Chronique – Mira: la bataille de l’eau – Ghaan Ima

 

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Titre : Mira : la bataille de l’eau

Auteur : Ghaan Ima

Collection / genre : adulte et romance / Science-fiction

Editeur : Auto édition

Nombre de pages : 494 pages en version papier selon Amazon

Quatrième de couverture :

046, Canada.

L’eau douce s’appelle aujourd’hui l’Or Bleu et les peuples s’entretuent pour ce trésor vital. Au sein du chaos, des pouvoirs psychiques sont apparus : les « miras ».

La jeune Pashka utilise son mira pour protéger les blessés pendant les combats. Alors qu’il ne lui reste plus qu’un hiver de service militaire avant d’être libre, elle découvre un petit garçon sur un champ de bataille. L’enfant soldat doit être abattu, c’est le protocole.

Mais qui pourrait obéir à un ordre pareil? Pashka se battra pour protéger ce garçon innocent menacé par son lieutenant, un homme prêt à tout pour gagner cette sale guerre. Et pour cela, il a besoin des pouvoirs de Pashka…

A propos de l’histoire :

Mira est un univers hybride mêlant un imaginaire japonais de cyberpunk/pouvoirs psy avec des personnages débordant d’émotions. Combats et romance s’entrecroisent pour dépeindre un futur glaçant: Guerre de l’eau et du pétrole, milices fanatiques et gouvernements hypocrites, enfants soldats… Pashka devra choisir entre l’amour et le devoir au milieu de tout cela.

A lire absolument si on aime :

– La romance, les sentiments :

Difficile de passer à côté des sentiments contradictoires, parfois confus (comme seuls peuvent l’être les sentiments amoureux) de Pashka, l’héroïne de ce roman. C’est là un point fort de ce livre, qui nous livre au fil de l’eau les errances sentimentales de cette femme embarquée malgré elle dans une « sale guerre » (elles le sont toutes, non ?).

– Des personnages profonds, bien identifiés et attachants :

Ici, chacun est à sa place, chacun joue son rôle, chacun est utile à l’histoire. Les personnages au centre de l’écran ont un passé, un présent, une réelle épaisseur. C’est plaisant !

– Des émotions !

J’ai serré les dents, souris, ait eu envie de foutre des claques… J’ai pleuré, aussi. Bref, beaucoup de ressenti à la lecture de ce roman !

– Un univers réaliste :

Oui, nous nous dirigeons, peu à peu, vers une « guerre de l’eau et des ressources ». Oui, cela ne sera pas beau à voir et aucun pays n’y échappera. Le barrage dressé par les USA et coupant l’accès à l’eau pour le canada dans « Mira » n’est pas une utopie : la chine réfléchit de son côté depuis quelques années (le feront-ils un jour ?) à détourner le fleuve Brahmapoutre pour faire grossir le fleuve jaune, au détriment de l’Inde. Ces derniers déclarant qu’il s’agirait alors « d’une déclaration de guerre ».

Cf : https://legeoscope.wordpress.com/2012/05/11/bataille-deau-au-tibet/

Mon avis général :

J’avais déjà lu, aimé et chroniqué sur ce blog « Les larmes du dragon », l’histoire d’un chat capable de franchir les barrières entre les mondes et vénéré tel un dragon dans l’un de ces « autres mondes » (un court roman pour adolescents, jeunes adultes et adultes). C’est donc tout naturellement que j’ai acheté « Mira : la bataille de l’eau » peu après sa sortie.

J’ai mis quelques mois à l’ouvrir, malgré une couverture très alléchante. Mais une fois la première page lue, je n’ai pas pu reposer le livre ! J’étais scotché, accroché, embarqué, prisonnier du récit.

L’intrigue est très efficace, simple sans être simpliste. Les relations entre les personnages sont complexes et bien approfondies. Un sans-faute, en ce qui me concerne !

Dans le genre « Science-fiction à tendance manga », ce roman est vraiment une perle à ne pas louper !

Mon avis sur l’univers :

Le côté original des « Mira » (pouvoirs particuliers conférés par l’âme d’objets à des hôtes humains) m’a beaucoup intéressé. Le côté « attention, péril écologique en cours ! » est très bien dépeint, sans sombrer un seul instant dans la moralisation.

Le petit (grand) plus du livre : l’originalité !

Encore un titre particulièrement original ! 🙂 Merci à l’auteure pour cet excellent moment passé en sa compagnie. Bravo !

J’espère avoir su vous convaincre.

Si oui, n’hésitez pas une seconde de plus, cliquez ici et achetez l’ebook : « Mira, la bataille de l’eau » (2,99€ seulement), ou bien la version papier (15€) !

Et après votre lecture, déposez un commentaire sur Amazon et parlez-en à l’auteure, ou bien revenez le dire ici, en commentaire de mon article 🙂

PROMOTION !

Hello à vous !

Cela faisait quelques temps (OK, j’avoue : ça faisait un temps FOU !)… que je n’avais pas donné de nouvelles, or il se trouve j’ai quelques infos à partager.

La première est une nouvelle qui me fait très plaisir : nous avons dépassé le mois dernier la barre des 300 exemplaires vendus via Amazon pour mon dernier roman, « Le Chant de l’Arbre-Mère » !

Pour être précis, 321 exemplaires se sont vendus (à fin août), dont 41 sur le seul mois d’août.

Qui plus est, il faudrait y ajouter les 11 exemplaires vendus via la Fnac et les 2 exemplaires via le site draft2digital, d’ailleurs.

Ça me paraît énorme, je n’en reviens pas 🙂

Pour fêter ça, je lance une petite séance de promotion, et ce dès aujourd’hui !

En d’autres termes, « Le Chant de l’Arbre-Mère »  est dès à présent disponible (ou le sera très bientôt, selon les boutiques: la Fnac/kobo n’a pas encore aligné le prix) au prix réduit de 0,99€ ttc pour sa version intégrale ! Si vous ne l’avez pas encore dans votre liseuse / smartphone / tablette / pc, c’est le moment ou jamais, non?

Il restera à ce prix jusqu’à dimanche soir (25/09).

Suivez ce lien pour savoir dans quelles boutiques vous pouvez vous procurer le roman:

https://books2read.com/u/mgyWKb

Passons à la seconde info, à présent :

Il se trouve que j’ai discuté avec Cyril Godefroy, il y a quelques semaines (non, quelques mois… j’ai honte de n’en parler que maintenant), dans le cadre de son « podcast auto-édition ». Vous pouvez lire la retranscription de cet entretien ou bien écouter le podcast en vous rendant ICI.

C’est en lisant la retranscription d’une interview « orale » qu’on se rend compte de nos tics de langage. C’est fou le nombre de fois où je dis « donc » au cours de l’entretien !

En tout cas, j’en profite pour remercier à nouveau chaleureusement Cyril d’avoir eu l’idée de m’inviter dans son podcast ! Je n’en reviens pas, c’est juste merveilleux, pour moi, qui reste un auteur (vraiment) très confidentiel.

Enfin, troisième et dernière news :

Je participe, depuis quelques mois et en compagnie des auteurs Loïc Lendemaine et Richard Mesplède, à l’écriture d’un roman de Dark Fantasy à six mains. Dénommé « Le Talon d’Achille » Il fait l’objet d’une publication hebdomadaire (mais qui s’interrompra temporairement pendant les grandes vacances) , avec à chaque fois de courts textes (environ 700 mots) partagés sur le site Wattpad. N’hésitez pas à aller découvrir cette histoire de magie empreinte de mythologie divine.

Le blog « Nouveau Monde » est derrière cette initiative et deux autres romans sont écrits, en parallèle, par d’autres auteurs.

