Terra Nova – S1E6 – Sylia

Liens:

Prologue et Sommaire des épisodes

Résumé des épisodes précédents :

Denis Law et Lena Dantes sont parvenus à soutirer à Heinrich Sammer les informations dont ils avaient besoin : le nom des personnes ayant possédé ou possédant peut-être encore les plans du système de protection entourant la salle de navigation du vaisseau-planétoïde Terra Nova. L’un d’entre pourrait avoir aidé les rebelles lors de leur tentative d’infiltration.

Pendant ce temps, une jeune femme du nom de Sylia Grant explore les bas-fonds à la recherche de trésors des temps passés…

 

Épisode six :

Sylia pataugeait dans une eau opaque depuis près d’une heure et elle commençait à désespérer. À plusieurs reprises, les plafonniers des couloirs déserts qu’elle arpentait avaient grésillé, menaçant de s’éteindre pour de bon. Depuis la première alerte, Sylia avait allumé la lampe torche de son casque, juste au cas où. L’idée de se retrouver soudain plongée dans le noir, immergée jusqu’à la taille, ne l’enchantait pas. En revanche, elle se bénissait d’avoir enfilé le matin même un pantalon, une veste et des bottes d’égoutier. Ce n’était pas très seyant, mais ça lui permettait de rester au sec malgré l’atmosphère saturée d’humidité. Ne comptant pas revenir les mains vides de son excursion, elle avait aussi pris un sac à dos.

De temps à autre, tout en progressant à grandes brassées dans le bouillon elle entaillait sur quelques centimètres la cloison métallique à sa droite, à l’aide d’un couteau en céramique. Elle ne tenait pas à passer deux fois au même endroit sans en être pleinement consciente. Risquer de se perdre dans un tel labyrinthe serait une mauvaise idée. Pestant, Sylia sortit de la poche intérieure de sa veste une carte plastifiée, aux bords cornés. Elle semblait dater de la création du vaisseau et était copieusement annotée : le moindre couloir, la plus petite pièce, tout était documenté de façon détailée. Un simple carré blanc, d’une cinquantaine de m², intéressait tout particulièrement Sylia : l’atelier de réparation des robots. Il se trouvait en plein cœur de la zone inondée, mais elle conservait l’espoir qu’il soit resté au sec, contre toute probabilité.

Du plat de la main, la jeune femme essuya la boue qui maculait sa carte. Elle l’avait subtilisé deux jours plus tôt sur le bureau de Sean Faraday, le chef de son district, alors que ce dernier lui tournait le dos. Il se rhabillait en chantonnant dans sa barbe d’un air guilleret. De rage, Sylia serra les dents. Elle détestait ces « entretiens » mensuels que lui imposait Faraday. Ce salopard vicieux avait hérité sa charge d’administrateur à la mort de son propre père, un an auparavant.

Dans son lit, la nuit, Sylia rêvait qu’elle l’égorgeait après l’avoir étouffé avec son membre. Elle savait qu’elle n’aurait jamais le cran de passer à l’acte et le premier mardi de chaque mois, le même manège se répétait, inlassablement : deux soldats de la garde venaient la chercher au petit matin, sans que personne ne cherche à s’y opposer. Pas même son père. Le soir, c’est par ses propres moyens qu’elle devait trouver la force de rentrer chez elle. Alors, elle s’asseyait dans un coin et pleurait en silence, le visage baigné de larmes acides, la tête pleine des scènes de la journée d’enfer qu’elle venait de subir. Elle se disait parfois qu’elle devrait prendre un mari. Peut-être Faraday la laisserait-elle tranquille ?

Sylia cligna des yeux, hébétée. Une fois de plus, elle avait perdu contact avec la réalité. Ça lui arrivait de plus en plus souvent, ces derniers mois. Depuis que son père… La jeune femme se força à ouvrir grand les paupières. Sa main droite lui faisait mal. Elle se souvint pourquoi en regardant ses phalanges meurtries : elle se revit en train de frapper de toutes ses forces contre la porte de sa chambre, deux heures plus tôt. Elle haussa les épaules. La douleur l’aidait à se concentrer.

Elle reprit son examen de sa carte. À la pointe de son couteau, elle avait barré la plupart des accès menant théoriquement à l’atelier. Tous s’achevaient par des impasses. Plafonds effondrés, murs éventrés, trous béants dans le sol dans les rares endroits secs, elle avait eu droit à tout. Elle inspectait désormais le septième et dernier couloir. Au bout de trois-cents mètres de brasse, elle se retrouva bloquée par une porte qui refusa lui céder le passage. Sylia hurla sa frustration et cogna contre les cloisons à coups redoublés. Elle haletait lorsqu’elle parvint enfin à se calmer et ses phalanges étaient à nouveau en sang.

— Arrête de te raconter des fables. Tu le trouveras jamais, ce foutu entrepôt.

