Un froid glacial…

2015 - 04 - 06 - Blog Guy Morant - salle de bal abandonnée à Detroit

Ce soir (on était lundi de Pâques, le 6 avril 2015), j’ai écrit un court texte (1 300 mots), en tirant mon inspiration d’une photo.

Cette photo, je l’ai trouvée sur le blog de Guy Morant, en en-tête d’un intéressant article sur l’influence des ruines sur la littérature.

Pour information, Guy s’est également emparé d’une photo de ruines et en a tiré un texte, que vous pourrez lire ici. Par ailleurs (et même si « Whisky », son texte d’aujourd’hui, n’est pas orienté jeunesse), Guy est auteur de romans à destination de la jeunesse. Vous pourrez facilement le retrouver sur Amazon.

Pour en revenir au sujet : les photos de ruines, ça me fascine. D’ailleurs, ça porte un nom : l’urbex. Vous trouverez en fin d’articles des liens vers des sites d’urbex qui m’ont servi de documentation.

2015 - 04 - 06 - Blog Guy Morant - tête de chat ou tigre dans un parc d'attraction à l'abandon

Voici ce que j’en disais, lundi après-midi, sur Facebook :

« Les ruines ont toujours été une grande source d’inspiration pour nombre d’auteurs / artistes / photographes / etc… (catégories non exclusives les unes des autres, NDLR. Surtout la catégorie « etc… », d’ailleurs. je me sens très « etc… », moi même, parfois ^^’)

Bref, je trouve à la fois tristes et poétiques, ces visions d’un temps passé (pas forcément très lointain, d’ailleurs). Se dire qu’à un moment, des gens passaient en petit train dans la gueule ouverte de ce chat aux couleurs étonnantes me remplit de stupeur. Où sont-ils passés ? Que sont-ils devenus ? »

Voici où en étaient donc mes réflexions sur le sujet lorsque j’ai décidé de passer à l’acte et de prendre Guy au mot. Après tout, ne disait-il pas, sur son blog : « à partir de la photo ci-dessus, imaginez une suite à cette petite accroche ».

L’accroche en question, ce sont les quatre premières lignes du texte qui va suivre Je me suis permis de changer le premier mot « Elle » par un prénom : « Lilith ». Mais en dehors de ça, je pense avoir respecté l’énoncé du sujet. ^^’

Place, donc, à cet exercice d’urbex littéraire. Si vous êtes tentés de prendre la suite, n’hésitez surtout pas ! Cherchez une photo, un lieu, et lancez-vous sans (trop) réfléchir ! Revenez ensuite me donner le lien vers votre texte, une fois que vous l’aurez publié.

PS: pour la version en anglais de cet article, cliquez ici.

Pour télécharger le texte en format epub / kindle / pdf, vous pouvez vous rendre ici.

Instructions:

* Pour l’application Kindle

* Pour l’application Nook

* Pour l’application Kobo

Désolé, les instructions sont en anglais. Je vais essayer de les trouver en français asap.

 

À vos marques, prêts, lisez !

 

Détroit, le 28 mars 1991.

Lilith ramassa le bouquet de mariée desséché et ferma les yeux. Aussitôt, la vision de ce passé révolu envahit son esprit. Elle entendit la musique, jouée par un orchestre de jazz, sentit à nouveau les parfums des danseuses et celui de ces roses qui composaient le bouquet. Autour d’elle, le tourbillon de la fête lui donnait le vertige.

Soudain, tout s’arrêta. Lilith fixa son bouquet des yeux : il venait de perdre ses derniers pétales. Ils flottèrent avec lenteur jusqu’au sol, rejoignant dans une immobilité totale la fine couche de poussière qui recouvrait tout dans la salle de bal.

— Mais qu’est-ce qui a bien pu se produire ici ? Que sont-ils tous devenus ?

La voix de Lilith résonna entre les murs entretissés de toiles d’araignées, aux couleurs passées. Dehors, à plusieurs blocs de là, le bruit des klaxons emplissait l’atmosphère malgré l’heure tardive. Il était bientôt minuit, mais les embouteillages n’en finissaient pas.

Les gens fuient. Mais quoi ? Et pour aller où ? Je ne suis même pas sûre qu’ils le sachent eux-mêmes.

Une semaine plus tôt, à peine, la salle de bal dans laquelle elle se tenait était encore animée, envahie par une richissime populace. En une minute, non, en une poignée de secondes, tout avait changé. Les danseurs s’étaient figés, tout d’abord, avant de s’écrouler. L’orchestre s’était tu et la décrépitude s’était installée. De là, elle avait gagné l’étage d’en dessous, puis les suivants, telle une silencieuse gangrène. Le lendemain, le bâtiment tout entier avait pris dix ans d’âge, puis vingt, puis trente. L’hôtel Lee Plaza n’était plus qu’une ruine branlante, désormais, et les maisons des environs n’avaient pas été épargnées.

