Terra Nova – S1E5 – Androïde

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Prologue et Sommaire des épisodes

Résumé des épisodes précédents :

Denis Law et Lena Dantes sont chargés d’enquêter sur une tentative d’infiltration de la salle de navigation du vaisseau-planétoïde Terra Nova.

Les régulateurs du secteur de Néotopia leur donnent carte blanche pour rétablir la sécurité.

Les deux agents se rendent chez Heinrich Sammer, dirigeant influent de la confrérie des Doryphores, dans l’espoir que celui-ci ait des réponses à leur apporter.

Un androïde les guide vers la demeure du mystérieux Monsieur Sammer, au milieu d’un paysage digne de la mythique Terre.

 

Épisode cinq :

— Prouvez-moi que vous êtes Heinrich Sammer.

Le silence se fit. Lena fixa Denis, sans laisser paraître la moindre émotion. D’abord interloqué, Heinrich rejeta la tête en arrière et éclata d’un rire franc, presque joyeux. Lorsqu’il parvint à calmer son hilarité, de petites larmes perlaient au coin de ses yeux.

— Vous êtes quelqu’un, vous. Ça alors ! On ne me l’avait jamais faite, celle-là. « Prouvez-moi que vous êtes Sammer », répéta l’adolescent en imitant la voix de Denis.

Puis, son regard se fit de glace et il eut un geste bref de la main droite. Le majordome MC-130 pénétra dans la pièce et ceintura Denis.

— Je vous suggère de lui dire de me lâcher.

— Et pourquoi le ferais-je ? Éclairez ma lanterne, je vous prie : explique-moi qui de nous deux est en position de force.

— Ça me paraît évident.

Denis scrutait son interlocuteur. Heinrich fit un nouveau mouvement du bras pour donner un ordre à son serviteur. Lena agit aussitôt. D’un bond, elle fut sur le robot. Celui-ci recula d’un pas. Denis en profita pour se libérer et se laisser tomber en avant. Lena saisit MC-130 par le cou et poussa, l’envoyant s’écraser contre un mur. Sous le choc, la tête du majordome éclata. Pris de vertige face à la tournure des évènements, Heinrich se leva, stupéfait. Denis le visait avec un pistolet. Les yeux d’Heinrich s’agrandirent lorsque l’agent des régulateurs pressa la détente. Le projectile fut stoppé net à un mètre de sa cible. Denis remit son arme dans son holster et se rassit.

— Vous êtes bien Heinrich Sammer. Les champs de force individuels sont trop rares pour être confiés à un subalterne.

Lena, après avoir rajusté sa tenue, fit face à leur hôte. Elle s’inclina, rigide, buste ployé vers l’avant et bras le long du corps.

— Veuillez excuser le comportement inqualifiable de Monsieur Law ainsi que le mien, Monsieur Sammer. Il n’a jamais été dans nos intentions de vous faire du tort ou de risquer de vous blesser. Nous transmettrons à nos supérieurs un rapport détaillé sur les circonstances de ce malencontreux incident.

Heinrich ne semblait pas l’avoir entendue.

— Mais c’est… Êtes-vous un cyborg ? Et cette arme ! Comment a-t-elle pu franchir mes systèmes de sécurité sans être détectée ?

— De quoi parlez-vous ?

Denis paraissait sincèrement étonné. Il écarta les pans de sa veste : son holster avait disparu.

— Camouflage moléculaire… Je vois. Le régulateur Uneus vous a trop bien équipé. Il me doit des explications.

Heinrich se rassit et Lena se redressa, avant de l’imiter. Heinrich semblait calmé. Il s’appuya sur les accoudoirs de son fauteuil, mains jointes en un triangle au niveau de son visage, puis se pencha en avant et fixa Denis. Ses yeux s’étaient étirés pour ne plus former que deux simples fentes sombres, impénétrables.

— Tout ceci m’a coupé l’appétit. Venons-en au fait : qu’attendez-vous de moi ?

Denis se laisser aller en arrière, contre son dossier.

— Vous avez participé aux travaux destinés à assurer la protection de la salle de navigation de notre vaisseau.

