Un passé plein d’avenir

Bonjour tout le monde.

Une fois n’est pas coutume, j’en appelle à vous toutes et tous pour agir maintenant en partageant ce texte autour de vous, ainsi que le lien suivant: http://goo.gl/cBym5i

Vous comprendrez pourquoi c’est si important en lisant le texte jusqu’au bout. 🙂 Mais rassurez-vous, c’est avant tout une petite nouvelle (2 300 mots) d’anticipation ! ca ne vous prendre que 15-20 minutes de la lire, à mon avis.

[EDIT:  ce texte (dans sa forme) m’a été indirectement inspiré par une nouvelle d’anticipation / SF d’Erik Vaucey, que celui-ci a écrit dans le cadre des « 24h de la nouvelle ». N’hésitez pas à aller la découvrir !

Un passé plein d’avenir…

Le voyage depuis Néo-Paris s’était déroulé sans accrocs. L’aérojet avait décollé, à 9 heure précise, du stratoport de la métropole volante. Elle avait survolé les quartiers périphériques, aux immeubles bas, aux lignes épurées faites d’un mélange de plastobéto et de plastoverre. Ces nouveaux matériaux composites, nés au lendemain de la guerre des matières premières, avaient remplacé béton, plastique et verre depuis longtemps.

Pourtant, depuis quelques années, un fort courant rétro réclamait ce que ses membres appelaient un « retour à la terre des origines ». Marc et Isabelle étaient de ceux-là. Lassés par la pureté sans faille des meubles de leur duplex Néo-parisien, ils avaient décidé de visiter un quartier-régénéré. Il était 9 h 10 et la gare de Rueil-Malmaison apparut à l’horizon. L’engin quadriplace à propulsion par antigravité se plaça dans l’axe de l’ancienne voie de RER, survola les rails pendant quelques instants avant de se poser juste à côté de l’ancienne station du Grand Paris Express. Celle-ci était flambant neuve.

gare de rueil - futur mobipole gare de rueil - actuelle

Au signal de Pascal, l’agent immobilier, Marc et Isabelle descendirent de l’aérojet.

— Toute la ville de Rueil-Malmaison a été reconstituée à l’identique, leur expliqua Pascal. Avec les matériaux et les techniques de fabrication du du 21éme siècle !

— C’est excitant, dit Marc. Quand est-ce qu’on visite l’appartement ?

Il trépignait d’impatience et Isabelle semblait dans le même état.

— Ne vous inquiétez pas, nous n’allons plus tarder, à présent. Mais vous comprendrez qu’on ne peut pas survoler des monuments historiques tels que les immeubles qui ont été bâtis dans la région avec un engin aussi moderne qu’un aérojet. Cela jurerait. Vous imaginez l’anachronisme ?

Marc et Isabelle imaginaient sans peine. Ils hochèrent la tête, convaincus d’avance par tous les futurs arguments de leur agent. De toute façon, ils le voulaient, leur appartement rétro, et ils l’auraient. C’était la dernière mode et tous leurs amis avaient acheté une résidence secondaire dans l’un de ces quartiers historiquement fidèles, reproductions à l’identique du passé de la vieille terre. Jérôme, le frère de Marc, avait récemment acquis un manoir écossais. Même les lunarites semblaient commencer à se prendre au jeu. Deux reproductions du Kremlin avaient vu le jour dans le plus gros des cratères du satellite de la terre, l’année précédente.

— Mais du coup, s’enquit Marc, quel véhicule allons-nous prendre ?

— Un bus !

Marc et Isabelle s’entreregardèrent. Leur guide était-il devenu fou ?

— Ne vous inquiétez pas. Six lignes de bus desservent l’appartement que nous allons visiter ensemble aujourd’hui. Trois d’entre elles vous permettront de rejoindre la gare où nous venons d’atterrir, les autres desservent le stratoport de la défense, celui de Porte-Maillot et celui de Pont de Sèvres. Il y a également un aérotrain à vingt-cinq minutes à pieds, dans la ville reconstituée de Saint-Cloud, ainsi qu’un tram-jet à quelques encablures, du côté de l’ancienne Suresnes. Mais si nous y allions, à présent ?

