Le soir de la fièvre

Dans le camion blindé filant en direction d’Upper East Side et louvoyant entre les voitures abandonnées sur la voie rapide, John insère une K7 dans le lecteur vidéo.

—     Pour ne pas oublier, dit-il simplement en appuyant sur le bouton « lecture ».

Un commentateur TV apparaît à l’écran. Il transpire abondamment et respire avec difficulté.

—     L’épidémie… qui se répand à travers le monde… depuis hier soir, en date du… 16 décembre… a pris une ampleur catastrophique. Plus aucune ville… ne semble épargnée… Je me suis fait mordre… Il y a quelques minutes… Et… Je sens que… raaaaaaaaaaahhh !

Les yeux fous, l’homme déchire sa chemise puis se précipite sur la caméra. Cris, bousculades, l’écran s’emplit de neige puis devient noir.

—     Que ce jour soit inscrit dans nos mémoires comme « le soir de la fièvre », ajoute John en éteignant le poste de TV.

Les soldats qui lui font face le fixent avec des yeux emplis de douleur, avant de s’écrier, comme un seul homme et la main sur le cœur : « Oui, Commandant Travolta ! »

*

Nota : Pour éviter d’être suspecté d’avoir déclenché l’épidémie avec « la fièvre du samedi soir », dont la grande première était programmée le 16 décembre 1977, John Travolta rejoint les traques-fièvre dès le lendemain de la création de cette organisation paramilitaire. Il devient rapidement le leader incontesté de ces hommes et femmes chargés de repérer et d’éliminer les « fiévreux ».

Plusieurs des chansons des films « Grease » et « Saturday night fever » sont reprises et adaptées pour l’occasion, afin de galvaniser les troupes et informer les populations du mode de propagation de la maladie.

Extraits du remix de « You’re the one that I want »

ð  “You better take shelter / ‘cause they’re out there / and they want to eat your brain / and if you can / you better smash their head”

ð  Ou encore “And you better be careful (try not to get beaten) / ‘cause that’s the way the flue spreads”

Voyager One

Au sol, c’est l’euphorie. La sonde Voyager 1 s’apprête à sortir des limites du système solaire.

—     C’est un évènement historique ! déclare le commentateur télé. Nous assistons, en direct, à l’émancipation de l’espèce humaine ! Aujourd’hui, nous entrons dans une nouvelle ère en faisant quitter l’héliosphère à l’une de nos créations !

Mais soudain, un rayon d’énergie vient percuter la sonde et la désintègre totalement. Il n’en reste pas le moindre débris.

—     Le Conseil des Trente a eu raison de placer ce système solaire en quarantaine, murmure Zglirb en croisant ses six bras d’un air rageur. Non contents d’avoir ravagé leur planète, ces « humains » entendent désormais encombrer l’univers tout entier de leurs détritus… Et puis quoi, encore ?

=> Le 16 décembre 2004, la sonde Voyager 1 ne quitte pas l’héliosphère, elle ne devient pas « la première création humaine à naviguer au-delà de l’une des principales frontières du Système solaire. ».

Blue Suede Shooes

—     Carl, comment tu comptes payer la note ? lui demande le barman en gardant la main sur la bouteille de whisky.

—     Je peux te refiler mes chaussures en daim bleu ?

—     Pour que j’aie l’air d’une fiotte ? Non, merci.

—     Sinon, je peux te filer ça, insiste Carl Perkins en tendant un morceau de papier griffonné de mots serrés les uns contre les autres.

—     « Blue Suede Shooes » ? C’est quoi, ça ?

—     Une chanson. Je suis pas sûr que Sun records l’accepte et je supporte pas les refus. Tu la prends ? En échange d’un repas, aussi.

—     Ca roule, conclut le barman, qui est un tendre, au fond.

Le soir venu, il montre la feuille à sa femme.

—     Tu t’es encore fait avoir par ce Carl Perkins de malheur ! s’exclame-t-elle, furieuse. Brûle-moi ça tout de suite, espèce d’imbécile. L’alcoolisme, c’est peut-être contagieux.

Carl Perkins ne compose pas « Blue Suede Shooes », qui n’apparaît pas sur le premier album d’Elvis Presley en mars 1956. La carrière de celui-ci, qui commençait à décoller, retombe comme un soufflé. Il meurt pauvre et amaigris, quelques années plus tard, le même jour que Carl Perkins, qui n’a pas connu le succès en ne lançant pas le mouvement du rockabilly.