Ce n’était pas une question. Heinrich hocha la tête et Denis poursuivit.

— Nous avons besoin de savoir qui, à part vous, a pu avoir accès aux plans du dédale entourant la zone.

Heinrich réfléchit quelques instants. Puis, il soupira et se passa la main dans son abondante chevelure brune.

— Quatre personnes, cinq tout au plus, sont concernées. Je vous envoie la liste immédiatement.

— Reçu, indiqua Denis presque aussitôt.

— Quoi d’autre ?

— Votre emploi du temps, ainsi que celui de votre famille et de vos proches au cours des dix derniers mois, est en train d’être examiné de près. Si vous avez quoi que ce soit à vous reprocher, nous le trouverons.

— Je n’ai rien à cacher aux régulateurs.

Heinrich semblait mal à l’aise, mais il n’ajouta rien. Denis pencha la tête du côté droit, le regard soudain vague. Sur sa rétine venait d’apparaître l’image en 3D de l’un de ses informateurs.

— Oui, c’est moi, dit Denis à voix haute. Soyez bref. Je vois. Nous arrivons.

Puis, il se tourna vers Lena.

— Je viens de recevoir un appel urgent. Nous sommes attendus. As-tu quelque chose à demander à notre hôte ?

Lena esquissa un léger sourire avant de s’adresser directement à Heinrich.

— Nous tenons une fois encore à vous présenter nos excuses pour les désagréments occasionnés. J’ai cependant une dernière question à vous poser avant de vous débarrasser de notre encombrante présence : l’un des employés humains enregistrés sur votre domaine est porté disparu depuis cinq jours. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi l’information n’a pas été communiquée aux régulateurs de Néotopia ?

Un blanc suivit,  qu’Heinrich rompit finalement en se raclant la gorge.

— Je n’ai pas à rendre compte des allées et venues de mes salariés.

— C’est votre réponse ?

— Tout à fait.

Lena se leva et adressa un franc sourire à son interlocuteur.

— En ce cas, il me reste à vous remercier pour votre coopération, Monsieur Sammer. Inutile de nous accompagner, nous saurons trouver notre chemin.

Denis se mit debout à son tour. Les deux agents saluèrent leur hôte et prirent congé. Quatre robots les attendaient dans le couloir, leur taser à portée de main. Heinrich les rejoignit. Il avait déjà recouvré l’entière maitrise de ses nerfs et observa Denis et Lena d’un air neutre.

— Permettez, j’insiste. Mes serviteurs vous protégeront jusqu’à ce que vous ayez quitté mon domaine.

— C’est que nous avons encore à faire dans le coin, indiqua Denis. Nous avons réservé une chambre à l’hôtel Carpey.

— Mes robots vous y mèneront. Au revoir. Ce fut un plaisir.

Les yeux d’Heinrich démentaient ses propos amicaux. Le sourire qu’il affichait semblait le fruit d’un tic plutôt que d’une volonté délibérée. Il n’ajouta rien, mais son regard parlait pour lui. Comme un seul homme, les serviteurs d’Heinrich Sammer s’inclinèrent devant les agents Denis et Lena avant de les escorter jusqu’à leur taxi. Celui-ci les attendait toujours à la même place, au niveau de la guérite de ZX-521.

— Je me suis permis d’indiquer à l’IA de votre véhicule le plus court chemin vers votre hôtel, expliqua le robot gardien. Vous y serez dans une petite demi-heure, tout au plus.

Puis, il s’éloigna pour reprendre son poste de garde-barrière. Une fois dans le taxi, Denis éclata de rire.

— Je ne comprends pas ce qui peut vous amuser ainsi.

Le sourire de Lena semblait moins lisse qu’à l’accoutumée. Son chignon était légèrement de travers et elle le remit en place après s’être observée dans un miroir.

— J’en étais sûr, lui dit Denis.

— De quoi parlez-vous ?

— Tu ne peux plus le nier, à présent. Tu es un robot, Lena.

La jeune femme leva le bras droit et le tourna vers Denis, paume vers le haut, avant d’en effleurer la peau avec les doigts de son autre main. L’épiderme s’ouvrit sur toute sa longueur, révélant des os de métal protégeant une multitude de câbles électriques.