Bon, j’ai bien une quatrième news, mais je pense que j’en ai suffisamment dit pour le moment. Pour aujourd’hui. Je ne voudrais pas vous noyer 😉 Surtout après un si long silence, hein ?

Mais dites-vous bien qu’à partir de 2017 (en début d’année, j’espère), il se pourrait bien que je « sorte » quelque chose qui promet d’être bien plus énorme que ce que j’ai publié jusqu’ici !

Alors, « stay tuned, folk » 😉

Au plaisir de lire vos commentaires et retours par mails.

Votre tenancier qui vous aime et vous embrasse toutes et tous, même s’il reconnaît vous avoir délaissés ces derniers mois… Désoléééééééééééééééééé !

Pascal Bléval

l’émotion de la publication…

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C’est gratuit et ça vient de sortir ! 🙂 Ca n’attend que vos petits clics pour se loger bien au chaud dans votre liseuse !

Et ça se passe ici :

À la Fnac au rayon ebook, sur Amazon, Scribd, Ibooks, Nook (Barnes & Noble), Oyster et Page Foundry.

Et au moment où j’écris ces lignes, c’est 1er du classement SF et dans le top 100 du classement général des titres gratuits ! J’en profite, parce que je pense que ça ne durera pas ^^’

classement SF au 06 10 - avec communication

 

L’aventure commence donc enfin !

Oui, l’aventure commence enfin pour « Le Chant de l’Arbre-Mère », même si la publication de l’épisode 1 n’est pas allée sans quelques déboires. C’est d’ailleurs pour cette raison que je n’ai pas communiqué sur l’événement plus tôt. Jugez plutôt :

Publié sur le site KoboWritingLife vendredi 18 septembre, l’ebook apparaît sur le site de la Fnac dès le mardi suivant avec l’information « disponible le 30 septembre ».

Joie, mais de courte durée, hélas, car il s’avère impossible de le précommander ou même seulement d’être « tenu informé de la sortie » de l’ebook en question.

J’envoie donc un mail au service client kobo et en parallèle, je lance la publication sur Amazon. Pour bien faire, je leur demande tout de suite d’aligner leur prix (0,99 €, le minimum autorisé par Amazon, à la base) sur celui de la Fnac (gratuit).

La réponse arrive presque tout de suite : « pas de problème, on s’en occupe ! »

On était mercredi. Le lundi suivant, le prix était toujours affiché à 0,99 €… et je n’avais toujours pas reçu le moindre retour de la Fnac suite à mon mail du mardi précédent…

Je renvoie donc un mail à la Fnac et là, enfin !, la réponse tombe : « pas de précommande possible sur un ebook gratuit ».

Euh… Pardon ? Pourquoi ?????

Et côté Amazon : « alors, on a testé et on n’a pas pu précommander votre livre sur la Fnac et du coup notre robot ne parvient pas à s’aligner sur le prix Fnac… »

 

Moralité : il est impossible de mettre un livre gratuit en précommande… Super nouvelle… et une étrange conception de la précommande.

En tout cas, pour résumer, le service client dédié aux auteurs d’Amazon est hyper réactif là où le même service côté Kobo / la Fnac est un brin plus poussif, quand même, malgré la bonne volonté de la personne qui m’a finalement répondu … Un bon point pour Amazon, Un mauvais pour la Fnac…

En revanche, il est a priori compliqué (malgré leur bonne volonté) de faire aligner un prix Amazon sur « gratuit »… Il m’a fallu attendre près d’une semaine pour que l’alignement du prix soit effectif côté Amazon. Cela fait long quand on se retient, du coup, de communiquer sur la sortie d’un livre…

Bonne surprise cependant : sans la moindre communication de ma part, l’ebook de l’épisode 1 a déjà été téléchargé 4 fois, montant ainsi à la 28éme place du classement Amazon en SF et à la 785éme place du classement général Amazon des titres gratuits. Depuis, ça a continué de grimper !

Qui donc sont ces lecteurs ??? Je l’ignore, mais mille mercis à eux, en tout cas ! 🙂

Côté Fnac, c’est l’encéphalogramme plat, malgré une date de disponibilité « gratuite » antérieure de près d’une semaine, donc…

 

Autre moralité :

Mon ebook est disponible gratuitement à la Fnac au rayon ebook, sur Amazon, Scribd, Ibooks, Nook (Barnes & Noble), Oyster et Page Foundry.

Une autre plateforme est prévue, mais n’a pas encore répondu « présent », là où les autres se sont mises à la page en moins de 24h après le lancement de la publication via Draft2Digital, ce qui est plutôt rapide !). Il s’agit de Tolino.

Du coup, ne vous en privez pas, téléchargez donc l’ebook à la Fnac ET sur Amazon, vous me ferez bien plaisir ! 🙂 Je ne vous demande pas de le faire sur les autres sites, rassurez-vous : il ne faut quand même pas pousser, non plus. ^^’

Ce n’est pas innocent de ma part de vous demander ça et ce n’est pas inutile. En téléchargeant mon livre sur la Fnac ET sur Amazon, voilà ce qui pourrait se produire :

1/ Cela ne vous coûtera qu’un ou deux clics.

2/ Cela permettra à mon livre de monter dans les classements sur les deux plateformes.

3/ Cela contribuera peut-être à me faire apparaître dans les tops 100 (top 10 ?) et ainsi m’aidera à me faire découvrir par le fameux « lecteur inconnu » qui est la cible ultime de tout auteur écrivant dans le but d’être lu par le plus grand nombre. S’il ne débarque pas, ce lecteur inconnu, le livre ne décolle pas.

Hé oui, c’est un fait regrettable, mais avéré : je n’ai pas 10 000 amis susceptibles d’acquérir mes publications !

4/ Vous me rapprocherez ainsi de mon rêve : faire de l’écriture plus qu’une passion, peut-être un métier ?

Je vous souhaite une bonne lecture de ce premier épisode, en espérant qu’il vous plaira !

Si c’est le cas, n’hésitez pas à laisser un commentaire, soit sur Amazon, soit sur la Fnac.

Vous pouvez même laisser des commentaires sur goodreads et booknode ! Elle est pas belle, la vie, hein?

 

A côté de ça, j’ai contacté le site « Livreaddict ». Croisez les doigts pour moi aux alentours du 20 octobre : c’est la date à laquelle « Chroniques d’une humanité augmentée » et les deux premiers épisodes du « Chant de l’Arbre-Mère » seront proposés en lecture aux blogueurs littéraires « approved by Livreaddicts ». J’espère qu’ils apprécieront la lecture, eux aussi !

Là encore, vous avez un rôle à jouer, par vos commentaires positifs (et sincères, j’insiste !) : peut-être le fait de lire quelques bons commentaires motivera-t-il suffisamment les blogueurs Livreaddicts pour qu’ils osent lire le travail d’un parfait inconnu ?

En tout cas, « je compte sur vous ! » 🙂 À votre bon cœur !

Sur ces bonnes paroles, je vous souhaite une bonne fin de journée, ainsi qu’une excellente semaine !

Bien à vous,

Pascal

 

Terra Nova – S1E7 – Vestiges…

Prologue et Sommaire des épisodes

Résumé des épisodes précédents :

Denis Law et Lena Dantes sont parvenus à soutirer à Heinrich Sammer les informations dont ils avaient besoin : le nom des personnes ayant possédé ou possédant peut-être encore les plans du système de protection entourant la salle de navigation du vaisseau-planétoïde Terra Nova. L’un d’entre pourrait avoir aidé les rebelles lors de leur tentative d’infiltration.

