Économie de mouvements…

Bonsoir à toutes et à tous !

 

Je profite pour ce premier billet de 2015 pour vous souhaiter une bonne et heureuse année. Qu’elle vous apporte joie, santé, Amour, Gloire et Beauté ! 🙂 Et tout ça en musique et porté par des beaux textes, tant qu’à faire.

En attendant, moi, je suis un peu décalé. Je me rends compte, après avoir écrit mon texte, que c’était à rendre la semaine dernière. Est-il possible que le temps file si vite? Vous y croyez, vous? Toujours est-il que, mon texte étant écrit, hé bien je vous le partage.Voilà, c’est dit.

Il est plus court que les autres, par contre, et en partie influencé par mon déménagement récent. Il y a donc des morceaux de ma vraie vie, dedans.

Bonne lecture, et encore bonne année tout le monde !

 

Économie de mouvements…

À l’horizon, la nature déploie ses banderoles de nuages blancs teintés de pourpre. Encore haut dans le ciel, le soleil se couche peu à peu. Il se fait tard. Bientôt, il fera un noir d’encre. Il faut l’accepter.

Je finis de rajuster une tuile de mon toit en maugréant. Les coups de butoir de la tempête de la semaine passées n’ont pas été tendres. De nombreux arbres encombrent les rues, certaines des maisons du quartier n’ont pas été reconnectées au réseau électrique ni même au téléphone. Je me relève en me tenant le dos. Je suis perclus de courbatures, fatigué comme jamais par ces quatre jours de galère passés à ramasser les débris, à aider les voisins à remplacer leurs vitres et à dégager leurs gouttières. Tout ça pour devoir grimper — seul — sur mon propre toit. Ah, pour ça, j’en aurais profité, du Nouvel An !

J’aurais mieux fait d’acheter une cabane en bois dans le Larzac pour élever des chèvres. Ou des moutons, pour la laine. Mais à la place, je vis là, dans une allée — presque une impasse — où se côtoient un cimetière, une maison de retraite et un stade de foot… Et je ne vois plus trop pourquoi je devrais déménager : la dernière demeure de ma femme est presque à portée de bras. Qui ira refleurir sa tombe si je pars, hein ?

C’était son rêve, tout ça. La vieille maison avec poutres apparentes, le toit en tuiles, la petite tourelle et la rivière qui coule au fond du jardin — enfin… au fond du parc, je veux dire. Un demi-hectare, ce n’est plus un jardin. C’était son rêve et pas forcément le mien, mais je m’y suis fait, avec le temps. Et puis, la vie ici n’est pas si désagréable, après tout. J’avais le temps de lire et d’écrire, pendant mes trajets pour le boulot. C’est encore plus vrai depuis que je suis à la retraite. De toute façon, je ne peux tout simplement pas refermer le rideau sur tout ça sur un coup de tête, comme on décide de faire un créneau au lieu de se garer en épis, juste histoire de voir si on en est encore capable… C’était son Éden, et je compte bien le protéger jusqu’au bout.

Je redescends du toit par ma bonne vieille échelle aux barreaux branlants. Elle a connu la dernière guerre, tout comme moi. Sans doute connaîtra-elle également la prochaine. Qui ne devrait plus trop tarder, d’ailleurs. Enfin, pas vraiment une guerre mondiale comme on en montre dans les livres d’école, avec canons, baïonnettes et trompettes. Plutôt un combat de tous les jours, une lutte contre les promoteurs, les agents économiques… Tous des vautours, si vous voulez mon avis. Victimes de la fièvre née de l’illusion de la croissance éternelle. Comme si la Terre et ses ressources étaient inépuisables ! Foutre !

Ils prétendent transcender le vivant, l’améliorer avec leurs OGM. Le tout recouvert du doucereux fumier de la bonne volonté. « C’est pour nourrir tout le monde, vous comprenez ? Vous ne voudriez pas que les gens meurent de faim, quand même, non ? »

Et c’est toi qui passes pour un égoïste, du coup. Les renards.

Commencez par stopper le gâchis ! Produisez à la demande, plutôt que de déverser vos merdes sur les marchés pour mieux tout jeter dès que les gens tournent le dos ! On en reparlera, après, de vos OGMs. À condition qu’ils ne soient pas une façon de plus d’asservir les petits exploitants et de les lier à ces conglomérats qui forment la nouvelle aristocratie. À condition, également, que leur unique but ne soit pas de vendre des pesticides dangereux pour la nature autant que pour l’homme !

On est en panne d’idées, voilà bien la triste réalité. Après avoir épuisé la nature, il a fallu trouver d’autres solutions, c’est certain. Mais là, on devrait un peu plus marcher sur des œufs. Ne pas tout le temps prendre le mors aux dents et galoper droit devant comme un cheval fou privé de cavalier. L’humanité est un bon gros poulet sans tête. Vous n’êtes pas d’accord ? Libre à vous de vous immerger dans le ravissement général. Pendant ce temps, je serai à la cave, en train de me concocter un petit remontant. J’ai largement de quoi faire, sur mes étagères.

Et quand vous en aurez assez de constater que le fameux ascenseur social dont on nous vante les mérites depuis au moins Jules Ferry, vous saurez où me trouver. Il y aura un verre pour vous dans ma modeste longère, pour sûr. Je ne refuse jamais personne, moi.

Chacun devrait aller à son rythme, la nature comme les hommes.

À bon entendeur…

 

Mots à exploiter, tirés du blog d’Asphodèle – Les plumes de l’écriture:

Horizon, nature, ciel, échelle, fatigue, grimper, cabane, rideau, créneau, Éden, montagne, étagère, fièvre, transcender, panne, épuiser, œufs, cheval, ascenseur, ravissement, remontant, rythme.

Les plumes d'Asphodèle