Lilith s’approcha d’une fenêtre ouverte et voulut la refermer : l’aluminium du chambranle lui resta entre les mains. Les vitres, quant à elle, s’en désolidarisèrent et chutèrent, se transformant au contact du sol en une fine poussière blanche. Lilith lâcha le morceau de métal qu’elle tenait encore. Il subit le même sort que les vitres. Lilith avait déjà assisté plusieurs fois à ce curieux phénomène ces dernières heures et n’était donc pas surprise. Elle avait visité la maison d’en face. Aidée par les gros titres du journal local, elle avait compris que tout pourrissait à vitesse grand V dans un rayon d’un ou deux kilomètres alentour.

Même si les autorités se voulaient rassurantes, Lilith songea que la ville tout entière connaîtrait rapidement un destin similaire. Et s’il n’y avait réellement eu aucun risque, sanitaire ou autre, comme le prétendait la propagande municipale officielle, le quartier du Lee Plaza Hotel n’aurait pas été bouclé. Des barrages avaient été disposés un peu partout, bloquant toutes les avenues et ruelles à plusieurs kilomètres à la ronde. Cela n’avait pas aidé Lilith à approcher du Lee Plaza Hotel, mais elle avait fini par trouver un chemin de traverse, non surveillé.

Certains avaient parlé de restaurer la loi martiale et d’empêcher les habitants de Détroit de quitter la ville, voire même leur domicile… Il est vrai que la panique se généralisait et même sans mentionner les effets de la décrépitude, au rythme où les gens fuyaient, il n’y aurait plus âme qui vive à Détroit avant la fin du mois.

Des coups de feu éclatèrent, au loin. Ceux qui n’avaient pas de voiture en voulaient une. Ceux qui en avaient une… hé bien, ils avaient plutôt intérêt à avoir des vitres blindées et à ne pas ouvrir leurs portières tant qu’ils resteraient coincés dans la zone.

Songeant qu’elle ne reverrait jamais sa propre voiture, garée dans un parking municipal, non loin, Lilith haussa les épaules. Elle se baissa pour ramasser un journal. Elle s’intéressa à la date : 20 mars 1991.

Le jour où tout a commencé…

Le plus troublant, dans tout cela, était sans doute les disparitions. On n’avait vu sortir personne de l’immeuble et il en était allé de même dans tout le quartier. Cinquante mille personnes avaient été rayées de la surface de la planète en quelques dizaines d’heures et personne n’était au courant de rien.

Une brise légère souleva un épais nuage de poussière ocre. Lilith fut prise d’un frisson glacial et ramena les pans de son manteau sur elle.

Mais pourquoi je suis là, moi ?

Elle connaissait la réponse mieux que quiconque, bien sûr : son frère, Mathéo, faisait partie des disparus. Un frère qu’elle ne voyait plus guère qu’une fois l’an et qu’elle n’avait pas reconnu la dernière fois qu’ils s’étaient trouvés face à face. Amaigri, les yeux hallucinés, il lui avait fait peur et elle s’était promis de ne plus accepter ses invitations. C’était il y six mois et elle avait tenu parole, depuis. Ça n’avait pas empêché Mathéo de la harceler de lettres et de coups de fil. Elle était au téléphone avec lui lorsque tout s’était arrêté, que ça s’était produit. Mathéo était tellement excité qu’elle n’avait presque rien compris de ce qu’il lui avait dit.

J’ai réussi ! avait-il crié, fou de joie. J’ai retrouvé ce livre dont je t’ai parlé, l’autre fois. J’ai pu réaliser les expériences suggérées et certaines ont été couronnées de succès. Tu sais, le (…) — là, elle n’avait plus rien entendu pendant plusieurs secondes — et puis aussi (…). Hé, tu m’écoutes ?

— Mathéo, je te capte mal, avait-elle répondu d’une voix lasse.

Son mari l’attendait allongé sur le lit et elle n’avait qu’une hâte : raccrocher.

— Je te vois venir : tu ne me feras pas le foutu coup du tunnel, je sais que tu es chez toi. Et puis, en fait, tu vas plutôt me rejoindre. Je te montrerai quelque chose. Ça dépasse tout ! Il FAUT que tu contemples ça de tes propres yeux. J’ai vraiment réussi ! Si je te disais ce que je suis parvenu à accomplir, tu ne me croirais pas. Je te jure que c’est…

Il y avait eu un blanc et Lilith avait attendu quelques instants que le son revienne. Mais au bout d’une longue minute, ça avait coupé. Elle avait aussitôt rappelé, pour tomber sur un message anonyme l’avertissant qu’il n’y avait « pas d’abonné à ce numéro ».

Une légère brume se formait à chacune des expirations de Lilith, à présent. Elle courut ramasser sa polaire et remit son manteau par-dessus, mais très vite, le froid s’accrut encore.

Ça vient d’en haut, je crois.

Sans réfléchir, elle sortit de la salle de bal et gravit les marches du grand escalier. Elle dut se concentrer : elle ne voulait pas s’appuyer aux garde-fous branlants et risquer ainsi de faire une chute de plusieurs dizaines de mètres. Lorsqu’elle fut enfin sur les toits, elle en eut le souffle coupé : de là-haut, la vue sur Détroit était grandiose ! Lilith sentit son cœur se serrer. Là encore, la décrépitude avait laissé des marques clairement visibles de son œuvre destructrice : le sol de la première des deux tours triangulaires qu’elle visita était jonché de parpaings et de barres de fer rouillé. De larges pans de toitures manquaient, au travers desquels s’infiltraient les rayons de lune — et elle aurait facilement pu faire le grand saut. Seule l’absence de certitude qu’elle retrouverait ainsi son frère empêcha Lilith de commettre l’irréparable.