Il sentait que ses clients fléchissaient. C’était logique : l’éloignement d’un axe ferroviaire était souvent un obstacle aux yeux de ces adeptes du courant néo-rétro. Ils voulaient pouvoir se rendre sur Néo-Paris en un claquement de doigts, sans se rendre compte que c’était presque aussi facile par le bus que par l’ancienne gare RER.

 

Ils se rendront vite compte des avantages qu’il y avait à prendre le bus ou le train. Au moins, ils seront assis aux heures de pointe, pas comme dans le si moderne tram-jet.

Marc et Isabelle se laissèrent finalement convaincre. Ils montèrent dans le véhicule terrestre et celui-ci s’ébranla pour rejoindre la route. Quelques minutes plus tard, ils longeaient une superbe bâtisse des anciens temps. Devant le regard interrogateur de ses clients, Pascal joua les guides touristiques :

ancienne mairie de rueil

— C’est l’ancienne mairie de Rueil, bâtie en 1868 à l’imitation du château de fontainebleau et inaugurée par Napoléon III un an plus tard. La nouvelle mairie est logée dans le bâtiment situé juste après.

Il désigna un cube présentant une alternance de vitres et de hauts murs blancs.

nouvelle mairie de rueil— Puis, sur votre gauche, vous avez la médiathèque, dans laquelle vous pourrez vous restaurer grâce à un coin café. Il accueille d’ailleurs de temps à autre des cafés littéraires ainsi que des salons du livre.

Marc hocha la tête, intéressé. Lui qui se targuait d’écrire à ses heures perdues, il pourrait se frotter aux autres auteurs de la ville en se rendant de temps à autre à cette médiathèque.

— On est encore loin de l’appartement ?

— Non. Environ vingt-cinq minutes à pieds, dix minutes en bus. Le trajet entre l’appartement et le centre-ville de Rueil est court et bien desservi par trois lignes de bus et une navette. Et il est très facile de se garer en voiture, dans le coin, grâce aux différents parkings souterrains, gratuits la première demi-heure pour la plupart.

Le bus redémarra, remonta la rue Hervet et longea une vieille église.

église de rueil

— Il en reste donc encore qui n’ont pas été détruite par les bombardements des cohortes des athées fanatiques ?

— Vous imaginez bien que cet édifice est une reconstitution, comme tout le reste.

Isabelle parut déçue, mais elle se consola lorsque son regard tomba sur le « M » jaune d’une enseigne bien connue.

— Tu as vu, Marc ? Ici aussi, il y en a ! Du coup, on doit être à quoi, quinze minutes à pieds de notre futur chez nous ?

— C’est ça, vous avez bien calculé, Madame, confirma Pascal. Un peu plus loin, de ce côté — donc vers l’est en partant de l’église — vous avez le bois-préau. Un endroit parfait pour venir se détendre en famille. Et de l’autre côté du Bois-Préau, vous tomberez sur le château de Joséphine, la première épouse de Napoléon.

bois-préau - châteaupelouse du bois-préauchateau Joséphine - rueil-malmaison
Il conclut sa diatribe par un coup d’œil appuyé au ventre arrondi de Marc. Celui-ci se rengorgea et se caressa le ventre en soupirant.

— C’est notre second enfant, indiqua-t-il, l’air fier. J’ai aussi porté le premier !

— Il y a trois chambres dans l’appartement. Elles font entre neuf et douze mètres carrés et sont éloignées du salon. Vous pourrez donc continuer à voir vos amis sans déranger les enfants lorsqu’ils dormiront.

— Il est grand, le salon ? demanda Isabelle.

— Vingt-cinq mètres carrés. Vous verrez, nous y sommes presque.

Cinq minutes plus tard — un quart d’heures à peine s’était écoulé depuis leur départ de la gare —, ils descendirent du bus.

— Si vous continuiez sur cette ligne — la numéro 144, vers la Défense —, vous arriveriez tout d’abord à la gare du Val d’Or, puis à la station de tram-jet de Suresnes-Longchamp. Mais à présent, nous allons monter la rue du Lieutenant-Colonel de Montbrison. Suivez-moi.

La pente était rude, mais cela ne dérangea ni Marc, ni Isabelle. L’excitation de la découverte les galvanisait. Trois minutes plus tard, Pascal s’arrêta devant un portail. Il leur désigna un arrêt de bus, juste à côté, et un second, de l’autre côté de la rue.

