Terra Nova – S1E3 – Lac artificiel

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Prologue et Sommaire des épisodes

Résumé des épisodes précédents :

Denis Law et Lena Dantes sont chargés d’enquêter sur une tentative d’infiltration de la salle de navigation du vaisseau-planétoïde Terra Nova.

Les régulateurs du secteur de Néotopia leur donnent carte blanche pour rétablir la sécurité.

Les deux agents se rendent aussitôt chez Heinrich Sammer, dirigeant influent de la confrérie des Doryphores, dans l’espoir que celui-ci ait des réponses à leur apporter.

 

Épisode trois :

Une fois le sas franchi, le véhicule de Denis et Lena s’engagea dans un tunnel éclairé par une lumière tamisée. Progressivement, les parois latérales, d’un blanc laiteux, se resserrèrent sur eux. Bientôt, la voie était tout juste assez large pour laisser passer trois voitures de front.

Soudain, ils débouchèrent sur une zone dégagée et arborée. Denis se colla le nez à la fenêtre, sous le choc.

Bon sang, mais on est où, là ?

Lena fit se retourner son siège pour faire face à Denis, et elle le fixa quelques instants en silence avant de l’interpeller.

— Vous n’étiez pas au courant ?

— Au courant de quoi ? Merde, ce gars est assez riche pour vivre comme sur terre, Lena ! On dirait que ça ne vous fait rien, à vous. Vous êtes un robot, ma parole.

— « Comme sur terre » ? releva Lena.

— Mes parents avaient des holodisques. Je les ai visionnés des centaines de fois, gamin. Pas vous ?

— Non. Il n’y avait pas ce genre de choses, chez moi. Et pour répondre à votre remarque sur ma personne, je confirme que je ne suis pas un robot. Je n’aime pas la tiédeur des sentiments, leur côté mielleux, voire visqueux… Mais cela ne fait pas de moi un être insensible pour autant.

Le regard de Lena posé sur lui rendit Denis mal à l’aise. Il crut sentir l’ombre d’un reproche dissimulé derrière l’habituel sourire neutre de son assistante. Plutôt que de lui présenter des excuses, il reporta son attention sur l’extérieur. Le chemin qu’ils suivaient louvoyait entre des collines tapissées de verdure et de parterres de fleurs. Des arbustes encadraient des arbres fruitiers ou de décoration, comme des saules pleureurs ou des platanes. Denis crut voir un lièvre jaillir d’un fourré puis s’y cacher avec précipitation à leur approche. Même la hauteur de plafond était impressionnante, sans doute deux cents ou trois cents mètres. Depuis le sol, il ressemblait à s’y méprendre à un ciel véritable. Un soleil miniature contribuait d’ailleurs à en illuminer l’horizon. Des nuages passaient régulièrement devant l’astre artificiel, le masquant quelques secondes avant de s’éloigner avec lenteur.

— L’orgueil de ce type ne connaît pas de limites, s’exclama Denis.

— Vous devriez garder ce genre de remarques pour vous, lui dit Lena.

Denis hocha la tête, plus agacé qu’autre chose par l’avis de la jeune femme. Il ouvrit la bouche pour lui répondre vertement, mais leur véhicule contourna une falaise rocheuse et le paysage qui s’étala sous leurs yeux lui coupa le souffle. En contrebas, une trentaine de bâtisses formaient un cercle aéré, coupé de larges avenues bordées d’arbres. Les maisons les plus excentrées longeaient un lac dont la surface miroitait sous les rayons du soleil artificiel. Une certaine animation régnait dans le village, évoquant cependant davantage une atmosphère de vacances à la mer que l’activité frénétique qui prévalait au sein des cavernes d’acier de Néotopia.

Denis était hors de lui face à un tel spectacle. Il bouillait littéralement, les poings serrés et la mâchoire crispée.

— Ce n’est plus de la morgue, là, c’est carrément du mépris ! On rationne l’eau pour tout le monde tandis qu’un particulier possède un foutu lac et un putain de village !

— Je me permets de vous suggérer à nouveau de modérer vos propos, Denis. N’oubliez pas que monsieur Sammer est à la tête de la confrérie des Doryphores et que ses connexions incluent vraisemblablement des régulateurs d’autres secteurs autour de Néotopia. Il jouit d’un pouvoir et d’une influence à la mesure de ses conditions de vie, voilà tout. Ah, nous arrivons à un barrage. Calmez-vous, je vous prie.