— Mon corps n’est peut-être pas fait de chair et de sang, mais mon cerveau est bel et bien organique. Je ressens des émotions. Je suis humaine, tout comme vous.

Denis rit de plus belle. Lena se renfrogna et détourna le regard. Elle semblait vexée. Le taxi avait démarré pendant leur discussion et roulait à vive allure au milieu de vastes champs. Le mur séparant le domaine d’Heinrich Sammer du reste du quartier des Doryphores s’était déjà sensiblement rapproché et était désormais bien visible à l’horizon.

— On n’a pas tiré grand-chose de cet étrange bonhomme, mais on n’est pas venu pour rien : au moins, à présent, je connais ta véritable nature. Ne fais pas cette tête. Tout ça m’amuse beaucoup.

De fait, il semblait excité comme un enfant face à un nouveau jouet. Lena se fit plus sombre encore.

— Vous auriez pu vous faire tuer, c’était idiot de votre part de provoquer ainsi Monsieur Sammer. Si je n’étais pas intervenu, vous ne seriez plus de ce monde. Vous êtes fou, Denis.

— « Denis » ? Je ne suis plus « Monsieur Law » ? On progresse, c’est bien.

— Je vous trouve énervant. Avec vous, on ne sait jamais sur quel pied danser. Tenter de vous suivre sur votre terrain, c’est prendre le risque de se frotter à un tourbillon mental. C’est ce que vous voulez entendre ?

Lena ne souriait plus, à présent. Elle fronçait les sourcils, mais le résultat n’était rien moins que crédible.

— Arrête donc de te forcer, Lena. Sois toi-même, ce sera déjà pas mal. En tout cas, ton épiderme est extraordinaire. Malgré tous les types de capteurs dont je dispose, je suis incapable de voir autre chose en toi qu’une humaine des plus banales. Si je t’ausculte à coups de rayons X, c’est un squelette qui apparaît. Et les veines qui courent sur ta peau sont une merveille d’imitation.

— Je me répète, je ne suis pas une machine.

Denis secoua la tête, surpris par le déni dont faisait preuve Lena.

— Il faut savoir s’accepter comme on est, Lena. Chacun ses qualités et ses défauts, ses habitudes et ses vices. Tiens, d’ailleurs, j’espère qu’il y aura un minibar dans ma chambre. Un peu d’alcool me ferait le plus grand bien, je crois.

— Je ne pense pas que ce soit prévu.

Denis s’assombrit, avant d’évacuer le problème d’un haussement d’épaules.

— Tant pis. Je ne m’enivrerai donc pas, ce soir. Je m’y attendais un peu, j’avoue. Quelle est la suite du programme ?

— Dormir.

Le véhicule ralentit. Ils avaient franchi sans encombre le poste frontière séparant le domaine d’Heinrich Sammer du reste de la ville et longeaient la façade sud de l’hôtel Carpey. C’était un bâtiment haut de cinq étages, aux murs lisses et propres. Rien ne le distinguait des constructions alentour, si ce n’est l’enseigne lumineuse de couleur rouge vif qui surplombait son entrée principale.  Ils s’engagèrent dans le parking souterrain de l’hôtel. Le portail s’effaça devant eux puis se referma sans un bruit.

La nuit promet d’être longue, songea Denis. Il n’avait pas aimé le regard que leur avait lancé Heinrich Sammer avant de les laisser partir. Il ne va pas en rester là. J’aurais peut-être dû le ménager un peu. Mais sans un peu de piment, à quoi bon vivre ?

Mots à exploiter, tirés du blog d’Olivia Billington – Des mots, une histoire :

Tourbillon / baïne / valse / dégringoler / étage / vertige / enivrer / alcool / poème / rime / raison.

Soit vous prenez tous les mots, soit vous en sélectionnez minimum cinq et vous ajoutez la consigne suivante : il doit y figurer une conversation téléphonique.

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Terra Nova – S1E3 – Lac artificiel

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Prologue et Sommaire des épisodes

Résumé des épisodes précédents :

Denis Law et Lena Dantes sont chargés d’enquêter sur une tentative d’infiltration de la salle de navigation du vaisseau-planétoïde Terra Nova.