— Il y a encore deux lignes de bus, là. La 241 vous mènera du RER de Rueil jusqu’à Porte d’Auteuil. L’autre, la 141, vous mènera de la Défense à la gare RER de Rueil. Vous y serez toujours assis, et il ne vous sera pas nécessaire de courir si vous voyez passer le 141 sous vos yeux : il y a un bus toutes les cinq minutes aux heures de pointe, alors autant attendre le suivant !

Les clients de Pascal hochèrent la tête à l’unisson. La dernière fois que Marc avait couru pour attraper un bus, il s’en était sorti avec une grosse frayeur et une vilaine entorse. Il n’était pas près de recommencer !

Pascal ouvrit une porte jouxtant le portail, à l’aide d’une clé à contact magnétique. Ils franchirent un premier parking pour se retrouver dans un petit square. Une dizaine d’enfants y jouaient au foot, mais ils s’interrompirent pour laisser passer les visiteurs. Pascal fit franchir le square à Marc et Isabelle et ils entrèrent dans le plus haut des immeubles : une sorte de barre allongée de dix étages, dont les murs affichaient une rafraichissante couleur rose pâle. Marc observa le sol, aussitôt après avoir franchi la porte d’entrée.

— C’est propre, dit-il.

— Les agents de nettoyage passent régulièrement et le gardien veille au grain ! Suivez-moi.

Il les mena à l’ascenseur et appuya sur le 8. Une poignée de secondes plus tard, ils étaient arrivés à destination. Pascal ouvrit la porte et s’effaça devant Marc et Isabelle, qui ouvrirent de grands yeux aussitôt entrés.

 Salon - 1

— Vous ne nous aviez pas menti. Le salon est grand et tout cela semble très lumineux !

— Les anciens propriétaires ont abattu quelques cloisons par-ci par-là et ils ont bien fait : cela a rendu l’entrée considérablement plus lumineuse, en effet.

Pascal désigna un meuble TV en imitation ébène, d’allure imposante.

— Pendant que j’y pense : les propriétaires sont disposés à vous laisser ce meuble. S’il vous intéresse, nous pourrons proposer un prix. Par contre, l’équipement électroménager de la cuisine reste, et gratuitement, bien sûr.

— Allons-y, je veux voir la cuisine, s’exclama Marc.

— Le cuistot de la famille, c’est lui, expliqua Isabelle, l’air de s’excuser. C‘est vrai que ça fait un peu cliché, l’homme qui porte l’enfant, qui fait la cuisine, mais je n’y suis pour rien, c’est lui qui a voulu !

— Loin de moi l’idée de juger la façon de vivre de mes clients ! se récria Pascal en rigolant.

Il ouvrit une porte donnant sur l’entrée et leur montra la cuisine.

Cuisine— Elle est spacieuse et tout aussi lumineuse que le reste de l’appartement. Elle mesure douze mètres carrés. Resteront donc sur place : les plaques vitrocéramiques, le four, le lave-vaisselle, la hotte et tous les meubles. Oh, les murs porteurs aussi restent sur place, bien sûr.

Marc rit de bon cœur et ils repassèrent dans l’entrée. Pascal ouvrit deux nouvelles portes, pour leur faire « visiter » les toilettes et une petite pièce-buanderie.

— Parfait pour y mettre le lave-linge. Et là, juste à côté de l’entrée, vous avez un espace dressing.

— C’est quoi, derrière la porte en face du dressing ? s’enquit Isabelle.

— La salle de bain.

Pascal ouvrit la porte et ils pénétrèrent tous trois dans la pièce.

Salle de bain
— La pièce n’est pas grande, mais l’espace est bien employé. Vous avez une baignoire, un meuble de rangement-lavabo et encore deux autres meubles de rangement juste là, derrière vous. Vous voyez qu’il est bien disposé et discret, vous ne l’aviez même pas remarqué !

Ils ressortirent de la salle de bain et se tournèrent vers la droite. Deux mètres plus loin, au fond d’un large couloir, se trouvaient les trois chambres.

Chambre gauche Chambre centre 1

— Celle du milieu est la plus petite. Elle fait neuf mètres carrés environ. Les deux chambres latérales font douze mètres carrés. Venez admirer la vue !

— On est orientés par où, là ? demande Marc.

— Devant vous, il y a Paris, avec Néo-Paris juste au-dessus des nuages. Sur votre gauche, le mont valérien avec son fort polygonal, hérité du milieu du dix-neuvième siècle. On y tire encore des feux d’artifice.