La mort dans l’âme, elle se rendit à la seconde tour triangulaire, de l’autre côté du bâtiment. Ici aussi, le toit se trouvait en piteux état et une pénombre épaisse, étouffante, régnait dans la pièce carrée.

Il fallut quelques instants à Lilith pour se rendre compte qu’elle n’était pas seule. Une silhouette sombre, aux contours flous, se tenait là, son regard tourné vers la cité en contrebas. La créature était presque invisible, mais le souffle glacial qu’elle exsudait l’environnait d’une vapeur blanchâtre au sein de laquelle son corps à la peau noire et craquelée se découpait nettement. Par endroits, on pouvait même entrapercevoir le squelette blanc-ivoire de la créature. Ses mains, notamment, n’étaient que ligaments entrecroisés et ossements mis à nu. Elle était grande, alors qu’elle était recroquevillée sur elle-même.

Elle tremblait.

Lilith fit un pas en arrière, mais la créature tourna vers elle ses deux yeux aux pupilles d’un rouge flamboyant. Elle ouvrit une large gueule dépourvue de dents et se passa sur ses lèvres minces une langue effilée, plus souple et longue que celle d’un serpent. Le sol sur lequel elle reposait était devenu tellement fin qu’on pouvait presque voir au travers.

Lilith voulut crier, mais sa langue resta collée à son palais. Elle voulut courir, mais ses jambes étaient prises dans le givre. Elle voulut lever les bras pour se protéger, mais ils se rompirent au niveau des coudes et glissèrent jusqu’au sol, où ils éclatèrent en une myriade d’échardes liquides.

Les dernières pensées de Lilith furent pour son frère : Mathéo, qu’as-tu fait ?

Puis, ses yeux se fermèrent et les ténèbres l’envahirent.

 

Sources :

http://www.freaktography.ca/abandoned-detroit/

http://www.freaktography.ca/wp-content/gallery/abandoned-detroit/Abandoned-Detroit-Ballroom.jpg

http://www.freaktography.ca/wp-content/gallery/abandoned-detroit/DSC_0045.jpg

http://detroiturbex.com/content/downtown/leeplaza/index.html

http://www.guymorant.com/cinq-usages-des-ruines/

Free Hugs for children

J’ai écrit ce court texte (moins de 500 mots) avec, en tête, la tragédie qui vient de frapper des écoles de Peshawar au Pakistan. Pour autant, j’ai opté pour un ton léger « léger ». Il s’agit donc d’un texte en lien (très très) indirect avec cet événement terrible, incompréhensible, inhumain (ou trop humain?)… En mémoire de…

 

La société « Free Hugs for children » a encore frappé – News du 16/12/2014

La petite ville de Ruelles Malappart est en émoi, ce soir. Plus tôt dans la journée, un commando de six membres du collectif « Free Hugs for children » (« câlins gratuits pour enfants », note du traducteur) a fait successivement irruption dans plusieurs écoles (de la maternelle au collège) du centre-ville. Ils ont finalement été mis aux arrêts et déférés à la prison de Belleville sur murets, dans l’attente de leur procès.

Les faits sont accablants : pas un des enfants des écoles concernées n’a été épargné. Il ne reste qu’à espérer que le souvenir de cette terrible journée reste le moins longtemps possible vivace en leur mémoire.

Jacques, parent d’un élève de grande section, exprime sa colère auprès de notre micro-trottoir à la grille d’entrée de l’école maternelle du petit Saint-André.

— C’est inadmissible. « Free Hugs for Children » est clairement une organisation terroriste, voire une secte, qu’il convient d’interdire de toute urgence. Combien de victimes avant que les autorités ne réagissent pour de bon ? Aujourd’hui, mon fils de neuf ans a reçu un innocent câlin et un bisou sur la joue de la part d’un parfait inconnu. Ces individus sans scrupules se permettent de nous jeter à la figure un jugement moral sur la façon dont il conviendrait d’élever les enfants, et c’est tout bonnement inqualifiable ! Je travaille plus de dix heures par jour, et c’est pareil pour ma femme. Comment allons-nous bien pouvoir expliquer à Nicolas que, non, nous n’avons pas le temps de lui faire un câlin ni de lui dire que nous l’aimons ? Ce sont toutes les bases de notre société de l’hyperconsumérisme qui sont foulées aux pieds par ces irresponsables ! Moi je dis que dans ce genre de cas, il faudrait pouvoir remettre en vigueur la peine de mort…

 

Afin d’apporter un éclairage scientifique sur cette affaire, nous avons demandé à l’expert-éleveur Jacques Sandoux de nous exposer son point de vue :