Pendant ce temps, une jeune femme du nom de Sylia Grant explore les bas-fonds à la recherche de trésors des temps passés. Dans un atelier isolé, coupé du reste du réseau par des inondations et oublié de tous, elle tombe sur plusieurs dizaines de robots à l’air neuf. D’autres merveilles se cacheraient-elles dans les parages ?

 

Épisode sept :

Un court instant, Sylia se sentit gagnée par l’euphorie. Elle s’écroula sur les genoux, les jambes coupées par l’idée de sa richesse à venir. Puis, le silence retomba, la réalité s’imposa à elle et elle fut prise d’un doute.

Comment ramener ces robots ? Par où les faire passer ? Et surtout, comme les vendre sans attirer l’attention ?

Sylia se releva et regarda à nouveau autour d’elle : certains disaient que même dans la ville haute, les androïdes en bon état se faisaient rares. Il y en avait pour une fortune. Sylia se rendit compte que si elle se pointait avec un de ces automates dans les bas-fonds, elle allait se faire envoyer directement au trou par le chef de district. Sans parler de l’interrogatoire musclé qui suivrait immanquablement. Mais plus que pour toute autre raison, elle se refusait à faire un tel cadeau à ce porc de Faraday : il ne mettrait jamais la main sur une cette caverne au trésor.

— Rien n’est jamais facile, philosopha la jeune femme à voix haute. Je le sais bien, mais quand même ! Je ne demande pas la lune, pourtant. Je veux juste qu’on me foute la paix et avoir de la chance, de temps en temps !

Prise d’un soudain accès de rage, elle asséna un violent coup de poing sur l’un des robots. Elle se reprocha amèrement la vanité de ses espoirs et s’efforça à retrouver un peu de sérénité. Sous le choc, les blessures de ses phalanges s’étaient rouvertes et lui faisaient un mal de chien. Un filet de sang rouge grenadine s’étalait sur la surface grise du robot, que Sylia essuya d’un geste machinal. Pour se calmer, elle tapota du plat de la main l’épaule de l’automate et tenta de réfléchir à une solution. Tous les démonter pièce par pièce pour les écouler au fur et à mesure réduirait les probabilités de se faire repérer. D’un autre côté, le temps de gagner assez d’argent pour payer le traitement régénératif de son père, ce dernier serait mort de vieillesse depuis belle lurette. Et puis, elle risquait surtout d’endommager les composants. La patience n’était pas la première de ses vertus, et il devait en falloir pour un travail aussi minutieux que le démontage complet d’un robot.

Sylia soupira et se rapprocha à nouveau du pupitre de commandes de l’atelier. L’un des boutons du tableau de bord était surmonté de l’image d’un plan en 2D. Elle l’enfonça et une carte se déploya sous ses yeux, en version hologramme. Lorsque Sylia pointa du doigt la pièce centrale, où elle se trouvait, des détails s’affichèrent en filigrane : nombre de robots stockés, production — nulle — sur les cent jours précédents, température et humidité ambiantes, le tout suivi de nombreux diagrammes. Sylia repéra un couloir sur le plan, reliant l’atelier à une autre pièce de dimension plus réduite. Sylia interrogea la console et de nouvelles statistiques apparurent : c’était un entrepôt, censé contenir une centaine de synthétiseurs de nourriture et autant de trousses de premiers secours. La jeune femme sourit et se frotta les mains. Ce serait plus facile de les rapporter et de les revendre que les robots. Elle tenta d’ouvrir les portes de l’entrepôt et du couloir à distance, mais un voyant rouge s’alluma à chaque fois, accompagné d’une courte explication sur l’origine du problème : « système non opérationnel, veuillez procéder manuellement ». Un diagramme s’affichant, détaillant la procédure à suivre.

— Rien n’est jamais simple, répéta Sylia en grinçant des dents. Je devrais faire graver cette phrase sur mon urne funéraire, ça résume plutôt bien mon existence…

Elle tourna sur elle-même, finit par repérer la porte mentionnée par le plan. Ce n’était autre qu’une grille étroite, en fer forgé, du côté sud de l’atelier. Sylia s’en approcha et constata qu’elle semblait en bon état. Le volant qui en commandait l’ouverture n’opposa qu’une faible résistance lorsque la jeune femme le fit pivoter vers la gauche et la grille lui céda le passage en protestant. Les lumières du couloir s’allumèrent au fur et à mesure de la progression de Sylia. Le sol et les murs étaient faits d’une matière blanche, aveuglante et chaude au toucher. Tous les vingt ou trente mètres, des niches avaient été aménagées de chaque côté du couloir. Des robots sentinelles, d’allure pataude, y reposaient. Ces statues de métal rutilant semblaient juste attendre un ordre pour sortir de leur torpeur. À côté de leurs formes massives, les courbes des automates de l’atelier leur donnaient une apparence gracile, presque fragile.

Après la troisième rangée de niches, Sylia commençait à se demander pourquoi un entrepôt de trousses de soins et de synthétiseurs impliquait un tel niveau de protection. Son regard fut alors attiré par une porte non répertoriée sur la carte de l’atelier. Elle s’en approcha avec circonspection. Elle était large — trois personnes auraient pu la franchir de front. Il n’y avait pas de volant, cette fois-ci, mais ce n’était pas nécessaire : un des battants était légèrement ouvert. Suffisamment pour laisser passer Sylia, même si elle dut cependant se contorsionner pour éviter de se racler les fesses sur les aspérités de la porte. Elle jeta un coup d’œil en arrière, dans le couloir : les robots sentinelles n’avaient pas réagi. La pièce était plongée dans la pénombre, mais Sylia n’eut pas longtemps à attendre. Comme dans le couloir, la lumière s’alluma d’elle-même après que la jeune femme eut fait quelques pas en avant. Ce que les lampes d’un blanc crue et dure dévoilèrent appartenait à un autre âge. Sylia eut un mouvement de recul : autour d’elle, sur des étagères en métal alignées au cordeau, étaient stockées des armes en provenance directe du crépuscule de la mythique Terre. Sylia en reconnut certaines : mitraillettes, fusils laser et grenades par paquets entier s’entassaient sous ses yeux. Elle s’empara d’un pistolet lanceur de fléchette et le tourna en tous sens. Il semblait flambant neuf, comme les robots de l’atelier. Son père en possédait un et lui avait appris à s’en servir. Elle fut surprise de constater qu’il était chargé et en parfait état de fonctionnement. Lorsqu’elle pressa la gâchette, une fléchette jaillit du canon et se ficha de trois ou quatre bons centimètres dans la paroi métallique de la pièce. Sylia en fut impressionné. Jamais l’arme de son père n’aurait pu obtenir un tel résultat.

— Dans quoi me suis-je fourrée, murmura Sylia, soudain effrayée par la portée de sa découverte.

Un bruit en provenance du couloir tira la jeune femme de ses réflexions. On aurait dit le crissement de griffes sur de l’acier…

 

Mots à exploiter, tirés du blog d’Asphodèle – Les plumes de l’écriture:

Fesse / attendre / richesse / dent / refuser / doute / vieillesse / circonspection / vertu / crépuscule / lune / philosophie / âge / vanité / sérénité / psalmiste (celui qui écrit des psaumes)  / paix / graver / gracile / grenadine.

Les plumes d'Asphodèle

Terra Nova – S1E6 – Sylia

Liens:

Prologue et Sommaire des épisodes

Résumé des épisodes précédents :

Denis Law et Lena Dantes sont parvenus à soutirer à Heinrich Sammer les informations dont ils avaient besoin : le nom des personnes ayant possédé ou possédant peut-être encore les plans du système de protection entourant la salle de navigation du vaisseau-planétoïde Terra Nova. L’un d’entre pourrait avoir aidé les rebelles lors de leur tentative d’infiltration.