Isabelle se pencha par une fenêtre et admira la vue imprenable, sans vis-à-vis.

vue extérieure - intérieur résidence

— En tout cas, on voit super loin, d’ici. Et on n’a personne en face, à notre hauteur. On va enfin se sentir chez nous, mon chéri !

— Attends, Isabelle, il reste à discuter le prix, n’oublie pas, temporisa Marc.

Il se tourna vers Pascal, qui savait bien que le plus dur était fait.

— Les propriétaires en demandent 320 000 anciens euros, mais ils sont prêts à négocier. J’oubliais de vous dire que pour ce prix là, il y a aussi deux caves et une place de parking, située juste en bas de l’immeuble.

— Cet appartement semble être une reconstitution très fidèle de la façon dont on pouvait vivre dans une grande ville de la petite couronne entourant Paris, la métropole des temps passés. C’est exactement ce que nous recherchions, dit Marc.

— Vous avez raison. Mais pour vous, il représente l’avenir, n’est-ce pas ?

— C’est vrai, confirma Isabelle. Ces matériaux nous plaisent. Le parquet est simple, mais il doit être facile à laver. Pareil pour le carrelage dans la salle de bain et la cuisine. Et le dressing est quand même bien pratique ! Mais en même temps, je me demande…

Isabelle s’assombrit.chambr

— Les écoles sont-elles à proximité ? Vu le prix, il doit y avoir un truc, non ?

— Vous avez toutes les commodités à proximité, au contraire : écoles publiques jusqu’au Lycée, privées jusqu’au collège, mairie de quartier, un grand Leclerc — d’époque ! —, un cinéma, une crèche privée, une galerie marchande avec cordonnier et pressing, etc. En toute franchise, la vue est tranquille, ici. Pas compliquée. Ce n’est pas un village-vacances, bien sûr, mais je suis sûr que vous pourrez vous y sentir à l’aise. Les voisins sont plutôt sympathiques, dans l’ensemble. Vous avez bien dû le voir : ceux que nous avons croisés nous ont dit bonjour !

— C’est vrai que ce n’était pas toujours le cas, dans les autres résidences que nous avons visitées, dit Marc.

— Alors, vous voulez déposer une offre ?

— Bien sûr que nous le voulons ! s’exclamèrent Marc et Isabelle, d’une seule voix.

Pascal sourit et leur présenta les papiers qu’il avait toujours sur lui. Il ne restait plus qu’à voir jusqu’à combien les propriétaires seraient prêts à descendre. 310 000 ? 300 000 ?

Seul l’avenir le dirait.

Flash info : l’appartement décrit dans ce texte existe réellement ! Il est bien situé là où le texte l’indique, et accessible de même. Bon, ok, il est desservi par un tramway et pas un tram-jet, un train (pas « aéro » du tout) et un RER. La gare du Grand Paris Express existera probablement un jour et une seconde, plus proche encore de l’appartement, doit être construite dans la même ville de Rueil-Malmaison. Les six lignes de bus existent bel et bien, elles aussi.

Mais surtout, il est vraiment en vente ! Pour être encore plus précis, j’en suis le propriétaire. J’ai déménagé, avec toute ma famille, bien plus loin de Paris. Nous avons donc mis notre appartement en vente sur leboncoin et c’est ICI que ça se passe.

Passez donc y faire un tour ? Si vous cherchez un appartement familial, proche de Paris et de toutes commodités, vous pourriez bien tomber sous le charme ! Ce serait quand même dommage de passer à côté d’une telle occasion, vous ne croyez pas ?

Alors, « à bientôt » !!!

Free Hugs for children

J’ai écrit ce court texte (moins de 500 mots) avec, en tête, la tragédie qui vient de frapper des écoles de Peshawar au Pakistan. Pour autant, j’ai opté pour un ton léger « léger ». Il s’agit donc d’un texte en lien (très très) indirect avec cet événement terrible, incompréhensible, inhumain (ou trop humain?)… En mémoire de…

 

La société « Free Hugs for children » a encore frappé – News du 16/12/2014

La petite ville de Ruelles Malappart est en émoi, ce soir. Plus tôt dans la journée, un commando de six membres du collectif « Free Hugs for children » (« câlins gratuits pour enfants », note du traducteur) a fait successivement irruption dans plusieurs écoles (de la maternelle au collège) du centre-ville. Ils ont finalement été mis aux arrêts et déférés à la prison de Belleville sur murets, dans l’attente de leur procès.