— Je peux comprendre que certains parents se sentent désemparés face à une telle violence. Notre société a perdu l’habitude des manifestations gratuites de gentillesse, voire d’amour pour notre prochain. L’individualisme a prouvé, par sa résilience en tant que modèle de société, qu’il pouvait résoudre tous les maux du siècle. Il est avéré que lorsque plus personne ne se tourne vers les autres en cas de problème, ceux-ci disparaissent comme par enchantement. Les actions du collectif « FHC » sont donc clairement une régression, un terrible retour en arrière dans l’évolution naturelle de l’humanité vers plus d’égoïsme, plus d’individualisme, donc plus d’autonomie et d’épanouissement personnel. Il faudrait, pour résumer la situation, que ces hommes et femmes mûrissent enfin. Sans aller jusqu’à demander le rétablissement de la peine de mort, je pense que nous pourrions rouvrir certains centres de rééducation par le travail, ou Goulags. Si le gouvernement fait un pas dans cette direction, qu’il sache que je me sens prêt à assurer la direction du comité chargé d’œuvrer à la sécurisation de notre système éducatif, économique et sociétal.

C’était Pascal Bléval, pour BlévalNews…

Palais Bourbon

— Tirel, dis moi, c’est pas maintenant qu’ils sont censés nous exfiltrer ? demanda Mirus à son voisin de droite d’une voix incertaine.

— Je crois bien que si, répondit ce dernier.

En face d’eux, le peloton d’exécution était aligné comme à la parade. Les soldats préparaient leurs armes. Mirus crut entendre l’un d’eux siffloter gaiement.

— Alors qu’est-ce qu’ils attendent ? Je crois bien que j’ai eu ma dose d’adrénaline, moi. Ça suffit, je veux rentrer chez moi.

— C’est quand même vachement plus réaliste que ce à quoi je m’attendais. Pas comme au cinéma, même avec la 5D. J’ai vraiment les pétoches, renchérit Tirel tandis que les fusils se tournaient dans leur direction.

Un officier s’avança et leva son sabre de cavalerie vers le ciel. Quelques secondes s’égrenèrent dans un silence de mort. Une mouche vola, qu’un corbeau goba joyeusement. Le silence retomba tel la chape de plomb sur la pierre tombale.

— Merde, dit Mirus.

Tirel hocha la tête.

L’officier abaissa le bras et les armes crachèrent leur mortelle sentence.

*

Le 9 mars 1942, sept combattants des Bataillons de la jeunesse sont exécutés au fort du Mont-Valérien. Parmi eux, deux voyageurs du temps en quête de sensations fortes.

Un mouvement de grève inopiné au XXXéme siècle, suivi d’un reboot foireux des serveurs de « Live-Back », société spécialisée dans les voyages vers le passé, empêchèrent le rapatriement de Mirus et de Tirel vers leur époque d’origine.

« La perte des données cognitives au moment précis où le retour allait s’enclencher rend impossible la restauration des puces mémorielles de nos deux malheureux clients. C’est un regrettable incident, qui ne remet nullement en cause la fiabilité du système « Live-Back » dans son ensemble », dira plus tard l’attaché de presse de la société.

 

C’était un texte « Microphéméride »

image microphémérides

 

Destinée

Lorsqu’il sortait sa boite de jeu élimée, elle ne pouvait résister à l’appel des personnages de bois et du plateau de cuir. Alors il époussetait la boite et libérait les effluves indescriptibles en ôtant précautionneusement le couvercle.

Ce jour-là, Morgane passa sa main droite sur l’une des figurines, qui se para d’une barbe blanche, d’une couronne et d’une longue cape en hermine…

— Il me semble que tu as une idée derrière la tête, Morgane, avança Merlin en étirant ses moustaches entre ses doigts.

— Depuis que nous avons quitté la douce contrée d’Avallon, nous nous délassons l’esprit grâce à ce jeu. Pour autant, je pense que nous pourrions faire de ces petits êtres de bois davantage qu’un simple divertissement.

Ce disant, elle agita le roi miniature devant le visage de Merlin, qui ne put s’empêcher de le suivre des yeux avec la plus grande attention. Cette fois encore, Morgane avait suscité en lui un vif intérêt. Il lui tardait de comprendre où elle voulait en venir et il le lui demanda.

— Vois-tu, Merlin, je te sais fin observateur des gesticulations humaines et de leur caractère vain.

— J’en conviens, confirma Merlin d’un hochement de tête.

— Alors, je pense que tu approuveras cette idée qui est la mienne : oublions manants et demoiselles. Influençons Seigneurs et autres puissants de ce monde, pourquoi pas ? Œuvrons ensemble pour aider l’humanité à s’élever de la fange dans laquelle elle se vautre avec tant de complaisance.

— Noble ambition, mais vaste tâche. Par où commencer ?

Morgane se pencha sur le jeu, tapota du doigt une figurine de bois qui prit l’allure d’un jeune garçon.

— L’heureux élu se nomme « Arthur », déclara la fée. Je ferai de lui un roi et tu seras son plus proche conseiller. Seras-tu à mes côtés dans ce projet, Merlin ?

Le sorcier hocha la tête d’un air pensif, mais ne répondit rien. L’avenir s’en chargerait à sa place.