Pendant ce temps, une jeune femme du nom de Sylia Grant explore les bas-fonds à la recherche de trésors des temps passés…

 

Épisode six :

Sylia pataugeait dans une eau opaque depuis près d’une heure et elle commençait à désespérer. À plusieurs reprises, les plafonniers des couloirs déserts qu’elle arpentait avaient grésillé, menaçant de s’éteindre pour de bon. Depuis la première alerte, Sylia avait allumé la lampe torche de son casque, juste au cas où. L’idée de se retrouver soudain plongée dans le noir, immergée jusqu’à la taille, ne l’enchantait pas. En revanche, elle se bénissait d’avoir enfilé le matin même un pantalon, une veste et des bottes d’égoutier. Ce n’était pas très seyant, mais ça lui permettait de rester au sec malgré l’atmosphère saturée d’humidité. Ne comptant pas revenir les mains vides de son excursion, elle avait aussi pris un sac à dos.

De temps à autre, tout en progressant à grandes brassées dans le bouillon elle entaillait sur quelques centimètres la cloison métallique à sa droite, à l’aide d’un couteau en céramique. Elle ne tenait pas à passer deux fois au même endroit sans en être pleinement consciente. Risquer de se perdre dans un tel labyrinthe serait une mauvaise idée. Pestant, Sylia sortit de la poche intérieure de sa veste une carte plastifiée, aux bords cornés. Elle semblait dater de la création du vaisseau et était copieusement annotée : le moindre couloir, la plus petite pièce, tout était documenté de façon détailée. Un simple carré blanc, d’une cinquantaine de m², intéressait tout particulièrement Sylia : l’atelier de réparation des robots. Il se trouvait en plein cœur de la zone inondée, mais elle conservait l’espoir qu’il soit resté au sec, contre toute probabilité.

Du plat de la main, la jeune femme essuya la boue qui maculait sa carte. Elle l’avait subtilisé deux jours plus tôt sur le bureau de Sean Faraday, le chef de son district, alors que ce dernier lui tournait le dos. Il se rhabillait en chantonnant dans sa barbe d’un air guilleret. De rage, Sylia serra les dents. Elle détestait ces « entretiens » mensuels que lui imposait Faraday. Ce salopard vicieux avait hérité sa charge d’administrateur à la mort de son propre père, un an auparavant.

Dans son lit, la nuit, Sylia rêvait qu’elle l’égorgeait après l’avoir étouffé avec son membre. Elle savait qu’elle n’aurait jamais le cran de passer à l’acte et le premier mardi de chaque mois, le même manège se répétait, inlassablement : deux soldats de la garde venaient la chercher au petit matin, sans que personne ne cherche à s’y opposer. Pas même son père. Le soir, c’est par ses propres moyens qu’elle devait trouver la force de rentrer chez elle. Alors, elle s’asseyait dans un coin et pleurait en silence, le visage baigné de larmes acides, la tête pleine des scènes de la journée d’enfer qu’elle venait de subir. Elle se disait parfois qu’elle devrait prendre un mari. Peut-être Faraday la laisserait-elle tranquille ?

Sylia cligna des yeux, hébétée. Une fois de plus, elle avait perdu contact avec la réalité. Ça lui arrivait de plus en plus souvent, ces derniers mois. Depuis que son père… La jeune femme se força à ouvrir grand les paupières. Sa main droite lui faisait mal. Elle se souvint pourquoi en regardant ses phalanges meurtries : elle se revit en train de frapper de toutes ses forces contre la porte de sa chambre, deux heures plus tôt. Elle haussa les épaules. La douleur l’aidait à se concentrer.

Elle reprit son examen de sa carte. À la pointe de son couteau, elle avait barré la plupart des accès menant théoriquement à l’atelier. Tous s’achevaient par des impasses. Plafonds effondrés, murs éventrés, trous béants dans le sol dans les rares endroits secs, elle avait eu droit à tout. Elle inspectait désormais le septième et dernier couloir. Au bout de trois-cents mètres de brasse, elle se retrouva bloquée par une porte qui refusa lui céder le passage. Sylia hurla sa frustration et cogna contre les cloisons à coups redoublés. Elle haletait lorsqu’elle parvint enfin à se calmer et ses phalanges étaient à nouveau en sang.

— Arrête de te raconter des fables. Tu le trouveras jamais, ce foutu entrepôt.

Elle leva les yeux au ciel et se figea. Au milieu du mur, Sylia venait de repérer une grille d’aération. Elle s’en approcha avec un vague sursaut d’espoir. Le sol était surélevé, juste en dessous, et la jeune femme n’eut même pas besoin de se hisser sur la pointe des pieds pour jeter un coup d’œil dans le conduit. Celui-ci était droit, sans le moindre coude aussi loin que portait le faisceau de la lampe de Sylia. En dehors du clapotis de l’eau baignant le couloir, le silence régnait en maître sur les lieux. Sylia y vit le signe d’une embellie à l’horizon et c’est avec des yeux pleins d’étoiles qu’elle se faufila à l’intérieur du tuyau d’aération. Gênée par son sac à dos, elle avait tout juste la place de ramper. Elle avança ainsi une longue minute, lentement et à la force de ses bras. Elle pria pour ne pas tomber sur une horde de rats. Ils ne manqueraient pas de festoyer sur son cadavre pendant des jours entiers, trop heureux d’une telle aubaine. Sylia frissonna. Elle préférait encore penser aux regards de fouines de Faraday.

Perdue dans ses réflexions morbides, Sylia ne sentit pas tout de suite que le conduit obliquait vers le bas, tout d’abord selon une pente douce, puis de façon rapidement plus raide. Lorsqu’elle s’en rendit compte, elle glissait déjà tête la première et, prise de panique, ne parvint pas à se retenir aux parois d’un tuyau devenu quasiment vertical. Elle se réceptionna durement sur le dos, un mètre plus bas, sur un sol métallique. Elle se releva péniblement, frictionnant ses membres endoloris par ses crapahutages autant que par sa chute imprévue. Pourquoi cette pièce n’était pas inondée comme les couloirs alentours paru mystérieux aux yeux de Sylia, un temps. Puis, elle regarda autour d’elle et n’y pensa bientôt plus. Elle était plongée dans le noir et seule sa lampe frontale permettait à Sylia de se faire une idée de la nature des lieux. Un sourire éclaira peu à peu le visage de la jeune femme. Où qu’elle se tournât, des robots humanoïdes se tenaient alignés, en rangs serrés.

Elle s’approcha de l’un d’eux. Il ressemblait en tous points aux androïdes dont lui parlait son père, lorsqu’elle n’était encore qu’une enfant. Ils avaient des membres fins et élégants, des yeux et une peau semblable à ceux des véritables humains. On aurait dit des mannequins attendant d’être habillés, dans la vitrine d’un magasin de la ville haute. L’esprit de Sylia s’évada à cette pensée. Elle songea à ce paradiscéleste, à l’azur artificiel évoqué à de si nombreuses reprises par son père qu’elle avait parfois l’impression d’y avoir passé sa jeunesse. Elle avait alors en tête l’image d’un empyrée où les Doryphores, en égaux des Dieux, avaient le droit de demeurer. Son père jouait le rôle de l’ange déchu aux ailes brisées. Sylia s’imaginait un lieu épargné par le tonnerre et le fracas des armes à énergie des commandos aux ordres des régulateurs. Elle aurait tout donné pour y vivre et échapper ainsi aux tempêtes nauséabondes générées par le système de climatisation défaillant des bas-fonds.

