît efficace), un univers précis et approfondi, etc.

Pour mieux immerger le lecteur, un autre choix me paraît important : intégrer ensemble actions, dialogues et descriptions de l’univers. Il faut éviter l’effet « tartine descriptive » : ces « tartines », ce sont ces longs pavés destinés à nous raconter l’histoire de la planète imaginaire et décrivant la façon de vivre de ses habitants, etc.

Je pense qu’il est plus efficace de montrer l’univers à travers les yeux et les actes des personnages. D’une part, cela permet de ne pas tout dévoiler dès le départ, mais au contraire d’y aller par petites doses. D’autre part, cela permet de ne pas ralentir le rythme de l’action et de ne pas endormir le lecteur. Remarquez, cela peut être utile de chercher à guérir les insomniaques ?

Si on y réfléchit, quel que soit le genre (je sais, je me contredis), un roman, ça peut se résumer à ça : la rencontre (amicale ou non) de personnages. Fondamentalement, tout est lié : les personnages et leur caractère influent forcément sur l’intrigue, l’univers nous apparaît à travers leurs yeux, leurs conversations, leurs actions. Ne cherchez pas à tout dévoiler dès le départ. Il est normal que le lecteur se pose des questions, au début. C’est très sain : c’est ce qui va le pousser à continuer la lecture. Pour savoir !

Comment faire pour que cela fonctionne bien ? Je ne crois pas qu’il existe de recette, à part celle-ci : du travail et encore du travail. Faites des essais. Faites vous lire. Recueillez les avis, servez-vous en pour progresser un peu plus chaque jour. Et n’oubliez pas d’utiliser de la colle à cul. Beaucoup de colle à cul : il faut s’y mettre et s’y tenir ! On n’a rien sans rien.

Moi, j’ai choisi : j’écris beaucoup. Dès que je peux. J’exploite le moindre temps de liberté soit pour écrire, soit pour réfléchir à ce que je m’apprête à écrire.

Et je me fais aider. Car si vous écrivez de la SFFF, il y a des sites de bêta-lectures pour vous : cocyclics, par exemple, ou encore Imperialdreams.

Vous n’êtes pas d’accord avec mes conclusions ? Dites-le, n’hésitez pas.

Vous êtes d’accord ? idem.

Vous voulez apporter votre pierre à l’édifice ? Raconter comment vous écrivez ? La façon dont vous liez personnages et intrigues ? Faites-vous plaisir !

Ce blog est aussi un peu le votre, après tout.

Merci pour votre fidélité.

Bonne soirée.

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5 réflexions sur “Style, intrigues, personnages et univers…

  1. Salut Pascal,

    Pour commencer le noube que je suis aurait besoin d’un petit lexique. C’est quoi la Chick Lit? La littérature pour poulette? C’est plutôt vampire à paillette, Guillaume Musso ou 50 nuances? Parce que point de vue description, ce n’est pas exactement pareil. Ou alors faut faire un compromis: 50 paillettes, et après …
    Bon et SFFF, ça veut dire quoi au juste? Science Fiction, Fantaisie et … Fromage? Je me lirais bien la bataille de Saint-Marcelin ou les Chevaliers de Roquefort …

    Pour ce qui est du reste je suis un lecteur pas un auteur et plutôt un consommateur de Fantasy (et de fromage). Je trouve ta sélection pas mal même si elle est évidemment non-exhaustive. Je suis en train de lire fondation (Tome 4) et je suis fan. Bon du coup je repousse un peu le proof-reading que je doit faire. Je m’y met ce WE.

    La lecture de ton article m’a cependant fait me questionner sur un truc: la langue. Et oui, tu n’a cité que des bouquins écris en anglais. Pas de Werber ou de Barjavel. J’aime pour ma part lire les livres anglais en VO car le rythme est différent. La langue de narration influence la construction des phrase. La condensabilité (ouais ça ne doit pas exister ça – disons la capacité à condenser alors) de l’anglais permet d’exprimer une idée par moins de mots qu’en français. L’utilisation de la ponctuation et des coordination est différente aussi. Cela rend le déroulement des actions plus vif. La quantité de mot disponible pour les synonymes et les nuances est aussi différentes – cela aura un impact sur l’impression donnée au lecteur. Ceci donne un gout particulier à la SF/fantaisie Française (Le 3ème F?) – je veut dire celle qui est écrite en Français à l’origine.

    Un autre aspect est le fond culturel – l’époque à laquelle à été écrit le roman va avoir un impact sur les conceptions de l’auteur. On ressent cela très fort en lisant fondation. La première trilogie à été publiée en 51-53 et la suite de 81 à 93. Le saut de 30 à provoqué un décalage dans les conceptions de l’auteur (à propos de l’énergie nucléaire, de la place de la femme ou même des simples implication biologiques de la présence de l’homme dans toute la galaxie). Rendre son histoire crédible aussi bien à T qu’a T+1 et à T+x est un défit incroyable (pour l’auteur de SF en particulier). Quand je repense aux hivers à durée variable du père GRR Martin je me dit que l’auteur de Fantaisie lui a une liberté bien supérieure.

    Voila bon, je ne vais pas faire un roman. Après tout les auteurs c’est vous pas moi.
    A bientôt.

    • Tous les avis sont importants. Et en lisant le tien, je me rends compte que j’ai commis 1 ou 2 oublis assez malencontreux: j’aurais dû citer également Robin Hobb et son assassin royal, ainsi que Jean-Philippe Jaworsky pour son roman « Gagner la guerre ». De grands moments de lecture dans les deux cas, et JP Jaworsky est français.
      Bien sûr, tu as raison: ma liste ne se voulait pas exhaustive. J’ai également beaucoup apprécié le cycle des Dragons de Pern par Anne McCaffrey, par exemple.

      Concernant Barjavel, j’avoue à ma courte honte que je n’ai jamais rien lu de lui. C’est sans doute un trou dans ma culture. Je suis sûr qu’un jour, je comblerai cette lacune. J’espère, en tout cas. Ne serait-ce que pour lire davantage de fantasy « à la française ». M’en imprégner, peut-être

      Deux exemples de chick lit? Le diable s’habille en prada, Bridget Jones, C’est Babelio qui le dit. 🙂
      Et comme toujours, wikipedia a son mot à dire sur la question: http://fr.wikipedia.org/wiki/Chick_lit

      Enfin, « SFFF »: Science-fiction, Fantasy, Fantastique. Mais il peut arriver que les personnages de ce genre de littérature dévore du frometon à belles dents, je pense. 😀

      Bonne soirée.

  2. Clifford Donald Simak (Demain les chiens ), orson scott gard (le cycle d’ender, enchantement), pratchett (disque monde et autres publications) , fan du cycle des dragons précédemment cité, divers auteurs chopés de ci de la, chez Emmaüs, chez des bouquinistes, sur des brocantes. les vampires d’Anne Rice, l’histoire sans fin , …… liste non exhaustive! je n’écris pas , je lis, non je dévore les livres. le cycle d’elric, le seigneur des anneaux : abordé quand j’étais ado, … je lis pour être emp!rhaaaaaaaa, rattrape ça, vite !
    et les classiques : Zola, Balzac, Hugo, Baudelaire …….
    sans oublier jack vance, king (pas tout), et puis et puis et puis
    ah si Agatha Christie
    et et et e t et et et et
    je lis parce que vous écrivez ……
    merci de le faire

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