Les régulateurs du secteur de Néotopia leur donnent carte blanche pour rétablir la sécurité.

Les deux agents se rendent aussitôt chez Heinrich Sammer, dirigeant influent de la confrérie des Doryphores, dans l’espoir que celui-ci ait des réponses à leur apporter.

 

Épisode trois :

Une fois le sas franchi, le véhicule de Denis et Lena s’engagea dans un tunnel éclairé par une lumière tamisée. Progressivement, les parois latérales, d’un blanc laiteux, se resserrèrent sur eux. Bientôt, la voie était tout juste assez large pour laisser passer trois voitures de front.

Soudain, ils débouchèrent sur une zone dégagée et arborée. Denis se colla le nez à la fenêtre, sous le choc.

Bon sang, mais on est où, là ?

Lena fit se retourner son siège pour faire face à Denis, et elle le fixa quelques instants en silence avant de l’interpeller.

— Vous n’étiez pas au courant ?

— Au courant de quoi ? Merde, ce gars est assez riche pour vivre comme sur terre, Lena ! On dirait que ça ne vous fait rien, à vous. Vous êtes un robot, ma parole.

— « Comme sur terre » ? releva Lena.

— Mes parents avaient des holodisques. Je les ai visionnés des centaines de fois, gamin. Pas vous ?

— Non. Il n’y avait pas ce genre de choses, chez moi. Et pour répondre à votre remarque sur ma personne, je confirme que je ne suis pas un robot. Je n’aime pas la tiédeur des sentiments, leur côté mielleux, voire visqueux… Mais cela ne fait pas de moi un être insensible pour autant.

Le regard de Lena posé sur lui rendit Denis mal à l’aise. Il crut sentir l’ombre d’un reproche dissimulé derrière l’habituel sourire neutre de son assistante. Plutôt que de lui présenter des excuses, il reporta son attention sur l’extérieur. Le chemin qu’ils suivaient louvoyait entre des collines tapissées de verdure et de parterres de fleurs. Des arbustes encadraient des arbres fruitiers ou de décoration, comme des saules pleureurs ou des platanes. Denis crut voir un lièvre jaillir d’un fourré puis s’y cacher avec précipitation à leur approche. Même la hauteur de plafond était impressionnante, sans doute deux cents ou trois cents mètres. Depuis le sol, il ressemblait à s’y méprendre à un ciel véritable. Un soleil miniature contribuait d’ailleurs à en illuminer l’horizon. Des nuages passaient régulièrement devant l’astre artificiel, le masquant quelques secondes avant de s’éloigner avec lenteur.

— L’orgueil de ce type ne connaît pas de limites, s’exclama Denis.

— Vous devriez garder ce genre de remarques pour vous, lui dit Lena.

Denis hocha la tête, plus agacé qu’autre chose par l’avis de la jeune femme. Il ouvrit la bouche pour lui répondre vertement, mais leur véhicule contourna une falaise rocheuse et le paysage qui s’étala sous leurs yeux lui coupa le souffle. En contrebas, une trentaine de bâtisses formaient un cercle aéré, coupé de larges avenues bordées d’arbres. Les maisons les plus excentrées longeaient un lac dont la surface miroitait sous les rayons du soleil artificiel. Une certaine animation régnait dans le village, évoquant cependant davantage une atmosphère de vacances à la mer que l’activité frénétique qui prévalait au sein des cavernes d’acier de Néotopia.

Denis était hors de lui face à un tel spectacle. Il bouillait littéralement, les poings serrés et la mâchoire crispée.

— Ce n’est plus de la morgue, là, c’est carrément du mépris ! On rationne l’eau pour tout le monde tandis qu’un particulier possède un foutu lac et un putain de village !

— Je me permets de vous suggérer à nouveau de modérer vos propos, Denis. N’oubliez pas que monsieur Sammer est à la tête de la confrérie des Doryphores et que ses connexions incluent vraisemblablement des régulateurs d’autres secteurs autour de Néotopia. Il jouit d’un pouvoir et d’une influence à la mesure de ses conditions de vie, voilà tout. Ah, nous arrivons à un barrage. Calmez-vous, je vous prie.