Sylia progressait entre les rangs des serviteurs automates, laissant ses doigts courir sur leurs corps synthétiques, caressant leur douce chevelure au passage. Elle était sur un petit nuage. Lorsqu’elle atteignit le centre de la pièce, elle y trouva une console couverte de poussière, mais dont les touches étaient encore faiblement rétroéclairées. Elle enfonça l’une d’elles, sur laquelle était figurée une ampoule. Une à une, les barres de plafonnier de l’atelier clignotèrent puis s’allumèrent, et la pénombre céda la place à une vive lumière aux tons froids. Sylia tomba à genoux et laissa éclater sa joie. Comme elle s’y attendait, la salle était remplie de robots alignés en rangs d’oignons. Il y en avait sûrement plus d’une centaine.

— Sylia, ma fille, cette fois ça y est. Tu as remporté le gros lot !

 

Mots à exploiter, tirés du blog d’Asphodèle – Les plumes de l’écriture:

Mardi / nuage / mari / enfer / empyrée / céleste / horizon / lit / paradis / tempête / embellie / azur / atmosphère / étoile / tonnerre / mystérieux / septième / coin / vague / festoyer / feuillée / fable.

Les plumes d'Asphodèle

Terra Nova – S1E5 – Androïde

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Prologue et Sommaire des épisodes

Résumé des épisodes précédents :

Denis Law et Lena Dantes sont chargés d’enquêter sur une tentative d’infiltration de la salle de navigation du vaisseau-planétoïde Terra Nova.

Les régulateurs du secteur de Néotopia leur donnent carte blanche pour rétablir la sécurité.

Les deux agents se rendent chez Heinrich Sammer, dirigeant influent de la confrérie des Doryphores, dans l’espoir que celui-ci ait des réponses à leur apporter.

Un androïde les guide vers la demeure du mystérieux Monsieur Sammer, au milieu d’un paysage digne de la mythique Terre.

 

Épisode cinq :

— Prouvez-moi que vous êtes Heinrich Sammer.

Le silence se fit. Lena fixa Denis, sans laisser paraître la moindre émotion. D’abord interloqué, Heinrich rejeta la tête en arrière et éclata d’un rire franc, presque joyeux. Lorsqu’il parvint à calmer son hilarité, de petites larmes perlaient au coin de ses yeux.

— Vous êtes quelqu’un, vous. Ça alors ! On ne me l’avait jamais faite, celle-là. « Prouvez-moi que vous êtes Sammer », répéta l’adolescent en imitant la voix de Denis.

Puis, son regard se fit de glace et il eut un geste bref de la main droite. Le majordome MC-130 pénétra dans la pièce et ceintura Denis.

— Je vous suggère de lui dire de me lâcher.

— Et pourquoi le ferais-je ? Éclairez ma lanterne, je vous prie : explique-moi qui de nous deux est en position de force.

— Ça me paraît évident.

Denis scrutait son interlocuteur. Heinrich fit un nouveau mouvement du bras pour donner un ordre à son serviteur. Lena agit aussitôt. D’un bond, elle fut sur le robot. Celui-ci recula d’un pas. Denis en profita pour se libérer et se laisser tomber en avant. Lena saisit MC-130 par le cou et poussa, l’envoyant s’écraser contre un mur. Sous le choc, la tête du majordome éclata. Pris de vertige face à la tournure des évènements, Heinrich se leva, stupéfait. Denis le visait avec un pistolet. Les yeux d’Heinrich s’agrandirent lorsque l’agent des régulateurs pressa la détente. Le projectile fut stoppé net à un mètre de sa cible. Denis remit son arme dans son holster et se rassit.

— Vous êtes bien Heinrich Sammer. Les champs de force individuels sont trop rares pour être confiés à un subalterne.

Lena, après avoir rajusté sa tenue, fit face à leur hôte. Elle s’inclina, rigide, buste ployé vers l’avant et bras le long du corps.

— Veuillez excuser le comportement inqualifiable de Monsieur Law ainsi que le mien, Monsieur Sammer. Il n’a jamais été dans nos intentions de vous faire du tort ou de risquer de vous blesser. Nous transmettrons à nos supérieurs un rapport détaillé sur les circonstances de ce malencontreux incident.

Heinrich ne semblait pas l’avoir entendue.

— Mais c’est… Êtes-vous un cyborg ? Et cette arme ! Comment a-t-elle pu franchir mes systèmes de sécurité sans être détectée ?

— De quoi parlez-vous ?

Denis paraissait sincèrement étonné. Il écarta les pans de sa veste : son holster avait disparu.

— Camouflage moléculaire… Je vois. Le régulateur Uneus vous a trop bien équipé. Il me doit des explications.

Heinrich se rassit et Lena se redressa, avant de l’imiter. Heinrich semblait calmé. Il s’appuya sur les accoudoirs de son fauteuil, mains jointes en un triangle au niveau de son visage, puis se pencha en avant et fixa Denis. Ses yeux s’étaient étirés pour ne plus former que deux simples fentes sombres, impénétrables.

— Tout ceci m’a coupé l’appétit. Venons-en au fait : qu’attendez-vous de moi ?

Denis se laisser aller en arrière, contre son dossier.

— Vous avez participé aux travaux destinés à assurer la protection de la salle de navigation de notre vaisseau.

Ce n’était pas une question. Heinrich hocha la tête et Denis poursuivit.

— Nous avons besoin de savoir qui, à part vous, a pu avoir accès aux plans du dédale entourant la zone.

Heinrich réfléchit quelques instants. Puis, il soupira et se passa la main dans son abondante chevelure brune.

— Quatre personnes, cinq tout au plus, sont concernées. Je vous envoie la liste immédiatement.

— Reçu, indiqua Denis presque aussitôt.

— Quoi d’autre ?

— Votre emploi du temps, ainsi que celui de votre famille et de vos proches au cours des dix derniers mois, est en train d’être examiné de près. Si vous avez quoi que ce soit à vous reprocher, nous le trouverons.

— Je n’ai rien à cacher aux régulateurs.

Heinrich semblait mal à l’aise, mais il n’ajouta rien. Denis pencha la tête du côté droit, le regard soudain vague. Sur sa rétine venait d’apparaître l’image en 3D de l’un de ses informateurs.

— Oui, c’est moi, dit Denis à voix haute. Soyez bref. Je vois. Nous arrivons.

Puis, il se tourna vers Lena.

— Je viens de recevoir un appel urgent. Nous sommes attendus. As-tu quelque chose à demander à notre hôte ?

Lena esquissa un léger sourire avant de s’adresser directement à Heinrich.

— Nous tenons une fois encore à vous présenter nos excuses pour les désagréments occasionnés. J’ai cependant une dernière question à vous poser avant de vous débarrasser de notre encombrante présence : l’un des employés humains enregistrés sur votre domaine est porté disparu depuis cinq jours. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi l’information n’a pas été communiquée aux régulateurs de Néotopia ?

Un blanc suivit,  qu’Heinrich rompit finalement en se raclant la gorge.

— Je n’ai pas à rendre compte des allées et venues de mes salariés.

— C’est votre réponse ?

— Tout à fait.

Lena se leva et adressa un franc sourire à son interlocuteur.

— En ce cas, il me reste à vous remercier pour votre coopération, Monsieur Sammer. Inutile de nous accompagner, nous saurons trouver notre chemin.

Denis se mit debout à son tour. Les deux agents saluèrent leur hôte et prirent congé. Quatre robots les attendaient dans le couloir, leur taser à portée de main. Heinrich les rejoignit. Il avait déjà recouvré l’entière maitrise de ses nerfs et observa Denis et Lena d’un air neutre.