Ce texte est le sixième rédigé par Agreste Piaf, pseudonyme collectif à 4 mains en collaboration avec Sylvain-René de la Verdière.

Une journée sans Facebook n’est pas sans conséquence…

— On a un problème, chef…

— Quoi donc, le bleu ?

— Demain, tous les humains vont se déconnecter de Facebook.

— Merde, on est déjà le 27 février, aujourd’hui ? Ça passe à une de ces vitesses, le temps…

— Qu’est-ce qu’on fait, chef ?

— Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse ? On serre les fesses et on espère que les batteries de secours tiendront le choc 24 h… Sinon, c’est la panne générale et le crash assuré en plein Paris… Je l’imagine d’ici, le tableau, tien. Ce serait pas joli-joli, notre vaisseau mère posé en plein sur le Louvre… Enfin, quand je dis « posé », je me comprends, hein…

— Notez bien, chef, que c’est une bonne idée que vous avez eue, de pomper l’énergie de tous ces cerveaux humains connectés ensemble via ce réseau Facebook. Depuis le temps qu’on était plus ravitaillés en carburant, ça commençait à craindre sérieusement du boudin. Mais à un moment, il faudra vraiment qu’on trouve le moyen de leur faire oublier cette foutue journée sans Facebook…

C’était un texte « Microphéméride »

image microphémérides

La vie en rose

— Qu’est-ce que tu reproches à la sagesse populaire, finalement ? me demande Julia d’un air buté.

— Rien de précis. Je ne sais pas, moi, c’est juste que… C’est dépassé tout ça, non ?

Je me sens un peu misérable en disant ça. Je me rends bien compte que je ne vais pas réussir à la convaincre avec un argument aussi faible, mais je n’y peux rien. J’ai toujours trouvé un peu ridicules les proverbes des grands-mères d’antan. Ça me fait penser aux yaourts et aux baguettes « tradition ». Ce retour aux racines qui ressurgit de plus en plus à mesure que la technologie s’empare de nos vies présente un côté « rétrograde » à mes yeux, mais je n’arrive pas à l’expliquer à Julia. La discussion a commencé dans le bus, s’est poursuivi dans la rue, et pour une fois, elle m’a même accompagné jusqu’à mon appartement. Là, sur le seuil, elle semble particulièrement tenir à me convaincre que j’ai tort. J’ai pourtant ouvert ma porte et fait un pas à l’intérieur, mais je n’ose pas lui dire « au revoir ». Je n’ai pas envie de la vexer, quand même.

— Ce que je pense, c’est que les vieux proverbes ne nous aident absolument plus à mieux vivre, de nos jours, si ? « Noël au balcon, Pâques aux tisons », par exemple, on s’en fout ! On a météo France pour nous donner les températures de la semaine, maintenant.

— Beaucoup de dictons sont plus subtils que ça, et continuent de faire sens. « Aide-toi et le ciel t’aidera », ou encore « Pour connaître ton ennemi, connais-toi toi-même ». Tout ce qui est ancien et hérité du passé n’est pas forcément désuet ou inutile, rétorque Julia.

Je dois le reconnaître, d’un point de vue rhétorique, Julia est parfois une redoutable adversaire. L’impression de mener une partie de jeu d’échecs me traverse l’esprit et je me ressaisis : je ne dois pas perdre ! C’est une manie, chez elle, de toujours tout prendre trop à cœur et de ne jamais accepter qu’elle puisse être dans l’erreur. Mais pour une fois, je refuse que ce nouvel affrontement verbal tourne au fiasco. J’en ai trop l’habitude, ces derniers temps. D’ailleurs, je sens soudain une réplique décisive, définitive et irréfutable me monter aux lèvres. J’en salive d’avance : le goût de la victoire est délicatement sucré et parfumé à la rose, je suis désormais en mesure de le confirmer !

J’ouvre la bouche, j’inspire, et… elle me contourne et entre dans mon studio, comme si je n’existais plus. La garce, elle abandonne avant le coup final ! De surprise, j’en oublie ma phrase et mon esprit se vide de toute pensée cohérente. Cela m’arrive d’ailleurs de plus en plus souvent face à mon amie d’enfance : j’appelle cette sensation de néant « l’effet Julia ».

Soudain, elle se fige et se tourne vers moi, un sourire joyeux aux lèvres.

— Ça alors, tu l’as retrouvé quand ?

Elle se précipite vers ma table de salon et s’empare d’une boule à neige avec une tour Eiffel à l’intérieur. La coque en plastique transparent présente une fissure en forme de croix sur sa face supérieure, et des initiales sont gravées juste à côté : « JB ».

— Oui, j’ai fait un peu de rangement, ce week-end. Il était dans un carton, à la cave, je réponds en tentant de prendre un air blasé.

— Tu te rappelles ?

Elle tient la boule à neige entre ses deux mains serrées, tout contre son cœur, et dans ses yeux flotte l’ombre d’un lointain passé.

— Quoi donc ?

— Arrête ton char. C’est toi qui me l’avais offerte, pendant la classe verte du CM2, à la montagne. Tu avais réussi à trouver la seule boutique des Alpes qui vendait des bibelots avec la tour Eiffel, c’était trop drôle !