En effet, leur véhicule ralentit de lui-même et s’arrêta quelques centaines de mètres plus loin. Une guérite se dressait sur le côté droit de la route et une barrière blanche leur bloquait le passage. Un androïde s’approcha d’eux et leur fit signe de descendre. Lena s’exécuta aussitôt, suivie par un Denis empreint de mauvaise volonté. Lena s’adressa au robot gardien avant que Denis n’ait eu le temps de faire un pas dans sa direction.

— Nous sommes attendus par monsieur Sammer.

— J’ai été prévenu. Vous êtes Lena Dantes et votre collègue est Denis Law. Je serai votre guide jusqu’à la demeure de monsieur Sammer. Le repas sera servi dans trente-deux minutes et mon maître sera honoré que vous preniez place à sa table.

Malgré la discrète tentative de Lena pour l’en empêcher, Denis se planta devant l’androïde, les poings sur les hanches.

— Pourquoi nous avoir fait sortir du taxi si vous saviez qui nous étions ?

— Les véhicules sont interdits dans le village, Monsieur Law.

Denis désigna le ruban d’asphalte qui se dirigeait droit vers la baie et longeait les habitations les plus proches.

— À quoi sert la route, dans ce cas ?

— Elle est utilisée uniquement en cas d’urgence. Ne vous inquiétez pas, vous êtes sous ma protection. Il ne vous arrivera rien de fâcheux sur notre trajet, même en circulant à pieds.

Denis se détourna et fourra les mains dans ses poches. L’attitude involontairement condescendante du robot ne l’aidait pas à se calmer.

—  Foutue boîte de conserve, murmura-t-il en serrant les dents.

Leur guide ne fit pas mine de l’avoir entendu. Il se contenta de leur indiquer la direction d’une longère isolée, érigée à l’écart du village. Elle était ceinte d’une clôture et entourée d’une vaste prairie dans laquelle s’ébattaient deux poulains au pelage bai, marqués à la culotte par une jument à la robe identique.

— Si vous voulez bien me suivre, monsieur Sammer vous attend.

Ayant dit cela, le robot s’engagea sur un petit chemin de terre. Celui-ci serpentait le long de la façade ouest de la colline sur laquelle ils se trouvaient. Lena lui emboita le pas, imitée à contrecœur par Denis.

Mots à exploiter, tirés du blog d’Olivia Billington – Des mots, une histoire :

Soutien / famille / convivial / repas / réunion / confrérie / confrontation / humilité / orgueil / arrogance / mépriser / morgue / autopsie / trouver / réponse

Soit vous prenez tous les mots, soit vous n’en sélectionnez que cinq et vous ajoutez la consigne suivante : un des personnages doit dire « je n’aime pas la tiédeur des sentiments ».

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Terra Nova – S1E2 – Doryphores

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Prologue et Sommaire des épisodes

Résumé de l’épisode précédent:

Denis Law est chargé par les régulateurs locaux d’assurer la sécurité du secteur « Neotopia » a bord du vaisseau Terra Nova.

Une tentative d’infiltration de la salle de navigation est déjouée par Lena Dantes, l’assistante de Denis.

Les régulateurs leur demandent d’enquêter.

 

Épisode deux:

Denis Law jeta un coup d’œil en direction du ciel artificiel : il tenait à en profiter jusqu’au dernier instant. Car à moins d’habiter au cent-cinquante-sixième étage supérieur, au plus haut de la ville-perchée, le parc d’agrément de Néotopia était le seul endroit de tout le vaisseau d’où l’on pouvait contempler la chaude lumière du soleil. Partout ailleurs, ce n’étaient que tunnels et cavernes d’acier baignés par un éclairage cru, froidement métallique. La clarté la plus absolue, sans échappatoire, régnait ainsi presque partout grâce à des lampadaires rococo disposés à intervalles très rapprochés, ainsi qu’à des millions de leds incrustées dans le mobilier urbain. Par contraste, les ombres dispensées par les arbres du parc étaient particulièrement prisées.