— Permettez, j’insiste. Mes serviteurs vous protégeront jusqu’à ce que vous ayez quitté mon domaine.

— C’est que nous avons encore à faire dans le coin, indiqua Denis. Nous avons réservé une chambre à l’hôtel Carpey.

— Mes robots vous y mèneront. Au revoir. Ce fut un plaisir.

Les yeux d’Heinrich démentaient ses propos amicaux. Le sourire qu’il affichait semblait le fruit d’un tic plutôt que d’une volonté délibérée. Il n’ajouta rien, mais son regard parlait pour lui. Comme un seul homme, les serviteurs d’Heinrich Sammer s’inclinèrent devant les agents Denis et Lena avant de les escorter jusqu’à leur taxi. Celui-ci les attendait toujours à la même place, au niveau de la guérite de ZX-521.

— Je me suis permis d’indiquer à l’IA de votre véhicule le plus court chemin vers votre hôtel, expliqua le robot gardien. Vous y serez dans une petite demi-heure, tout au plus.

Puis, il s’éloigna pour reprendre son poste de garde-barrière. Une fois dans le taxi, Denis éclata de rire.

— Je ne comprends pas ce qui peut vous amuser ainsi.

Le sourire de Lena semblait moins lisse qu’à l’accoutumée. Son chignon était légèrement de travers et elle le remit en place après s’être observée dans un miroir.

— J’en étais sûr, lui dit Denis.

— De quoi parlez-vous ?

— Tu ne peux plus le nier, à présent. Tu es un robot, Lena.

La jeune femme leva le bras droit et le tourna vers Denis, paume vers le haut, avant d’en effleurer la peau avec les doigts de son autre main. L’épiderme s’ouvrit sur toute sa longueur, révélant des os de métal protégeant une multitude de câbles électriques.

— Mon corps n’est peut-être pas fait de chair et de sang, mais mon cerveau est bel et bien organique. Je ressens des émotions. Je suis humaine, tout comme vous.

Denis rit de plus belle. Lena se renfrogna et détourna le regard. Elle semblait vexée. Le taxi avait démarré pendant leur discussion et roulait à vive allure au milieu de vastes champs. Le mur séparant le domaine d’Heinrich Sammer du reste du quartier des Doryphores s’était déjà sensiblement rapproché et était désormais bien visible à l’horizon.

— On n’a pas tiré grand-chose de cet étrange bonhomme, mais on n’est pas venu pour rien : au moins, à présent, je connais ta véritable nature. Ne fais pas cette tête. Tout ça m’amuse beaucoup.

De fait, il semblait excité comme un enfant face à un nouveau jouet. Lena se fit plus sombre encore.

— Vous auriez pu vous faire tuer, c’était idiot de votre part de provoquer ainsi Monsieur Sammer. Si je n’étais pas intervenu, vous ne seriez plus de ce monde. Vous êtes fou, Denis.

— « Denis » ? Je ne suis plus « Monsieur Law » ? On progresse, c’est bien.

— Je vous trouve énervant. Avec vous, on ne sait jamais sur quel pied danser. Tenter de vous suivre sur votre terrain, c’est prendre le risque de se frotter à un tourbillon mental. C’est ce que vous voulez entendre ?

Lena ne souriait plus, à présent. Elle fronçait les sourcils, mais le résultat n’était rien moins que crédible.

— Arrête donc de te forcer, Lena. Sois toi-même, ce sera déjà pas mal. En tout cas, ton épiderme est extraordinaire. Malgré tous les types de capteurs dont je dispose, je suis incapable de voir autre chose en toi qu’une humaine des plus banales. Si je t’ausculte à coups de rayons X, c’est un squelette qui apparaît. Et les veines qui courent sur ta peau sont une merveille d’imitation.

— Je me répète, je ne suis pas une machine.

Denis secoua la tête, surpris par le déni dont faisait preuve Lena.

— Il faut savoir s’accepter comme on est, Lena. Chacun ses qualités et ses défauts, ses habitudes et ses vices. Tiens, d’ailleurs, j’espère qu’il y aura un minibar dans ma chambre. Un peu d’alcool me ferait le plus grand bien, je crois.

— Je ne pense pas que ce soit prévu.

Denis s’assombrit, avant d’évacuer le problème d’un haussement d’épaules.

— Tant pis. Je ne m’enivrerai donc pas, ce soir. Je m’y attendais un peu, j’avoue. Quelle est la suite du programme ?

— Dormir.

Le véhicule ralentit. Ils avaient franchi sans encombre le poste frontière séparant le domaine d’Heinrich Sammer du reste de la ville et longeaient la façade sud de l’hôtel Carpey. C’était un bâtiment haut de cinq étages, aux murs lisses et propres. Rien ne le distinguait des constructions alentour, si ce n’est l’enseigne lumineuse de couleur rouge vif qui surplombait son entrée principale.  Ils s’engagèrent dans le parking souterrain de l’hôtel. Le portail s’effaça devant eux puis se referma sans un bruit.

La nuit promet d’être longue, songea Denis. Il n’avait pas aimé le regard que leur avait lancé Heinrich Sammer avant de les laisser partir. Il ne va pas en rester là. J’aurais peut-être dû le ménager un peu. Mais sans un peu de piment, à quoi bon vivre ?

Mots à exploiter, tirés du blog d’Olivia Billington – Des mots, une histoire :

Tourbillon / baïne / valse / dégringoler / étage / vertige / enivrer / alcool / poème / rime / raison.

Soit vous prenez tous les mots, soit vous en sélectionnez minimum cinq et vous ajoutez la consigne suivante : il doit y figurer une conversation téléphonique.

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Terra Nova – S1E4 – Heinrich Sammer

Liens:

Prologue et Sommaire des épisodes

Résumé des épisodes précédents :

Denis Law et Lena Dantes sont chargés d’enquêter sur une tentative d’infiltration de la salle de navigation du vaisseau-planétoïde Terra Nova.

Les régulateurs du secteur de Néotopia leur donnent carte blanche pour rétablir la sécurité.

Les deux agents se rendent chez Heinrich Sammer, dirigeant influent de la confrérie des Doryphores, dans l’espoir que celui-ci ait des réponses à leur apporter.

Un androïde les guide vers la demeure du mystérieux Monsieur Sammer, au milieu d’un paysage digne de la mythique Terre.

 

Épisode quatre :

Tout en descendant la colline, Denis se rapprocha de ce l’androïde qui les menait en direction de la demeure d’Heinrich Sammer. Lena lui lança un regard en coin, mais ne dit rien. Denis repéra le numéro d’identification de leur guide. Il était incrusté sur son épaule droite, bien en évidence : « ZX-521 ».

— ZX ?

— Monsieur Law ?

— Comment monsieur Sammer fait-il pour maintenir un tel écosystème dans son domaine ? Sur le trajet, j’ai constaté que des arbres à priori peu compatibles les uns avec les autres cohabitaient sans difficulté. J’ai du mal à imaginer par quelle magie il a été possible de réunir ainsi des cactus, des conifères et des siguines. Sur Terre, ces espèces ne vivaient pas sous un climat identique.

— Je comprends votre incrédulité. Les jardins de Monsieur Sammer ont connu de nombreuses transformations au cours des dernières décennies.

— Quel genre de transformations, précisément ?

Le cyborg resta silencieux un moment. Ils étaient arrivés au pied de la colline et un portail bloquait la route. Vers l’ouest, le lac occupait tout l’horizon et le village avait des airs de petite ville de campagne. ZX-521 entra le code d’accès à la résidence et le lourd portail s’ouvrit sans un bruit. Ils reprirent leur marche en direction de la longère du maître des lieux.