Le gouvernement sommé de respecter ses promesses de campagne…

Tout a commencé par la mise en ligne, sur le site avaaz.org, d’une simple pétition. Son titre ? « Rendons le pouvoir à la rue ! Oui au retour des consultations citoyennes et aux référendums ! Oui à la décentralisation et à la désétatisation de la vie privée en France ! »

L’auteur partait du constat que « trop d’état tue l’état » d’une part, et que la notion de politiciens « représentants du peuple » a quelque peu perdu de sa signification au fil des ans. La conclusion qu’il tire de ses réflexions est limpide: « Il est temps que le peuple français se réapproprie le pouvoir législatif, et ce d’une façon directe ! C’est-à-dire sans passer par les cases Sénat / Parlement / Assemblée Nationale et tout le toutim habituel. »

Les débuts sont discrets. Une centaine de signatures seulement, au bout d’une semaine. Mais soudain, un blogueur célèbre s’approprie le thème, le relance et en fait LE sujet à la mode. Les partages Facebook, retweet et autres reblogs se multiplient sur tous les réseaux sociaux qui trainent. La machine à buzz est initiée.

Au bout de trente jours, le cap du million de signatures est franchi.

Deux mois plus tard, trois millions de Français se sont joints au phénomène.

Aujourd’hui, six mois après la mise en ligne officielle de la pétition, plus de dix millions de personnes ont apporté leur soutien au projet.

De fait, les politiciens, d’abord goguenards à l’évocation de la pétition, ont fini par la prendre au sérieux. La première déclaration réellement fracassante intervient au moment du trois millionième soutien, en la personne du porte-parole du gouvernement :

« L’homme qui est derrière tout cela, et le blogueur qui l’a aidé sont des anarchistes. Nous ne pouvons pas laisser faire cela. Ce serait la mort de l’état de droit ! »

Cette sortie a évidemment aussitôt déclenché un feu roulant de critiques en provenance de l’opposition.

« Le gouvernement a beau jeu de dénoncer une atteinte à l’état de droit. Après tout, le climat d’insécurité fiscale qu’ils ont instauré par leur inconséquence et leur amateurisme en matière de communication a largement plus contribué à annihiler l’idée même d’un état de droit, dans les faits. Après tout, de quel droit disposons-nous encore, nous, citoyens lambdas, à part celui de payer des impôts à géométrie variable ? Ce faux problème de la pétition anar’ me semble n’être qu’un écran de fumée déployé par les incapables qui prétendent nous diriger, afin de masquer les véritables problèmes de la France ! Je ne serais même pas étonné que cette pétition soit un canular, et que le gouvernement soit derrière tout ce « buzz », comme disent les jeunes. »

Par la suite, tout est allé très vite. Trop vite, diront sans doute les futurs commentateurs politiques, les fameux « introduits » ou « insiders ». Trop loin, également ?

Car au six millionième inscrit sur la liste de la pétition, un processus qui semblait inexorable s’est enclenché, faisant passer la pression populaire d’internet vers la rue.

Tout commence avec un premier flash mob lancé via Facebook, au cours duquel plusieurs milliers de participants se répandent au milieu des voies de circulation. La plupart des grandes villes de France sont concernées et voient leur trafic routier totalement stoppé durant plusieurs heures, jusqu’à l’intervention des forces de l’ordre.

Puis, un second évènement mobilise soixante-dix mille internautes selon la police, trois-cent-quatre-vingts-mille selon les organisateurs. Le but ? Perturber le déroulement d’une séance par ailleurs plutôt morne, voire moribonde, de l’Assemblée Nationale. De nombreux sièges d’administrations publiques sont également envahis, ce jour-là : antennes de Pôle Emploi, ministères (dont celui des Finances, à Bercy), sécurité sociale de Nanterre, et tant d’autres…

Cette fois, la police ne se contente pas de refouler les manifestants. Au plus fort de le mêlée, certains de ses éléments craquent face à la pression exercée sur eux par l’ampleur du mouvement de foule. Les avis divergents sur la question, bien sûr. Mais il est sans doute permis de se demander si le terme « répression » ne pourrait pas exprimer de façon adéquate la manière dont les autorités ont pris le problème à bras le corps, ce jour-là.