Elle leva les yeux au ciel et se figea. Au milieu du mur, Sylia venait de repérer une grille d’aération. Elle s’en approcha avec un vague sursaut d’espoir. Le sol était surélevé, juste en dessous, et la jeune femme n’eut même pas besoin de se hisser sur la pointe des pieds pour jeter un coup d’œil dans le conduit. Celui-ci était droit, sans le moindre coude aussi loin que portait le faisceau de la lampe de Sylia. En dehors du clapotis de l’eau baignant le couloir, le silence régnait en maître sur les lieux. Sylia y vit le signe d’une embellie à l’horizon et c’est avec des yeux pleins d’étoiles qu’elle se faufila à l’intérieur du tuyau d’aération. Gênée par son sac à dos, elle avait tout juste la place de ramper. Elle avança ainsi une longue minute, lentement et à la force de ses bras. Elle pria pour ne pas tomber sur une horde de rats. Ils ne manqueraient pas de festoyer sur son cadavre pendant des jours entiers, trop heureux d’une telle aubaine. Sylia frissonna. Elle préférait encore penser aux regards de fouines de Faraday.

Perdue dans ses réflexions morbides, Sylia ne sentit pas tout de suite que le conduit obliquait vers le bas, tout d’abord selon une pente douce, puis de façon rapidement plus raide. Lorsqu’elle s’en rendit compte, elle glissait déjà tête la première et, prise de panique, ne parvint pas à se retenir aux parois d’un tuyau devenu quasiment vertical. Elle se réceptionna durement sur le dos, un mètre plus bas, sur un sol métallique. Elle se releva péniblement, frictionnant ses membres endoloris par ses crapahutages autant que par sa chute imprévue. Pourquoi cette pièce n’était pas inondée comme les couloirs alentours paru mystérieux aux yeux de Sylia, un temps. Puis, elle regarda autour d’elle et n’y pensa bientôt plus. Elle était plongée dans le noir et seule sa lampe frontale permettait à Sylia de se faire une idée de la nature des lieux. Un sourire éclaira peu à peu le visage de la jeune femme. Où qu’elle se tournât, des robots humanoïdes se tenaient alignés, en rangs serrés.

Elle s’approcha de l’un d’eux. Il ressemblait en tous points aux androïdes dont lui parlait son père, lorsqu’elle n’était encore qu’une enfant. Ils avaient des membres fins et élégants, des yeux et une peau semblable à ceux des véritables humains. On aurait dit des mannequins attendant d’être habillés, dans la vitrine d’un magasin de la ville haute. L’esprit de Sylia s’évada à cette pensée. Elle songea à ce paradiscéleste, à l’azur artificiel évoqué à de si nombreuses reprises par son père qu’elle avait parfois l’impression d’y avoir passé sa jeunesse. Elle avait alors en tête l’image d’un empyrée où les Doryphores, en égaux des Dieux, avaient le droit de demeurer. Son père jouait le rôle de l’ange déchu aux ailes brisées. Sylia s’imaginait un lieu épargné par le tonnerre et le fracas des armes à énergie des commandos aux ordres des régulateurs. Elle aurait tout donné pour y vivre et échapper ainsi aux tempêtes nauséabondes générées par le système de climatisation défaillant des bas-fonds.

Sylia progressait entre les rangs des serviteurs automates, laissant ses doigts courir sur leurs corps synthétiques, caressant leur douce chevelure au passage. Elle était sur un petit nuage. Lorsqu’elle atteignit le centre de la pièce, elle y trouva une console couverte de poussière, mais dont les touches étaient encore faiblement rétroéclairées. Elle enfonça l’une d’elles, sur laquelle était figurée une ampoule. Une à une, les barres de plafonnier de l’atelier clignotèrent puis s’allumèrent, et la pénombre céda la place à une vive lumière aux tons froids. Sylia tomba à genoux et laissa éclater sa joie. Comme elle s’y attendait, la salle était remplie de robots alignés en rangs d’oignons. Il y en avait sûrement plus d’une centaine.

— Sylia, ma fille, cette fois ça y est. Tu as remporté le gros lot !

 

Mots à exploiter, tirés du blog d’Asphodèle – Les plumes de l’écriture:

Mardi / nuage / mari / enfer / empyrée / céleste / horizon / lit / paradis / tempête / embellie / azur / atmosphère / étoile / tonnerre / mystérieux / septième / coin / vague / festoyer / feuillée / fable.

Les plumes d'Asphodèle

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16 réflexions sur “Terra Nova – S1E6 – Sylia

  1. Pingback: LES PLUMES 28, les textes tombés du CIEL ! | Les lectures d'Asphodèle, les humeurs et l'écriture
    • Courageuse, en effet, mais avec de nombreuses blessures à l’âme… :/
      Je la plaindrais presque si je n’étais pas responsable de sa vie, en tant que scénariste. ^^

  2. Pingback: Bilan Hebdomadaire n°11 | L'Auberge Blévalienne
  3. Tu me laisses sur ma faim même si cet épisode est intéressant (et drôle) (des robots : le gros lot ??? Comme aujourd’hui chez un antiquaire on trouverait une table Louis XVI^^) !!! Donc je disais que j’attendais la suite, après la rencontre avec le grand manitou, ils étaient repartis à l’hôtel raccompagnés… Tu vois que je suis malgré que !!! 😆 J’ai bien aimé aussi cette recherche en eaux troubles…

  4. ce que je déteste dans ce genre de récit ce sont les épisodes …. c’est du sadisme
    en gros cela signifie que j’attends la suite avec impatience

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