— L’image la plus appropriée est celle d’une chenille, dit soudain le robot.

— Une chenille ?

— Tout à fait. Cet insecte traverse au cours de sa vie plusieurs stades d’évolution, pour finalement se changer un majestueux papillon.

Denis était dubitatif et le montra.

— Je ne vois pas le rapport avec ma question. Vous auriez aussi bien pu me parler des cafards. Il n’y a pas plus adaptable que ces saletés.

— Lorsque j’ai été activé, il y a soixante-deux ans, trois mois et vingt-quatre jours, ces terres ne laissaient en rien présager de ce qu’elles allaient devenir. Je peux vous en projeter les images, si vous le désirez.

— Plus tard, peut-être.

— Monsieur Sammer a mis toute son énergie dans la création de ces jardins. Des technologies héritées de vos lointains ancêtres ont été utilisées pour rendre idéalement fertiles des parcelles proches géographiquement, mais au sol doté de caractéristiques très spécifiques. Acidité, humidité, dosage des minéraux… Tout a été pensé pour favoriser la croissance rapide d’une flore variée.

ZX-521 s’interrompit à nouveau. Ils étaient parvenus à leur destination. Un robot en livrée rouge et noir les attendait sur le pas de la porte. La longère s’étendait devant eux, sur près de trois-cents mètres. Elle ne payait pas de mine et évoquait chez Denis les vieilles bâtisses en pierre dont les habitants de la Terre semblaient friands, dans les anciens temps. Cela ne cadrait pas avec l’idée qu’il se faisait de leur hôte. Quel est le but d’un tel travestissement ? songea-t-il, un peu perdu. Pourquoi feindre l’humilité quand on a tant de pouvoir sur les autres ?

ZX-521 s’inclina devant Denis et Lena.

— Mon rôle s’achève ici. Monsieur Law, si vous désirez poursuivre notre conversation, il vous sera possible de le faire avec le majordome MC-130, qui va prendre le relai et vous mener jusqu’à Monsieur Sammer.

Ayant dit cela, il s’éloigna. De son côté, le robot MC-130 ouvrit la porte à double battant de la longère avant de faire signe à ses deux visiteurs de le suivre à l’intérieur. Le hall dans lequel ils pénétrèrent était à l’avenant de l’aspect extérieur de la bâtisse : parquet en chêne brut, murs blanchis à la chaux et poutres apparentes au plafond. Des tableaux pastoraux constituaient l’unique décoration des lieux. Ils étaient maintenus en place par des fils de plomb, eux-mêmes attachés à des crochets plantés en haut des murs. L’une des peintures évoquait une scène de chasse à courre, symbolisée par l’envol d’une dizaine de canards avec, en toile de fond, trois cavaliers porteurs de fusils. Sur une autre, une femme au dernier stade de la grossesse était allongée dans l’herbe, au pied d’un arbre. Elle était vêtue d’une robe diaphane qui ne masquait pas grand-chose de son anatomie. Elle était entourée d’animaux sauvages, et elle couvait du regard un nid d’oiseau, sur sa gauche. L’un des œufs semblait prêt à éclore.

— L’aspect décoratif de la demeure de Monsieur Sammer a un caractère éphémère, indiqua le majordome. Mon maître apprécie le changement avant tout.

— L’amour de Monsieur Sammer pour les belles choses ne fait aucun doute.

C’est Lena qui venait de parler. Denis l’observa, intrigué qu’elle ait choisi cet instant précis pour prendre la parole. Ils avaient quitté le hall d’entrée et, après avoir parcouru un long couloir, ils s’apprêtaient à pénétrer dans ce qui ressemblait beaucoup à un boudoir. La pièce était petite. De plus, les murs étaient tendus de tapisseries en velours rouge et un voile sombre masquait la fenêtre, créant une atmosphère confinée, intime. Une table ronde, sur laquelle était posé un plateau argenté croulant sous les pâtisseries, ainsi que des fauteuils aux larges accoudoirs, dont les dossiers devaient bien faire trois mètres de haut, occupaient une bonne part de l’espace disponible. Un jeune homme, en apparence tout juste sorti de l’adolescence et confortablement installé dans l’un des fauteuils, semblait les attendre : il se leva à leur arrivée, un franc sourire aux lèvres. Il portait un pantalon et une veste trop grands pour lui. Ses vêtements lui donnaient l’air d’être déguisé, comme un enfant engoncé dans son costume du dimanche.

MC-130 s’inclina comme l’avait fait ZX-521 avant lui, avant de se mettre en faction dans le couloir, immobile.

— Entrez, n’ayez pas peur, dit alors le mystérieux jeune homme.

— C’est que nous avons rendez-vous avec Monsieur Sammer, et… commença Denis, gêné.

— Oui, je le sais bien. C’est moi-même. Asseyez-vous donc. Le repas n’est pas tout à fait prêt. J’ai pensé que ce serait plus agréable de patienter ici. Cette pièce est-elle à votre goût ?

Denis fixa l’adolescent d’un air abasourdi. Lui, Heinrich Sammer ? C’est une blague ?

Lena le contourna et s’installa confortablement sur le fauteuil le plus proche de l’entrée. Elle croisa les jambes et hocha la tête en direction de l’homme qui venait de les accueillir.

— Les techniques régénératives ont progressé. Vous ne faites pas votre âge, Monsieur Sammer.

Son interlocuteur eut un petit rire. Ses yeux pétillaient comme après une bonne plaisanterie. Lena, elle, malgré son caractère réservé, semblait éperdue d’admiration face à l’apparente jeunesse de leur hôte. Denis, quant à lui, se sentait hors du coup. Il s’assit à la droite de Lena, l’air revêche.

— Vous nous dites être Heinrich Sammer, déclara-t-il sans aménité. Prouvez-le.

Mots à exploiter, tirés du blog d’Asphodèle – Les plumes de l’écriture:

Changement / incrédulité ou incrédule (au choix) / papillon / régénérer / chenille / évolution / climat / déguiser / magie / transformation / grossesse / adolescence / éclosion / cafard / majestueux / amour / éphémère / éperdu / envol / travesti.

Les plumes d'Asphodèle

Terra Nova – S1E3 – Lac artificiel

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Prologue et Sommaire des épisodes

Résumé des épisodes précédents :

Denis Law et Lena Dantes sont chargés d’enquêter sur une tentative d’infiltration de la salle de navigation du vaisseau-planétoïde Terra Nova.

Les régulateurs du secteur de Néotopia leur donnent carte blanche pour rétablir la sécurité.

Les deux agents se rendent aussitôt chez Heinrich Sammer, dirigeant influent de la confrérie des Doryphores, dans l’espoir que celui-ci ait des réponses à leur apporter.

 

Épisode trois :

Une fois le sas franchi, le véhicule de Denis et Lena s’engagea dans un tunnel éclairé par une lumière tamisée. Progressivement, les parois latérales, d’un blanc laiteux, se resserrèrent sur eux. Bientôt, la voie était tout juste assez large pour laisser passer trois voitures de front.

Soudain, ils débouchèrent sur une zone dégagée et arborée. Denis se colla le nez à la fenêtre, sous le choc.

Bon sang, mais on est où, là ?

Lena fit se retourner son siège pour faire face à Denis, et elle le fixa quelques instants en silence avant de l’interpeller.

— Vous n’étiez pas au courant ?

— Au courant de quoi ? Merde, ce gars est assez riche pour vivre comme sur terre, Lena ! On dirait que ça ne vous fait rien, à vous. Vous êtes un robot, ma parole.

— « Comme sur terre » ? releva Lena.