De là, le cours des évènements n’a fait que se précipiter, de faire boule de neige, entraînant dans son sillage toujours plus de « followers » et les opposant à des forces de l’ordre davantage déboussolées à chaque nouvel incident.

Aujourd’hui, il paraît bien difficile de définir ce qui est en train de se produire. Assistons-nous, à l’heure où je vous parle, à un changement de paradigme au sein de notre société ? Est-ce une révolte ? Quelqu’un se lèvera-t-il soudain pour s’exclamer « Non, Sire, c’est une révolution ! » ?

L’avenir nous le dira, et il s’annonce bien incertain…

Pascal Bléval, pour Bléval News.

Cartable blindé et moufles en kevlar

Marlène se penche sur sa fille et lui tapote la tête en souriant. Elle se revoit, petite, le cartable deux fois trop grand pour elle. Certaines choses ne changent pas, songe-t-elle.

—         Fais bien attention à toi, d’accord, Julie ? Ne parle pas aux inconnus, va tout droit jusqu’à ton école et ne t’arrête pas en chemin. Tu as cinq minutes de marche à pieds, tu me bipes avec ton téléphone dès que tu es arrivée, c’est bien compris ?

—         Oui maman, répond Julie, la bouche en cœur.

—         Tu rentres en CM2 aujourd’hui, tu es une grande alors je compte sur toi pour faire ce que je te dis. Je ne peux pas t’accompagner, tu comprends. Les adultes font de bien meilleures cibles. Toi tu es encore petite, tu peux te faufiler.

—         J’ai bien compris, Maman, ne t’en fais pas.

—         Et puis, ajoute Marlène, tu as ton cartable blindé, tu es bien protégée. Et les enfants sont quand même moins souvent visés par les snipers.

—         Oui, Maman, tu as raison.

—         C’est bien. Surtout, ne ramasse pas les objets ou les jouets qui traînent par terre. Ce sont peut-être des grenades. Ne fais pas comme ton frère, Hugo, d’accord ? Je ne veux pas qu’il t’arrive la même chose.

—         Non maman, promis, je ne toucherai à rien.

—         Et puis, n’oublie pas tes moufles en kevlar. Dis-moi, que dois-tu faire si un inconnu te barre la route ?

—         Je mets les mains devant mon visage, je me jette au sol sur le ventre et puis je fais la morte, récite Julie d’une voix monocorde.

—         Tu as ta poche de faux sang à portée de main, n’est-ce pas ?

—         Bien sûr, je ne suis pas idiote, répond Julie en sortant une capsule emplie d’un liquide rouge.

—         C’est bien, tu m’as l’air au point. Les vacances ne t’ont pas trop rouillée, tu peux y aller. Qu’est-ce qu’on dit à sa maman chérie ?

—         Que je t’aime très fort et que j’espère te revoir ce soir ! s’écrie la fillette en faisant un câlin à sa mère.

—         Moi aussi je t’aime, mon cœur. Amuse-toi bien, surtout !

—         Compte sur moi, maman. Au revoir, bonne journée ! Tu feras un bisou à papa, ok ?

—         Ok ma puce. Allez, un petit bisou-câlin et en route, Julie.

Julie embrasse sa mère et enfile ses moufles grises en kevlar renforcé. Par l’entrebâillement de la porte, elle jette un bref coup d’œil aux alentours avant de se faufiler à l’extérieur. Marlène referme dès que sa fille est sortie, enclenche les quatre séries de verrous et se dirige vers la cuisine. Elle se saisit d’une craie et s’approche d’un tableau séparé en quatre parties. Du côté gauche sont inscrits plusieurs noms : « papa, maman, Hugo, Julie ».

La ligne réservée à Hugo est barrée et s’interrompt brutalement au bout de cent douze croix. Celle de papa en compte deux cent trente-cinq. Sur celle de Marlène, qui sort le moins souvent possible, sont alignées soixante-quinze petites croix. Elle en ajoute une à la ligne de Julie et les dénombre mentalement. Autant que pour son papa.

