Terra Nova – S1E7 – Vestiges…

Prologue et Sommaire des épisodes

Résumé des épisodes précédents :

Denis Law et Lena Dantes sont parvenus à soutirer à Heinrich Sammer les informations dont ils avaient besoin : le nom des personnes ayant possédé ou possédant peut-être encore les plans du système de protection entourant la salle de navigation du vaisseau-planétoïde Terra Nova. L’un d’entre pourrait avoir aidé les rebelles lors de leur tentative d’infiltration.

Pendant ce temps, une jeune femme du nom de Sylia Grant explore les bas-fonds à la recherche de trésors des temps passés. Dans un atelier isolé, coupé du reste du réseau par des inondations et oublié de tous, elle tombe sur plusieurs dizaines de robots à l’air neuf. D’autres merveilles se cacheraient-elles dans les parages ?

 

Épisode sept :

Un court instant, Sylia se sentit gagnée par l’euphorie. Elle s’écroula sur les genoux, les jambes coupées par l’idée de sa richesse à venir. Puis, le silence retomba, la réalité s’imposa à elle et elle fut prise d’un doute.

Comment ramener ces robots ? Par où les faire passer ? Et surtout, comme les vendre sans attirer l’attention ?

Sylia se releva et regarda à nouveau autour d’elle : certains disaient que même dans la ville haute, les androïdes en bon état se faisaient rares. Il y en avait pour une fortune. Sylia se rendit compte que si elle se pointait avec un de ces automates dans les bas-fonds, elle allait se faire envoyer directement au trou par le chef de district. Sans parler de l’interrogatoire musclé qui suivrait immanquablement. Mais plus que pour toute autre raison, elle se refusait à faire un tel cadeau à ce porc de Faraday : il ne mettrait jamais la main sur une cette caverne au trésor.

— Rien n’est jamais facile, philosopha la jeune femme à voix haute. Je le sais bien, mais quand même ! Je ne demande pas la lune, pourtant. Je veux juste qu’on me foute la paix et avoir de la chance, de temps en temps !

Prise d’un soudain accès de rage, elle asséna un violent coup de poing sur l’un des robots. Elle se reprocha amèrement la vanité de ses espoirs et s’efforça à retrouver un peu de sérénité. Sous le choc, les blessures de ses phalanges s’étaient rouvertes et lui faisaient un mal de chien. Un filet de sang rouge grenadine s’étalait sur la surface grise du robot, que Sylia essuya d’un geste machinal. Pour se calmer, elle tapota du plat de la main l’épaule de l’automate et tenta de réfléchir à une solution. Tous les démonter pièce par pièce pour les écouler au fur et à mesure réduirait les probabilités de se faire repérer. D’un autre côté, le temps de gagner assez d’argent pour payer le traitement régénératif de son père, ce dernier serait mort de vieillesse depuis belle lurette. Et puis, elle risquait surtout d’endommager les composants. La patience n’était pas la première de ses vertus, et il devait en falloir pour un travail aussi minutieux que le démontage complet d’un robot.

Sylia soupira et se rapprocha à nouveau du pupitre de commandes de l’atelier. L’un des boutons du tableau de bord était surmonté de l’image d’un plan en 2D. Elle l’enfonça et une carte se déploya sous ses yeux, en version hologramme. Lorsque Sylia pointa du doigt la pièce centrale, où elle se trouvait, des détails s’affichèrent en filigrane : nombre de robots stockés, production — nulle — sur les cent jours précédents, température et humidité ambiantes, le tout suivi de nombreux diagrammes. Sylia repéra un couloir sur le plan, reliant l’atelier à une autre pièce de dimension plus réduite. Sylia interrogea la console et de nouvelles statistiques apparurent : c’était un entrepôt, censé contenir une centaine de synthétiseurs de nourriture et autant de trousses de premiers secours. La jeune femme sourit et se frotta les mains. Ce serait plus facile de les rapporter et de les revendre que les robots. Elle tenta d’ouvrir les portes de l’entrepôt et du couloir à distance, mais un voyant rouge s’alluma à chaque fois, accompagné d’une courte explication sur l’origine du problème : « système non opérationnel, veuillez procéder manuellement ». Un diagramme s’affichant, détaillant la procédure à suivre.