— Ça t’avait fait plaisir, non ?

— Ah, tu vois que tu te souviens ! Tu m’avais même embrassée, à l’époque.

— J’ai fait ça, moi ?

Je dois rougir, parce que je sens une vague de chaleur m’envahir le visage. Elle en rit, bien sûr. Elle a toujours adoré me mettre mal à l’aise. Je fixe ostensiblement ma montre, mais elle ne remarque pas mon geste. Elle ne me regarde plus et secoue la boule avec frénésie pour en faire tourbillonner la neige. Je m’approche d’elle dans l’idée de prendre la télécommande de la TV que je viens d’apercevoir, sur la table, mais elle me saute au cou au passage et m’embrasse sur les deux joues.

— J’avais tellement peur que tu ne l’aies jeté, je suis folle de joie ! m’explique-t-elle, les yeux brillants de malice. Alors, je compte quand même un peu, pour toi ?

Je souris, mais n’ai pas le temps de répondre quoi que ce soit. Ses lèvres se collent soudain aux miennes avec passion et mon cœur se brouille. Avant que je comprenne ce qui se passe, je me retrouve allongé sur le canapé, tenant Julia dans mes bras. Mes neurones ont décidé de faire grève, je crois. Une phrase unique tourne en boucle dans mon esprit : « Cueille aujourd’hui les roses de la vie » et je me dis que le réveil, demain, sera sans doute un peu épineux.

Rideau !

 

Mots à exploiter, désignés par le blog d’Olivia Billington – Des mots, une histoire :

Sagesse / Proverbe / Absolument / Subtil / Vieillesse / Ennemie / Adversaire / Jeu / Échecs / Fiasco / Erreur / Accepter / Joie / Plaisir / Offrir

La consigne facultative : votre personnage doit retrouver un objet qu’il avait perdu.

Logo - O.Billington - désirs d'histoires

Rêveries

— Non mais tu as vu ça ? s’exclama Marie en pointant le ciel du doigt.

— Quoi ? répondit Marc sans prendre la peine de lever le nez de son bouquin.

Ils étaient tous deux assis sur un banc public dans le parc des Buttes-Chaumont, pour profiter d’une des rares journées ensoleillée de ce début d’année placé sous le signe de la brume.

— Mais ça, là ! insista Marie.

Marc releva enfin la tête. Là haut, un disque rond d’une dizaine de mètres de diamètre flottait, immobile, entre les gratte-ciel. Personne d’autre qu’eux ne semblait l’avoir vu. Sinon, ce serait déjà la panique, songea Marie.

—  Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? s’exclama alors un agent municipal en passant à côté d’eux…

—  Ça s’appelle un nuage lenticulaire, lança Marc. C’est une variété stationnaire d’altocumulus. Il est magnifique, n’est-ce pas ?

—  C’est que j’ai cru qu’il s’agissait d’un OVNI ! conclut l’agent avant de se remettre en route, quelque peu gêné.

Marie regarda son ami droit dans les yeux et s’adressa à lui, l’air surpris.

—  Tu veux dire que ce n’est pas une soucoupe volante ?

—  Évidemment pas, voyons. Il faut te ressaisir, ma vieille, dit Marc avant de se replonger dans son livre de science-fiction.

—  J’y ai vraiment cru, pourtant, continuait Marie. Je crois même que j’aurais aimé assister à un débarquement d’extraterrestres. Tout du moins s’ils avaient été pacifiques.

Sur ces mots elle sortit un vieux Fleuve Noir de sa poche et reprit la lecture du roman de Bessière des années 1950 qu’elle aimait tant.

Ni l’un ni l’autre n’aperçurent le cigare métallique qui s’extirpa alors du nuage pour disparaître dans l’espace en une fraction de seconde. Le flash produit par la soudaine disparition leur fit bien lever les yeux de leurs livres, mais ils n’y accordèrent aucune importance.

 

Ce texte est le quatrième rédigé par Agreste Piaf, pseudonyme collectif à 4 mains en collaboration avec Sylvain-René de la Verdière.

L’impasse – version corrigée

Une fois n’est pas coutume, j’ai décidé de mettre en ligne la version initiale (que vous pouvez lire ici) ET la version corrigée (suite à des retours de lectrices) du texte « Dead End, L’impasse ». Le titre du texte devient d’ailleurs simplement « L’impasse ». Bonne lecture aux courageux / courageuses qui liront le texte, copieusement remanié par rapport à la v1.

 

L’impasse

Les carcasses des voitures, des bus et des camions, étiraient leur rouille le long des rues et avenues de la cité abandonnée. Ils donnaient l’impression de flâner et formaient un embouteillage de plusieurs centaines de kilomètres. Mais leurs roues enserrées de lianes et de lierre étaient clouées au sol et même si par miracle leurs moteurs aphones avaient encore pu fonctionner, tous ces véhicules n’auraient pu fuir nulle part.