Les faits sont accablants : pas un des enfants des écoles concernées n’a été épargné. Il ne reste qu’à espérer que le souvenir de cette terrible journée reste le moins longtemps possible vivace en leur mémoire.

Jacques, parent d’un élève de grande section, exprime sa colère auprès de notre micro-trottoir à la grille d’entrée de l’école maternelle du petit Saint-André.

— C’est inadmissible. « Free Hugs for Children » est clairement une organisation terroriste, voire une secte, qu’il convient d’interdire de toute urgence. Combien de victimes avant que les autorités ne réagissent pour de bon ? Aujourd’hui, mon fils de neuf ans a reçu un innocent câlin et un bisou sur la joue de la part d’un parfait inconnu. Ces individus sans scrupules se permettent de nous jeter à la figure un jugement moral sur la façon dont il conviendrait d’élever les enfants, et c’est tout bonnement inqualifiable ! Je travaille plus de dix heures par jour, et c’est pareil pour ma femme. Comment allons-nous bien pouvoir expliquer à Nicolas que, non, nous n’avons pas le temps de lui faire un câlin ni de lui dire que nous l’aimons ? Ce sont toutes les bases de notre société de l’hyperconsumérisme qui sont foulées aux pieds par ces irresponsables ! Moi je dis que dans ce genre de cas, il faudrait pouvoir remettre en vigueur la peine de mort…

 

Afin d’apporter un éclairage scientifique sur cette affaire, nous avons demandé à l’expert-éleveur Jacques Sandoux de nous exposer son point de vue :

— Je peux comprendre que certains parents se sentent désemparés face à une telle violence. Notre société a perdu l’habitude des manifestations gratuites de gentillesse, voire d’amour pour notre prochain. L’individualisme a prouvé, par sa résilience en tant que modèle de société, qu’il pouvait résoudre tous les maux du siècle. Il est avéré que lorsque plus personne ne se tourne vers les autres en cas de problème, ceux-ci disparaissent comme par enchantement. Les actions du collectif « FHC » sont donc clairement une régression, un terrible retour en arrière dans l’évolution naturelle de l’humanité vers plus d’égoïsme, plus d’individualisme, donc plus d’autonomie et d’épanouissement personnel. Il faudrait, pour résumer la situation, que ces hommes et femmes mûrissent enfin. Sans aller jusqu’à demander le rétablissement de la peine de mort, je pense que nous pourrions rouvrir certains centres de rééducation par le travail, ou Goulags. Si le gouvernement fait un pas dans cette direction, qu’il sache que je me sens prêt à assurer la direction du comité chargé d’œuvrer à la sécurisation de notre système éducatif, économique et sociétal.

C’était Pascal Bléval, pour BlévalNews…

Palais Bourbon

— Tirel, dis moi, c’est pas maintenant qu’ils sont censés nous exfiltrer ? demanda Mirus à son voisin de droite d’une voix incertaine.

— Je crois bien que si, répondit ce dernier.

En face d’eux, le peloton d’exécution était aligné comme à la parade. Les soldats préparaient leurs armes. Mirus crut entendre l’un d’eux siffloter gaiement.

— Alors qu’est-ce qu’ils attendent ? Je crois bien que j’ai eu ma dose d’adrénaline, moi. Ça suffit, je veux rentrer chez moi.

— C’est quand même vachement plus réaliste que ce à quoi je m’attendais. Pas comme au cinéma, même avec la 5D. J’ai vraiment les pétoches, renchérit Tirel tandis que les fusils se tournaient dans leur direction.

Un officier s’avança et leva son sabre de cavalerie vers le ciel. Quelques secondes s’égrenèrent dans un silence de mort. Une mouche vola, qu’un corbeau goba joyeusement. Le silence retomba tel la chape de plomb sur la pierre tombale.

— Merde, dit Mirus.

Tirel hocha la tête.

L’officier abaissa le bras et les armes crachèrent leur mortelle sentence.

*

Le 9 mars 1942, sept combattants des Bataillons de la jeunesse sont exécutés au fort du Mont-Valérien. Parmi eux, deux voyageurs du temps en quête de sensations fortes.