Poussant un léger soupir, Denis se courba en avant et monta dans le véhicule choisi par Lena Dantes : c’était un taxi banalisé, à la carrosserie rouge vif tout ce qu’il y avait de plus règlementaire. De quoi se fondre dans la circulation sans éveiller l’attention, avec une différence de taille par rapport au modèle standard : un blindage à toute épreuve et une IA autonome capable de prendre des décisions rapides en cas de pépin. Aussitôt à l’intérieur, Denis ouvrit le coffret dissimulé sous le siège arrière gauche. Il en sortit une veste beige un peu élimée ainsi qu’un jean en tissu synthétique et une paire de baskets vert clair : la tenue à la mode chez les doryphores. À l’avant, Lena fit de même, revêtant une robe d’inspiration orientale, près du corps et fendue sur les côtés, depuis les hanches jusqu’aux chevilles.

Pendant ce temps, l’IA avait démarré en douceur et s’était insérée dans la circulation pour rejoindre le tunnel de la bretelle ascensionnelle la plus proche. Ces rubans d’asphalte inondés de lumière formaient des spirales s’élevant jusqu’aux plus hauts étages et s’enfonçant dans les profondeurs de Néotopia. Ils étaient l’unique moyen de se rendre au quartier des Doryphores, aucun accès piéton n’ayant été prévu. C’était intentionnel : les insulaires, comme ils étaient parfois appelés, veillaient jalousement sur leur sécurité et s’isoler le plus possible du reste de la cité leur était apparu comme la solution la plus simple à appliquer.

L’attente ne fut pas longue, pour une fois, grâce à une circulation à peu près fluide. Pourtant, Denis s’impatienta rapidement et, manipulant les commandes de son fauteuil, il fit se retourner celui de Léna pour qu’elle lui fasse face. Elle ne manifesta pas la moindre surprise. Elle se contenta de sourire d’un air détendu et lissa ses manches du bout des doigts : la soie en était légèrement froissée.

— Quel est le programme ? lui demanda Denis, tout en se tournant vers la vitre pour fixer des yeux le visage du conducteur du véhicule qui s’était porté à leur hauteur.

Ce dernier ne se rendit pas compte qu’il était observé de près et il accéléra quelques instants plus tard, aussitôt remplacé par un autre.

— J’ai pris la liberté d’informer Heinrich Sammer de notre venue. Il nous attend.

— Ce gars me hérisse le poil et il me semblait avoir dit que je voulais me détendre, déclara Denis sur un ton sec, en faisant la moue.

— Monsieur Sammer a des connexions dans tout Néotopia, depuis la ville perchée jusqu’à Bafosse. Des rumeurs font état de liens supposés avec les régulateurs de la zone Terminus.

— Je l’ignorais. Pourquoi ne pas me l’avoir signalé plus tôt ?

— L’information n’est ni officielle ni validée par les régulateurs concernés, répondit Lena sans se départir de son sourire discret.

— Mouais. Mais depuis quand es-tu au courant ?

Lena resta silencieuse une poignée de secondes avant de répondre.

— Trois jours, dix heures et trente-sept minutes.

Denis se renfrogna, mais ne répliqua rien. Lena l’agaçait avec son sens millimétrique de l’exactitude, là où lui-même préférait se fier à son instinct. Et celui-ci lui soufflait de se méfier d’Heinrich Sammer comme de la peste.

Lena le coupa dans ses pensées :

— Nous arriverons bientôt au sas d’admission. J’estime que nous y serons dans vingt-deux minutes étant donné l’état de la circulation.

Denis cligna des yeux et l’heure s’afficha sur sa rétine droite : dix-neuf heures vingt-sept.

— Où passerons-nous la nuit ?

— J’ai réservé une chambre à l’hôtel Carpey, situé en face de la résidence de monsieur Sammer. De là, nous pourrons rendre des visites impromptues aux divers indicateurs recensés dans le quartier. Je sais, ajouta-t-elle, que vous aviez également en tête de vous détendre après votre entrevue avec messieurs les régulateurs Deus et Treus. Mais j’ai pensé que nous pouvions joindre l’utile à l’agréable.