De part et d’autres, les immeubles vides, aux fenêtres cassées, semblaient se pencher un peu plus chaque jour vers ces témoins muets de l’âge d’or de l’humanité. Certains menaçaient de s’écrouler à chaque instant. D’autres les avaient précédés depuis longtemps et leurs gravats jonchaient les trottoirs, les rendant impraticables.

Au centre-ville, le théâtre et le cinéma étaient retombés dans l’anonymat. La foule avait disparu qui, naguère, battait le pavé avec animation pour assister au jeu des comédiens et entendre les airs de célèbres musiciens.

Désormais, les visites que recevaient les sièges désossés et les scènes effondrées se limitaient à une armée de rongeurs, de chats sauvages et de chiens errants. Dans les parcs alentour, des écureuils se faufilaient encore le long des troncs d’arbre. Ceux-là faisaient partie des rares espèces à avoir survécu à la folie humaine. Car même en plein été, la ville ne bruissait plus du bourdonnement des abeilles ni du chant des oiseaux. Dans les cieux, le silence régnait désormais en maître absolu.

Depuis le cataclysme, la nature peinait d’ailleurs à reprendre le dessus. Il paraissait pourtant inévitable qu’elle y parvienne un jour. Bientôt, de nouvelles racines crèveraient le bitume des ruelles, que coloniseraient peu à peu les insectes rampants sur cette terre malade, mais en voie de guérison.

Dans les espaces urbains désertés par leurs créateurs, les derniers lieux à avoir connu la cohue des heures de pointe furent les gares. Car dans les ultimes instants, les hommes s’y réfugièrent en masse, avec au cœur le vain espoir de monter à bord de trains en partance pour la campagne et d’hypothétiques zones de quarantaine. La réalité, bien sûr, s’empressa de démentir ces rumeurs absurdes.

Car nulle région n’avait été épargnée, pas même les îles les plus isolées. Les courants marins s’étaient chargés de charrier le virus comme les vents l’avaient fait aux premiers jours du cataclysme.

La population humaine, déjà en chute constante au cours des décennies précédentes du fait de la raréfaction des matières premières essentielles à sa survie, se serait-elle soudain résignée à commettre un suicide collectif ?

Pas une voix, en tout cas, ne s’éleva pour faire cesser les activités du laboratoire Ultime Recours, financé par de puissants fonds privés.

« Il n’y a pas trente-six solutions », proclamèrent les scientifiques responsables du projet Impasse pour justifier leurs travaux. « L’humanité doit entamer une phase de décroissance rapide ou courir le risque de disparaître à très court terme ».

Isolant les germes les plus destructeurs, ils peaufinèrent leur programme de recherche qu’ils baptisèrent finalement « Grande Loterie ». L’idée était effrayante de simplicité : confectionner un virus susceptible d’éradiquer quatre-vingt-cinq pour cent de la population humaine afin de redonner à la planète le temps de souffler, de reconstituer ses réserves. Ils n’essayèrent même pas de créer un antidote. Le hasard seul déciderait des survivants.

Les résultats dépassèrent leurs espérances les plus folles.

La première semaine du cataclysme provoqué sciemment par les hommes, la moitié du règne animal périt. Le mois suivant, les trois quarts de la faune et la quasi-totalité des humains disparurent de la surface de la Terre. Les quelques survivants, retombés dans la sauvagerie, ne tarderaient pas à s’éteindre pour de bon.

Et au sein de la zone d’isolement de l’hôpital privé où étaient nés les germes de la destruction, les derniers cadavres de ceux qui s’étaient cru les égaux des Dieux achevaient de se décomposer dans l’indifférence générale.

 

Mots à exploiter, issus du blog d’Asphodèle – Les plumes de l’écriture:

Voiture / rue / immeuble / abeille / théâtre / anonymat / animation / pavé / visite / parc / asphalte ou bitume / bus / fuite / flâner / embouteillages / urbain / gare / cohue / chuter / constant ou constance / hôpital

Les plumes d'Asphodèle

Dead End / L’impasse

Ce texte a fait l’objet d’une version corrigée, que vous pouvez lire ICI.

N’hésitez pas à lire les deux versions si vous voulez constater le chemin parcouru.

La file de voitures étirait sa rouille le long des rues et avenues de la cité abandonnée. Les immeubles vides, aux fenêtres cassées, semblaient se pencher un peu plus chaque jour vers ces témoins muets de l’âge d’or de l’humanité. Certains menaçaient de s’écrouler à chaque instant.

D’autres les avaient précédés depuis longtemps et leurs gravats jonchaient les trottoirs, les rendant totalement impraticables.
Même en plein été, le ciel ne bruissait plus du bourdonnement des abeilles ni du chant des oiseaux. Dans le ciel, le silence régnait en maître absolu.
Au centre-ville, le théâtre et le cinéma étaient retombés dans l’anonymat le plus total. La foule avait disparu qui, naguère, battait le pavé avec animation pour assister au jeu des comédiens et entendre les airs de célèbres musiciens.

Désormais, les visites que recevaient les sièges désossés et les scènes effondrées se limitaient à une armée de rongeurs, de chats sauvages et de chiens errants. Ceux-là faisaient partie des rares espèces à avoir survécu à la folie humaine, le ciel étant désormais vide de toute présence animale.