Un mouvement de grève inopiné au XXXéme siècle, suivi d’un reboot foireux des serveurs de « Live-Back », société spécialisée dans les voyages vers le passé, empêchèrent le rapatriement de Mirus et de Tirel vers leur époque d’origine.

« La perte des données cognitives au moment précis où le retour allait s’enclencher rend impossible la restauration des puces mémorielles de nos deux malheureux clients. C’est un regrettable incident, qui ne remet nullement en cause la fiabilité du système « Live-Back » dans son ensemble », dira plus tard l’attaché de presse de la société.

 

C’était un texte « Microphéméride »

image microphémérides

 

Une journée sans Facebook n’est pas sans conséquence…

— On a un problème, chef…

— Quoi donc, le bleu ?

— Demain, tous les humains vont se déconnecter de Facebook.

— Merde, on est déjà le 27 février, aujourd’hui ? Ça passe à une de ces vitesses, le temps…

— Qu’est-ce qu’on fait, chef ?

— Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse ? On serre les fesses et on espère que les batteries de secours tiendront le choc 24 h… Sinon, c’est la panne générale et le crash assuré en plein Paris… Je l’imagine d’ici, le tableau, tien. Ce serait pas joli-joli, notre vaisseau mère posé en plein sur le Louvre… Enfin, quand je dis « posé », je me comprends, hein…

— Notez bien, chef, que c’est une bonne idée que vous avez eue, de pomper l’énergie de tous ces cerveaux humains connectés ensemble via ce réseau Facebook. Depuis le temps qu’on était plus ravitaillés en carburant, ça commençait à craindre sérieusement du boudin. Mais à un moment, il faudra vraiment qu’on trouve le moyen de leur faire oublier cette foutue journée sans Facebook…

C’était un texte « Microphéméride »

image microphémérides

‘Pataphysique et boucle temporelle…

« Un déclic, le son de la bande qui commence à tourner, puis la voix de Thom s’élève dans la pièce :

— « Fête Suprême Quarte de Sainte Marmelade », lut-il péniblement. Markus, mais c’est quoi ce délire ?

— Ce n’est pas un délire, c’est une fête que j’ai imaginée pour aller avec l’invention du siècle.

— Laquelle ?

— Je parle de l’invention phare de la fin du 19éme siècle. Autrement dit, de la ‘Pataphysique.

— La « quoi » ? s’exclama Thom, manifestement incrédule.

— La science des exceptions. Tu verras, demain tu seras un expert en la matière, je te le garantis. »

À ce stade, Markus Jarry arrête l’enregistreur. Puis, il relève la tête pour fixer Thom du regard

— Tu as reconnu ta voix, non ?

— Oui, j’avoue, c’est bluffant. Et je n’ai aucun souvenir de cette conversation.

— Tu me crois, maintenant, quand je te dis que les voyages dans le temps peuvent modifier notre vie ? Hier encore, tu me soutenais mordicus que toute tentative d’influencer un évènement du passé ne pouvait que créer un nouvel espace-temps parallèle, sans du coup changer notre propre présent. Alors ?

— Bon, ok, tu m’as eu. Bien sûr, j’ai déjà entendu parler de cette Science et je sais que Boris Vian a été satrape du collège de ‘Pataphysique. Mais tu avais vraiment besoin de trouver des noms pareils ? « L’ordre de la grande gidouille »… Sérieusement, c’est quoi ton problème ?

— Tout le monde a droit à son petit délire, non ? rétorque Markus, vexé comme un pou.

***

Le 19 février 2150, pour gagner un pari, un voyageur du futur décide de créer la Science de la ‘Pataphysique. Il en suggère l’idée à Alfred Jarry, un lointain ancêtre et glorieux inconnu jusqu’alors.

Hama…

— Bon, tu joues ou pas ? s’impatiente Mak en agitant ses tentacules en direction d’Hembar.

Le télépathe vénusien hoche la tête et se saisit d’un de ses pions. Il inscrit dessus le chiffre « 150 » et le place sur une carte figurant la terre.

— Je fomente une rébellion en Épiphania avec cent-cinquante de mes frères musulmans, déclare Hembar avec un sourire tordu.

— T’as pas bientôt fini, avec tes coups foireux en Syrie ? s’énerve Jips, le vaporeux représentant de Saturne et troisième joueur. Ça fait six ans que ça dure. ET je te signale qu’on est en 1982, dans le jeu, et que la ville dont tu parles s’appelle Hama et non plus Épiphania.