— Rien n’est jamais simple, répéta Sylia en grinçant des dents. Je devrais faire graver cette phrase sur mon urne funéraire, ça résume plutôt bien mon existence…

Elle tourna sur elle-même, finit par repérer la porte mentionnée par le plan. Ce n’était autre qu’une grille étroite, en fer forgé, du côté sud de l’atelier. Sylia s’en approcha et constata qu’elle semblait en bon état. Le volant qui en commandait l’ouverture n’opposa qu’une faible résistance lorsque la jeune femme le fit pivoter vers la gauche et la grille lui céda le passage en protestant. Les lumières du couloir s’allumèrent au fur et à mesure de la progression de Sylia. Le sol et les murs étaient faits d’une matière blanche, aveuglante et chaude au toucher. Tous les vingt ou trente mètres, des niches avaient été aménagées de chaque côté du couloir. Des robots sentinelles, d’allure pataude, y reposaient. Ces statues de métal rutilant semblaient juste attendre un ordre pour sortir de leur torpeur. À côté de leurs formes massives, les courbes des automates de l’atelier leur donnaient une apparence gracile, presque fragile.

Après la troisième rangée de niches, Sylia commençait à se demander pourquoi un entrepôt de trousses de soins et de synthétiseurs impliquait un tel niveau de protection. Son regard fut alors attiré par une porte non répertoriée sur la carte de l’atelier. Elle s’en approcha avec circonspection. Elle était large — trois personnes auraient pu la franchir de front. Il n’y avait pas de volant, cette fois-ci, mais ce n’était pas nécessaire : un des battants était légèrement ouvert. Suffisamment pour laisser passer Sylia, même si elle dut cependant se contorsionner pour éviter de se racler les fesses sur les aspérités de la porte. Elle jeta un coup d’œil en arrière, dans le couloir : les robots sentinelles n’avaient pas réagi. La pièce était plongée dans la pénombre, mais Sylia n’eut pas longtemps à attendre. Comme dans le couloir, la lumière s’alluma d’elle-même après que la jeune femme eut fait quelques pas en avant. Ce que les lampes d’un blanc crue et dure dévoilèrent appartenait à un autre âge. Sylia eut un mouvement de recul : autour d’elle, sur des étagères en métal alignées au cordeau, étaient stockées des armes en provenance directe du crépuscule de la mythique Terre. Sylia en reconnut certaines : mitraillettes, fusils laser et grenades par paquets entier s’entassaient sous ses yeux. Elle s’empara d’un pistolet lanceur de fléchette et le tourna en tous sens. Il semblait flambant neuf, comme les robots de l’atelier. Son père en possédait un et lui avait appris à s’en servir. Elle fut surprise de constater qu’il était chargé et en parfait état de fonctionnement. Lorsqu’elle pressa la gâchette, une fléchette jaillit du canon et se ficha de trois ou quatre bons centimètres dans la paroi métallique de la pièce. Sylia en fut impressionné. Jamais l’arme de son père n’aurait pu obtenir un tel résultat.

— Dans quoi me suis-je fourrée, murmura Sylia, soudain effrayée par la portée de sa découverte.

Un bruit en provenance du couloir tira la jeune femme de ses réflexions. On aurait dit le crissement de griffes sur de l’acier…

 

Mots à exploiter, tirés du blog d’Asphodèle – Les plumes de l’écriture:

Fesse / attendre / richesse / dent / refuser / doute / vieillesse / circonspection / vertu / crépuscule / lune / philosophie / âge / vanité / sérénité / psalmiste (celui qui écrit des psaumes)  / paix / graver / gracile / grenadine.

Les plumes d'Asphodèle

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11 réflexions sur “Terra Nova – S1E7 – Vestiges…

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