Dans les parcs alentours, cependant, des écureuils se faufilaient encore le long des troncs d’arbre.

La première semaine du cataclysme que les hommes avaient voulu provoquer de façon ciblée, puis qu’ils n’avaient pas su empêcher de s’étendre au monde entier, la moitié du règne animal avait péri. Le mois suivant, c’étaient les trois quarts de la faune et la quasi-totalité des êtres humains qui avaient disparu de la surface de la terre. Les quelques survivants étaient retombés dans la sauvagerie et ne tarderaient pas à s’éteindre pour de bon.

Depuis le cataclysme, la nature peinait à reprendre le dessus. Il paraissait pourtant inévitable qu’elle y parvienne, avec le temps. Bientôt, de nouvelles racines crèveraient le bitume des ruelles, que coloniseraient peu à peu les insectes rampants sur cette terre malade, mais en voie de guérison.

Déjà, les roues des voitures et des bus alignés en longues et immobiles files indiennes, étaient enserrées de lianes et de lierre. Même si par miracle leurs moteurs aphones avaient encore pu fonctionner, tous ces véhicules cloués au sol ne pourraient plus fuir nulle part. Au contraire, ils semblaient flâner dans la ville et formaient un impressionnant embouteillage de plusieurs centaines de kilomètres.

Dans cet espace urbain déserté, les derniers lieux à avoir connu la cohue des heures de pointe avaient été les gares. Dans les ultimes instants, les hommes s’y étaient réfugiés en masse, dans le vain espoir de monter à bord du dernier train en partance des grandes métropoles pour rejoindre ces lointaines campagnes qu’on avait dit épargnées. La réalité, bien sûr, s’était empressée de démentir ces rumeurs absurdes.

Car nulle région n’avait été épargnée, pas même les îles les plus isolées. Les courants marins s’étaient chargés de charrier le virus comme les vents l’avaient fait aux premiers instants du cataclysme.

La population humaine, déjà en chute constante avant les prémices du désastre du fait de la raréfaction des matières premières essentielles à sa survie au fil des décennies précédentes, s’était-elle finalement résignée à commettre un suicide collectif ?

Pas une voix, en tout cas, ne s’était élevée pour faire cesser les recherches du laboratoire Dead-End, financé par de puissants fonds privés. « Il n’y a pas trente-six solutions », proclamaient-ils alors, pour justifier leurs travaux. « L’humanité doit entamer une phase de décroissance ou périr, à très court terme ».

Les résultats avaient dépassé leurs espérances les plus folles.

Dans l’hôpital privé où étaient nés les germes de la destruction de l’humanité, au sein de l’espace d’isolement où tout avait commencé, les derniers cadavres d’êtres humains achevaient de se décomposer, dans l’indifférence générale.

 

Mots à exploiter, désignés par le blog d’Asphodèle – Les plumes de l’écriture:

Voiture / rue / immeuble / abeille / théâtre / anonymat / animation / pavé / visite / parc / asphalte ou bitume / bus / fuite / flâner / embouteillages / urbain / gare / cohue / chuter / constant ou constance / hôpital

Les plumes d'Asphodèle

Les plumes d’Asphodèle

 

‘Pataphysique et boucle temporelle…

« Un déclic, le son de la bande qui commence à tourner, puis la voix de Thom s’élève dans la pièce :

— « Fête Suprême Quarte de Sainte Marmelade », lut-il péniblement. Markus, mais c’est quoi ce délire ?

— Ce n’est pas un délire, c’est une fête que j’ai imaginée pour aller avec l’invention du siècle.

— Laquelle ?

— Je parle de l’invention phare de la fin du 19éme siècle. Autrement dit, de la ‘Pataphysique.

— La « quoi » ? s’exclama Thom, manifestement incrédule.

— La science des exceptions. Tu verras, demain tu seras un expert en la matière, je te le garantis. »

À ce stade, Markus Jarry arrête l’enregistreur. Puis, il relève la tête pour fixer Thom du regard

— Tu as reconnu ta voix, non ?

— Oui, j’avoue, c’est bluffant. Et je n’ai aucun souvenir de cette conversation.

— Tu me crois, maintenant, quand je te dis que les voyages dans le temps peuvent modifier notre vie ? Hier encore, tu me soutenais mordicus que toute tentative d’influencer un évènement du passé ne pouvait que créer un nouvel espace-temps parallèle, sans du coup changer notre propre présent. Alors ?

— Bon, ok, tu m’as eu. Bien sûr, j’ai déjà entendu parler de cette Science et je sais que Boris Vian a été satrape du collège de ‘Pataphysique. Mais tu avais vraiment besoin de trouver des noms pareils ? « L’ordre de la grande gidouille »… Sérieusement, c’est quoi ton problème ?

— Tout le monde a droit à son petit délire, non ? rétorque Markus, vexé comme un pou.

***

Le 19 février 2150, pour gagner un pari, un voyageur du futur décide de créer la Science de la ‘Pataphysique. Il en suggère l’idée à Alfred Jarry, un lointain ancêtre et glorieux inconnu jusqu’alors.