— Je m’en fiche, réponds Hembar.

— Mais merde, Hembar, j’ai de l’artillerie lourde juste à côté, je vais écraser tes foutus frères musulmans et réduire Hama à un gros tas de ruines fumantes en moins d’une semaine ! Tu joues pour perdre, c’est ça ?

— Non, je joue pour t’emmerder. Et même si tu me bats, je reviendrai trente ans plus tard, encore plus fort. Et là, je te garantis que tu auras du mal à me vaincre.

— Mouais, ça reste à voir, fulmine Jips en s’emparant du sablier.

— Hé, les gars, si c’est pour faire la gueule, je le bazarde, moi, ce nouveau jeu. Ou alors, je fais exploser la planète terre et on n’en parle plus.

— Tu  n’oserais pas, tranche Hembar.

— Me tente pas, mon gars. Me tente pas…

Le 2 février 1982, 150 frères musulmans se soulèvent en Syrie, dans la ville de Hama. Cette tentative est sévèrement réprimée par le régime de Hafez al-Assad et marque la fin de la révolte des frères musulmans en Syrie, dans les années 1980.

Aujourd’hui, l’histoire se répèterait-elle ?

C’était un texte « Microphéméride »

image microphémérides

Prohibition et ET… Un mélange explosif…

Igor Ratchmapov se penche en arrière, bras tendu à l’extrême, bouteille de vodka en main. Il se détend soudain, envoyant s’éclater contre un mur la précieuse boisson. Un liquide liquoreux s’en échappe, dans lequel se débat de plus en plus faiblement une nuée de petites bestioles à la peau transparente.

Sergueï Boutkov s’approche alors et arrose la flaque à l’aide de son lance-flammes.

— Saletés d’ET, marmonne-t-il en dératisant sec… Infester notre production d’alcool nationale dans l’espoir d’envahir nos estomacs et la Sainte Russie par la même occasion ! Heureusement que Lénine n’a pas laissé passer ça.

— Tu débloques, là. C’est le dernier Tzar qui a déclenché la guerre contre ces maudits ET, lui répond Igor. Pourquoi tu crois qu’il a mis en place la prohibition dès 1914, hein ? Pas pour empêcher les boches de se rincer le gosier avec notre vodka, en tout cas. Mais faut avouer, c’est vraiment sous Lénine que la lutte a commencé à obtenir des résultats concrets.

— Il paraît d’ailleurs qu’on en sera bientôt débarrassés. On sait d’où ils viennent, finalement?

— Bételgeuse, explique encore Igor tout en s’approchant des restes fumants de la bouteille. Un ami astronome m’a dit que leur étoile menace de s’effondrer sur elle-même, alors ils fuient.

— Quoi, c’est des réfugiés climatiques-astrologiques ?

— Ouais, c’est dingue, hein… On est tous logés à la même enseigne. La nature sera toujours plus forte que nous, achève Igor en écrasant sous son talon le dernier ET survivant.

— Bon, on cause, mais c’est pas tout ça. Si on veut à nouveau profiter tranquillement de notre vodka, va falloir en mettre un coup. Il paraît qu’il y a un entrepôt entier infesté à Moscou… Le boss nous y attend déjà…

— T’inquiètes, Sergueï, on les fumera tous pour le réveillon !

C’était un texte « Microphéméride »

image microphémérides

Le père noël, bon pour la pré-retraite?

Ceux qui me suivent sur Facebook s’en souviennent peut-être, j’avais parlé fin décembre dernier (2013, donc) d’un conte de Noël que je venais de rédiger. Un contact m’avait alors orienté vers l’appel à texte des Editions du P’tit Golem, et il se trouve que mon texte a été accepté.

J’en fus plutôt heureux, et ce d’autant plus que j’ai, à cette occasion, reçu le tout premier contrat d’édition de ma (encore très courte) vie d’écrivain !

Ce texte, donc, vient de paraître, dans le cadre de l’anthologie « Noël à travers la fantasy« , aux éditions du P’tit Golem, disponible gratuitement sur la librairie Immatériel.

Vous pouvez donc, si le coeur vous en dit, courir télécharger l’ebook, lire tous ces textes et venir ensuite m’en dire des nouvelles?