— Te connaissant, j’imagine sans peine que tu vas me faire me lever à l’aube, demain. Du coup, je n’arrive pas vraiment à visualiser la partie « agréable » du séjour…

— Elle sera pourtant bien présente, ne vous inquiétez pas. Peut-être pas dès le début, bien sûr. Mais plus longue est l’attente, plus savoureuse est la récompense, n’est-ce pas ? dit Lena, sans la moindre once d’ironie perceptible dans la voix.

Denis se mordit les lèvres. Il se sentait tout à coup comme un gosse gourmandé par sa mère parce qu’il aurait osé réclamer sa part de gâteau.

Le taxi ralentit à cet instant pour s’engager sur une route secondaire, laissant derrière lui la spirale ascensionnelle et sa vive clarté. Devant eux s’étendait ce qui ressemblait furieusement à une voie de garage mal éclairée, à la chaussée endommagée par endroits. Pourtant, cette ruelle sombre menait presque directement au cœur du domaine d’Heinrich Sammer. Seulement quelques centaines de mètres plus loin, elle était barrée sur toute sa largeur par un cyclopéen portail d’acier, qui n’aurait pas juré au sein d’un complexe industriel. Il était zébré de longues plaques rougeâtres : de la fausse rouille, probablement, songea Denis, blasé.

L’IA stoppa le véhicule au niveau d’une incongrue et rutilante borne de contrôle. Un androïde de sécurité en sortit par l’arrière et se porta à leur rencontre. Après avoir repositionné son siège dans le bon sens, Lena ouvrit sa vitre. La voix sèche et mécanique du robot gardien emplit l’habitacle.

— Avez-vous rendez-vous ?

Ses systèmes d’autodéfense n’étaient pas visibles, mais Denis avait déjà vu de quoi les androïdes étaient capables. Il se tint donc parfaitement immobile, laissant le soin à Lena de montrer patte blanche.

— Nous sommes les agents Denis Law et Lena Dantes. Monsieur Sammer a été prévenu de notre arrivée.

Le garde resta silencieux un instant, puis il se détourna et réintégra sa guérite. Peu après, le portail s’effaça devant le taxi, qui redémarra sur les chapeaux de roues. Ils n’étaient pas en avance et leur hôte était réputé pour son impatience…

Mots à exploiter, désignés par le blog d’Olivia Billington – Des mots, une histoire :

Lumière / éclairage / clarté / lampadaire / attente / rendez-vous / quand / bientôt / demain / jour / nuit / aube / début

Soit vous prenez tous les mots, soit vous n’en sélectionnez que cinq et vous ajoutez la consigne suivante : le lieu de l’action doit être au bord d’un lac.

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La vie en rose

— Qu’est-ce que tu reproches à la sagesse populaire, finalement ? me demande Julia d’un air buté.

— Rien de précis. Je ne sais pas, moi, c’est juste que… C’est dépassé tout ça, non ?

Je me sens un peu misérable en disant ça. Je me rends bien compte que je ne vais pas réussir à la convaincre avec un argument aussi faible, mais je n’y peux rien. J’ai toujours trouvé un peu ridicules les proverbes des grands-mères d’antan. Ça me fait penser aux yaourts et aux baguettes « tradition ». Ce retour aux racines qui ressurgit de plus en plus à mesure que la technologie s’empare de nos vies présente un côté « rétrograde » à mes yeux, mais je n’arrive pas à l’expliquer à Julia. La discussion a commencé dans le bus, s’est poursuivi dans la rue, et pour une fois, elle m’a même accompagné jusqu’à mon appartement. Là, sur le seuil, elle semble particulièrement tenir à me convaincre que j’ai tort. J’ai pourtant ouvert ma porte et fait un pas à l’intérieur, mais je n’ose pas lui dire « au revoir ». Je n’ai pas envie de la vexer, quand même.

— Ce que je pense, c’est que les vieux proverbes ne nous aident absolument plus à mieux vivre, de nos jours, si ? « Noël au balcon, Pâques aux tisons », par exemple, on s’en fout ! On a météo France pour nous donner les températures de la semaine, maintenant.