En effet, leur véhicule ralentit de lui-même et s’arrêta quelques centaines de mètres plus loin. Une guérite se dressait sur le côté droit de la route et une barrière blanche leur bloquait le passage. Un androïde s’approcha d’eux et leur fit signe de descendre. Lena s’exécuta aussitôt, suivie par un Denis empreint de mauvaise volonté. Lena s’adressa au robot gardien avant que Denis n’ait eu le temps de faire un pas dans sa direction.

— Nous sommes attendus par monsieur Sammer.

— J’ai été prévenu. Vous êtes Lena Dantes et votre collègue est Denis Law. Je serai votre guide jusqu’à la demeure de monsieur Sammer. Le repas sera servi dans trente-deux minutes et mon maître sera honoré que vous preniez place à sa table.

Malgré la discrète tentative de Lena pour l’en empêcher, Denis se planta devant l’androïde, les poings sur les hanches.

— Pourquoi nous avoir fait sortir du taxi si vous saviez qui nous étions ?

— Les véhicules sont interdits dans le village, Monsieur Law.

Denis désigna le ruban d’asphalte qui se dirigeait droit vers la baie et longeait les habitations les plus proches.

— À quoi sert la route, dans ce cas ?

— Elle est utilisée uniquement en cas d’urgence. Ne vous inquiétez pas, vous êtes sous ma protection. Il ne vous arrivera rien de fâcheux sur notre trajet, même en circulant à pieds.

Denis se détourna et fourra les mains dans ses poches. L’attitude involontairement condescendante du robot ne l’aidait pas à se calmer.

—  Foutue boîte de conserve, murmura-t-il en serrant les dents.

Leur guide ne fit pas mine de l’avoir entendu. Il se contenta de leur indiquer la direction d’une longère isolée, érigée à l’écart du village. Elle était ceinte d’une clôture et entourée d’une vaste prairie dans laquelle s’ébattaient deux poulains au pelage bai, marqués à la culotte par une jument à la robe identique.

— Si vous voulez bien me suivre, monsieur Sammer vous attend.

Ayant dit cela, le robot s’engagea sur un petit chemin de terre. Celui-ci serpentait le long de la façade ouest de la colline sur laquelle ils se trouvaient. Lena lui emboita le pas, imitée à contrecœur par Denis.

Mots à exploiter, tirés du blog d’Olivia Billington – Des mots, une histoire :

Soutien / famille / convivial / repas / réunion / confrérie / confrontation / humilité / orgueil / arrogance / mépriser / morgue / autopsie / trouver / réponse

Soit vous prenez tous les mots, soit vous n’en sélectionnez que cinq et vous ajoutez la consigne suivante : un des personnages doit dire « je n’aime pas la tiédeur des sentiments ».

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Palais Bourbon

— Tirel, dis moi, c’est pas maintenant qu’ils sont censés nous exfiltrer ? demanda Mirus à son voisin de droite d’une voix incertaine.

— Je crois bien que si, répondit ce dernier.

En face d’eux, le peloton d’exécution était aligné comme à la parade. Les soldats préparaient leurs armes. Mirus crut entendre l’un d’eux siffloter gaiement.

— Alors qu’est-ce qu’ils attendent ? Je crois bien que j’ai eu ma dose d’adrénaline, moi. Ça suffit, je veux rentrer chez moi.

— C’est quand même vachement plus réaliste que ce à quoi je m’attendais. Pas comme au cinéma, même avec la 5D. J’ai vraiment les pétoches, renchérit Tirel tandis que les fusils se tournaient dans leur direction.

Un officier s’avança et leva son sabre de cavalerie vers le ciel. Quelques secondes s’égrenèrent dans un silence de mort. Une mouche vola, qu’un corbeau goba joyeusement. Le silence retomba tel la chape de plomb sur la pierre tombale.

— Merde, dit Mirus.

Tirel hocha la tête.

L’officier abaissa le bras et les armes crachèrent leur mortelle sentence.

*

Le 9 mars 1942, sept combattants des Bataillons de la jeunesse sont exécutés au fort du Mont-Valérien. Parmi eux, deux voyageurs du temps en quête de sensations fortes.

Un mouvement de grève inopiné au XXXéme siècle, suivi d’un reboot foireux des serveurs de « Live-Back », société spécialisée dans les voyages vers le passé, empêchèrent le rapatriement de Mirus et de Tirel vers leur époque d’origine.

« La perte des données cognitives au moment précis où le retour allait s’enclencher rend impossible la restauration des puces mémorielles de nos deux malheureux clients. C’est un regrettable incident, qui ne remet nullement en cause la fiabilité du système « Live-Back » dans son ensemble », dira plus tard l’attaché de presse de la société.

 

C’était un texte « Microphéméride »

image microphémérides