PS: cette journée du 6 mars fut bonne à un autre titre, car aujourd’hui est sorti le numéro 22 des chroniques d’Altaride, dans lequel est publié l’un de mes textes, à savoir « Les frères alchimistes« .

Bonne lecture et bonne soirée !

Haïti…

En souvenir du 12 janvier 2010…

Au bout de plusieurs heures, Jean-Louis Vendredi interrompit sa longue marche et se tourna vers l’Est. Dans cette direction, les lumières de Port au Prince scintillaient encore dans la faible clarté du matin.

— Ils verront, ces Vaudous, que le Shamanisme est une magie plus puissante et plus ancienne ! s’exclama Jean-Louis en brandissant haut son poing fermé.

Puis, il s’assit et se concentra. Aussitôt, des lignes de force apparurent devant ses yeux et une présence se fit jour sous ses pieds : un esprit, endormi et ronflant tel un feu grondant.

— Je fais appel à vous, ô mânes de nos ancêtres, Esprits de cette terre d’Haïti. Réveillez-vous !

— Qui trouble ainsi mon sommeil ? interrogea l’esprit en bâillant et en s’étirant dans la faille qui courait sous l’île.

Les mouvements des mânes firent trembler le sol, la roche commença à se déplacer comme par magie, s’élevant et retombant dans un grand fracas, ensevelissant Jean-Louis en un instant.

Malgré la disparition de l’invocateur, le séisme continua pourtant de gagner en ampleur, s’étendant en direction de Port-au-Prince et du reste d’Haïti, semant carnage et désolation sur son passage. Lorsqu’enfin les mânes atteignirent la surface de l’île, la mort régnait en maîtresse dans les environs.

— Nous, Enriquillos, esprits dragons habitant les failles de votre monde, sommes venus à votre demande. Qui êtes-vous, et où êtes-vous, êtres de chair qui fit appel à notre force ? Répondez !

Mais, Jean-Louis étant décédé, il ne restait personne capable de s’adresser aux âmes. Après s’être tournées dans tous les sens pendant encore de longues minutes, celles-ci décidèrent de retourner leur sommeil centenaire. Bientôt, la terre cessa de s’agiter, et finit par se calmer tout à fait.

Après plusieurs jours passés dans la terreur des répliques, la vie pouvait reprendre son cours sur Haïti.

image microphémérides

Arpanet (du tout)

—     Bonjour, passez-moi Robert … C’est Vinton. Oui, j’attends… Ah, Monsieur Kahn ? C’est fait. Nous pourrons basculer en full TCP / IP à compter du 1er janvier prochain.

Par cette phrase, vraisemblablement prononcée en décembre 1982, le réseau ARPANET est lancé sur les rails qui entraîneront inexorablement l’humanité tout entière, quelques décennies plus tard, vers « l’internétisation » à outrance de la planète.

Au même instant, sur la face cachée de la lune…

—     Ils sont foutus, et ne le savent pas encore… murmure Zargolb dans son dialecte d’Alpha du centaure. En tout cas, les instructions que nous avons envoyées à ce Robert Kahn et à son associé Vinton Cerf ne sont pas tombées dans l’oreille de sourds.

—     Nous devrons être patients, lui répond Krator, résident jupitérien, dans une série de cliquetis interminable. Il reste trois étapes majeures à franchir : tout d’abord, la connexion de masse à l’internet, prévue pour le 21éme siècle. Puis, très rapidement, l’apparition des premiers jeux contrôlés par la pensée. Ce qui marquera le début de la fusion entre l’esprit humain et l’informatique.

—     Oui, intervient Zargolb. Chez ces humains, tout passe par le jeu… Impossible de les faire évoluer sans dimension « ludique », comme ils disent…

—     La troisième étape, la généralisation des implants de connexion neuraux, est la plus importante, continue Krator, imperturbable. Il nous sera alors facile de hacker leurs cerveaux.

—     Il y a tout de même un élément du plan que je ne comprends pas, insiste Zargolb. À quoi bon, tout ça ?

—     Nous avons à disposition une planète qui grouille d’individus prêts à ouvrir leur crâne pour notre seul bénéfice. Pourquoi laisser passer une telle chance de découvrir leurs motivations ?

—     Ah oui, vu sous cet angle… Bon, pourquoi pas, après tout. Ça pourrait se révéler amusant.