— Beaucoup de dictons sont plus subtils que ça, et continuent de faire sens. « Aide-toi et le ciel t’aidera », ou encore « Pour connaître ton ennemi, connais-toi toi-même ». Tout ce qui est ancien et hérité du passé n’est pas forcément désuet ou inutile, rétorque Julia.

Je dois le reconnaître, d’un point de vue rhétorique, Julia est parfois une redoutable adversaire. L’impression de mener une partie de jeu d’échecs me traverse l’esprit et je me ressaisis : je ne dois pas perdre ! C’est une manie, chez elle, de toujours tout prendre trop à cœur et de ne jamais accepter qu’elle puisse être dans l’erreur. Mais pour une fois, je refuse que ce nouvel affrontement verbal tourne au fiasco. J’en ai trop l’habitude, ces derniers temps. D’ailleurs, je sens soudain une réplique décisive, définitive et irréfutable me monter aux lèvres. J’en salive d’avance : le goût de la victoire est délicatement sucré et parfumé à la rose, je suis désormais en mesure de le confirmer !

J’ouvre la bouche, j’inspire, et… elle me contourne et entre dans mon studio, comme si je n’existais plus. La garce, elle abandonne avant le coup final ! De surprise, j’en oublie ma phrase et mon esprit se vide de toute pensée cohérente. Cela m’arrive d’ailleurs de plus en plus souvent face à mon amie d’enfance : j’appelle cette sensation de néant « l’effet Julia ».

Soudain, elle se fige et se tourne vers moi, un sourire joyeux aux lèvres.

— Ça alors, tu l’as retrouvé quand ?

Elle se précipite vers ma table de salon et s’empare d’une boule à neige avec une tour Eiffel à l’intérieur. La coque en plastique transparent présente une fissure en forme de croix sur sa face supérieure, et des initiales sont gravées juste à côté : « JB ».

— Oui, j’ai fait un peu de rangement, ce week-end. Il était dans un carton, à la cave, je réponds en tentant de prendre un air blasé.

— Tu te rappelles ?

Elle tient la boule à neige entre ses deux mains serrées, tout contre son cœur, et dans ses yeux flotte l’ombre d’un lointain passé.

— Quoi donc ?

— Arrête ton char. C’est toi qui me l’avais offerte, pendant la classe verte du CM2, à la montagne. Tu avais réussi à trouver la seule boutique des Alpes qui vendait des bibelots avec la tour Eiffel, c’était trop drôle !

— Ça t’avait fait plaisir, non ?

— Ah, tu vois que tu te souviens ! Tu m’avais même embrassée, à l’époque.

— J’ai fait ça, moi ?

Je dois rougir, parce que je sens une vague de chaleur m’envahir le visage. Elle en rit, bien sûr. Elle a toujours adoré me mettre mal à l’aise. Je fixe ostensiblement ma montre, mais elle ne remarque pas mon geste. Elle ne me regarde plus et secoue la boule avec frénésie pour en faire tourbillonner la neige. Je m’approche d’elle dans l’idée de prendre la télécommande de la TV que je viens d’apercevoir, sur la table, mais elle me saute au cou au passage et m’embrasse sur les deux joues.

— J’avais tellement peur que tu ne l’aies jeté, je suis folle de joie ! m’explique-t-elle, les yeux brillants de malice. Alors, je compte quand même un peu, pour toi ?

Je souris, mais n’ai pas le temps de répondre quoi que ce soit. Ses lèvres se collent soudain aux miennes avec passion et mon cœur se brouille. Avant que je comprenne ce qui se passe, je me retrouve allongé sur le canapé, tenant Julia dans mes bras. Mes neurones ont décidé de faire grève, je crois. Une phrase unique tourne en boucle dans mon esprit : « Cueille aujourd’hui les roses de la vie » et je me dis que le réveil, demain, sera sans doute un peu épineux.

Rideau !

 

Mots à exploiter, désignés par le blog d’Olivia Billington – Des mots, une histoire :

Sagesse / Proverbe / Absolument / Subtil / Vieillesse / Ennemie / Adversaire / Jeu / Échecs / Fiasco / Erreur / Accepter / Joie / Plaisir / Offrir

La consigne facultative : votre personnage doit retrouver un objet qu’il avait perdu.

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