Deux ans ont passé depuis le massacre de Jussieu. Au cours de cette période, Julie a réchappé de peu à trois attentats au sein même de sa maternelle et à un autre sur le chemin de l’école…

« La pauvre, elle est si jeune, songe Marlène. Si au moins nous avions les moyens de louer une voiture blindée, voire des gardes du corps, je ne me ferais pas autant de soucis… Pourvu qu’il n’arrive rien à Jacques et que je ne croise personne en allant faire les courses. Non, il faut que je sois positive. Ce soir, nous serons à nouveau tous réunis pour le dîner… Être tous ensemble, autour d’une table… Oublier le monde extérieur, l’espace de quelques heures… Ce sera bien. Oui, ce sera vraiment bien. »

Premier cas de transmission d’un virus informatique à l’homme diagnostiqué à Paris. Une e-cigarette serait en cause.

Attention, flash d’information décalé ci-dessous !

Ce mardi 18 décembre 2013 restera certainement dans les annales comme une date  marquer d’une pierre blanche. En effet, un homme a été admis aujourd’hui aux urgences de l’hôpital Ambroise Paré, de Boulogne, pour une pathologie on ne peut moins banale : il aurait été infecté par un virus informatique de type « Trojan » ou « Troyen », vraisemblablement contracté la veille.

L’homme, originaire du nord de l’Italie, venait de décider d’arrêter la cigarette classique pour se reporter sur les cigarettes dites « électroniques ».

En plus d’être à l’origine de débats pour le moins houleux entre les buralistes, l’état, et les boutiques de distribution spécialisées, il semble donc que l’e-cigarette a fait progresser l’espèce humain vers une mixtion plus prégnante des réalités physiques et virtuelles. Et ce, bien davantage que n’était parvenu à le faire à ce jour la réalité augmentée, malgré les moyens colossaux pourtant déployés par Google en ce sens (citons notamment le cas des « google glass »).

L’avenir seul nous dira s’il s’agit là d’un formidable bond en avant ou bien, au contraire, si nous nous trouvons désormais à l’aube d’un cataclysme en préparation.

Scalp, pour Bléval News.

L’affaire des primes en liquide, une simple poire pour la soif ?

Attention, flash d’information décalé ci-dessous !

Ndlr : la déontologie nous interdit de nommer explicitement les personnes impliquées dans cette affaire avant décision de justice

Courant 2003, dans son cabinet du ministère de l’intérieur, N.S. reçoit C.G.

Quelques minutes après le début de l’entretien – dont la teneur demeurera secrète – N.S. sort un Pauillac classé de sa caisse en bois d’origine, la fait tourner dans ses mains pour en faire admirer la robe à son interlocuteur, puis la replace dans son écrin.

—     Voilà ta prime. 10 000 € en liquide. Cela devrait t’aider à faire parler tous ces mafieux qui nous veulent du tort. N’aies pas peur d’y aller fort, surtout.

—     Bien, Patron, répond C.G. en posant un genou à terre pour recevoir avec dignité la bouteille que lui tend son Seigneur et Maître.

Puis, le dénommé C.G. ressort du bureau de N.S. à reculons, le buste légèrement penché en avant, ainsi que l’exige l’étiquette en ces lieux feutrés du pouvoir.

Scalp, pour Bléval News.

L’implantation de zones HLS dans les cités, une fausse bonne idée ?

Attention, flash d’information décalé ci-dessous !

« Le maire de Saint-Denis refuse l’implantation de HLS (Habitations à loyer supérieur) dans sa ville ». Plus d’infos sur Bléval News

Le maire de Saint-Denis, Didier Paillard, a résumé la situation en ces termes :

« On est plutôt bien, ici. Malgré tout ce qu’on peut en lire dans les journaux, Saint Denis est une ville où il est agréable de vivre. Bien sûr, des dérapages, des incidents, il y en a ici, mais comme partout ! Par contre, et dans le but de conserver son identité « terroir » à Saint Denis, je suis clairement opposé à l’idée d’implanter des zones d’habitats localement sécurisés (zones HLS, usuellement dénommées « Habitations à loyer supérieur »). Nous ne voulons pas de ces riches qui ne savent que critiquer, se pavaner, puis retourner se cloîtrer dans leurs bunkers en plein centre-ville. Halte à la démagogie ! Qu’ils aillent dans le 7éme arrondissement, plutôt. Je suis sûr que Madame Dati n’y trouvera rien à redire, elle. »

Interrogée par la suite, Rachida Dati n’a d’ailleurs pas réfuté avoir étudié la création d’une zone HLS dans son fief, mais sans indiquer si elle compte donner suite à un tel projet.

Scalp, pour Bléval News.