— Mes parents avaient des holodisques. Je les ai visionnés des centaines de fois, gamin. Pas vous ?

— Non. Il n’y avait pas ce genre de choses, chez moi. Et pour répondre à votre remarque sur ma personne, je confirme que je ne suis pas un robot. Je n’aime pas la tiédeur des sentiments, leur côté mielleux, voire visqueux… Mais cela ne fait pas de moi un être insensible pour autant.

Le regard de Lena posé sur lui rendit Denis mal à l’aise. Il crut sentir l’ombre d’un reproche dissimulé derrière l’habituel sourire neutre de son assistante. Plutôt que de lui présenter des excuses, il reporta son attention sur l’extérieur. Le chemin qu’ils suivaient louvoyait entre des collines tapissées de verdure et de parterres de fleurs. Des arbustes encadraient des arbres fruitiers ou de décoration, comme des saules pleureurs ou des platanes. Denis crut voir un lièvre jaillir d’un fourré puis s’y cacher avec précipitation à leur approche. Même la hauteur de plafond était impressionnante, sans doute deux cents ou trois cents mètres. Depuis le sol, il ressemblait à s’y méprendre à un ciel véritable. Un soleil miniature contribuait d’ailleurs à en illuminer l’horizon. Des nuages passaient régulièrement devant l’astre artificiel, le masquant quelques secondes avant de s’éloigner avec lenteur.

— L’orgueil de ce type ne connaît pas de limites, s’exclama Denis.

— Vous devriez garder ce genre de remarques pour vous, lui dit Lena.

Denis hocha la tête, plus agacé qu’autre chose par l’avis de la jeune femme. Il ouvrit la bouche pour lui répondre vertement, mais leur véhicule contourna une falaise rocheuse et le paysage qui s’étala sous leurs yeux lui coupa le souffle. En contrebas, une trentaine de bâtisses formaient un cercle aéré, coupé de larges avenues bordées d’arbres. Les maisons les plus excentrées longeaient un lac dont la surface miroitait sous les rayons du soleil artificiel. Une certaine animation régnait dans le village, évoquant cependant davantage une atmosphère de vacances à la mer que l’activité frénétique qui prévalait au sein des cavernes d’acier de Néotopia.

Denis était hors de lui face à un tel spectacle. Il bouillait littéralement, les poings serrés et la mâchoire crispée.

— Ce n’est plus de la morgue, là, c’est carrément du mépris ! On rationne l’eau pour tout le monde tandis qu’un particulier possède un foutu lac et un putain de village !

— Je me permets de vous suggérer à nouveau de modérer vos propos, Denis. N’oubliez pas que monsieur Sammer est à la tête de la confrérie des Doryphores et que ses connexions incluent vraisemblablement des régulateurs d’autres secteurs autour de Néotopia. Il jouit d’un pouvoir et d’une influence à la mesure de ses conditions de vie, voilà tout. Ah, nous arrivons à un barrage. Calmez-vous, je vous prie.

En effet, leur véhicule ralentit de lui-même et s’arrêta quelques centaines de mètres plus loin. Une guérite se dressait sur le côté droit de la route et une barrière blanche leur bloquait le passage. Un androïde s’approcha d’eux et leur fit signe de descendre. Lena s’exécuta aussitôt, suivie par un Denis empreint de mauvaise volonté. Lena s’adressa au robot gardien avant que Denis n’ait eu le temps de faire un pas dans sa direction.

— Nous sommes attendus par monsieur Sammer.

— J’ai été prévenu. Vous êtes Lena Dantes et votre collègue est Denis Law. Je serai votre guide jusqu’à la demeure de monsieur Sammer. Le repas sera servi dans trente-deux minutes et mon maître sera honoré que vous preniez place à sa table.

Malgré la discrète tentative de Lena pour l’en empêcher, Denis se planta devant l’androïde, les poings sur les hanches.

— Pourquoi nous avoir fait sortir du taxi si vous saviez qui nous étions ?

— Les véhicules sont interdits dans le village, Monsieur Law.

Denis désigna le ruban d’asphalte qui se dirigeait droit vers la baie et longeait les habitations les plus proches.

— À quoi sert la route, dans ce cas ?

— Elle est utilisée uniquement en cas d’urgence. Ne vous inquiétez pas, vous êtes sous ma protection. Il ne vous arrivera rien de fâcheux sur notre trajet, même en circulant à pieds.

Denis se détourna et fourra les mains dans ses poches. L’attitude involontairement condescendante du robot ne l’aidait pas à se calmer.

—  Foutue boîte de conserve, murmura-t-il en serrant les dents.

Leur guide ne fit pas mine de l’avoir entendu. Il se contenta de leur indiquer la direction d’une longère isolée, érigée à l’écart du village. Elle était ceinte d’une clôture et entourée d’une vaste prairie dans laquelle s’ébattaient deux poulains au pelage bai, marqués à la culotte par une jument à la robe identique.

— Si vous voulez bien me suivre, monsieur Sammer vous attend.

Ayant dit cela, le robot s’engagea sur un petit chemin de terre. Celui-ci serpentait le long de la façade ouest de la colline sur laquelle ils se trouvaient. Lena lui emboita le pas, imitée à contrecœur par Denis.

Mots à exploiter, tirés du blog d’Olivia Billington – Des mots, une histoire :

Soutien / famille / convivial / repas / réunion / confrérie / confrontation / humilité / orgueil / arrogance / mépriser / morgue / autopsie / trouver / réponse

Soit vous prenez tous les mots, soit vous n’en sélectionnez que cinq et vous ajoutez la consigne suivante : un des personnages doit dire « je n’aime pas la tiédeur des sentiments ».

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Palais Bourbon

— Tirel, dis moi, c’est pas maintenant qu’ils sont censés nous exfiltrer ? demanda Mirus à son voisin de droite d’une voix incertaine.

— Je crois bien que si, répondit ce dernier.

En face d’eux, le peloton d’exécution était aligné comme à la parade. Les soldats préparaient leurs armes. Mirus crut entendre l’un d’eux siffloter gaiement.

— Alors qu’est-ce qu’ils attendent ? Je crois bien que j’ai eu ma dose d’adrénaline, moi. Ça suffit, je veux rentrer chez moi.

— C’est quand même vachement plus réaliste que ce à quoi je m’attendais. Pas comme au cinéma, même avec la 5D. J’ai vraiment les pétoches, renchérit Tirel tandis que les fusils se tournaient dans leur direction.

Un officier s’avança et leva son sabre de cavalerie vers le ciel. Quelques secondes s’égrenèrent dans un silence de mort. Une mouche vola, qu’un corbeau goba joyeusement. Le silence retomba tel la chape de plomb sur la pierre tombale.

— Merde, dit Mirus.

Tirel hocha la tête.

L’officier abaissa le bras et les armes crachèrent leur mortelle sentence.

*

Le 9 mars 1942, sept combattants des Bataillons de la jeunesse sont exécutés au fort du Mont-Valérien. Parmi eux, deux voyageurs du temps en quête de sensations fortes.

Un mouvement de grève inopiné au XXXéme siècle, suivi d’un reboot foireux des serveurs de « Live-Back », société spécialisée dans les voyages vers le passé, empêchèrent le rapatriement de Mirus et de Tirel vers leur époque d’origine.

« La perte des données cognitives au moment précis où le retour allait s’enclencher rend impossible la restauration des puces mémorielles de nos deux malheureux clients. C’est un regrettable incident, qui ne remet nullement en cause la fiabilité du système « Live-Back » dans son ensemble », dira plus tard l’attaché de presse de la société.

 

C’était un texte « Microphéméride »

image microphémérides