Terra Nova – S1E4 – Heinrich Sammer

Liens:

Prologue et Sommaire des épisodes

Résumé des épisodes précédents :

Denis Law et Lena Dantes sont chargés d’enquêter sur une tentative d’infiltration de la salle de navigation du vaisseau-planétoïde Terra Nova.

Les régulateurs du secteur de Néotopia leur donnent carte blanche pour rétablir la sécurité.

Les deux agents se rendent chez Heinrich Sammer, dirigeant influent de la confrérie des Doryphores, dans l’espoir que celui-ci ait des réponses à leur apporter.

Un androïde les guide vers la demeure du mystérieux Monsieur Sammer, au milieu d’un paysage digne de la mythique Terre.

 

Épisode quatre :

Tout en descendant la colline, Denis se rapprocha de ce l’androïde qui les menait en direction de la demeure d’Heinrich Sammer. Lena lui lança un regard en coin, mais ne dit rien. Denis repéra le numéro d’identification de leur guide. Il était incrusté sur son épaule droite, bien en évidence : « ZX-521 ».

— ZX ?

— Monsieur Law ?

— Comment monsieur Sammer fait-il pour maintenir un tel écosystème dans son domaine ? Sur le trajet, j’ai constaté que des arbres à priori peu compatibles les uns avec les autres cohabitaient sans difficulté. J’ai du mal à imaginer par quelle magie il a été possible de réunir ainsi des cactus, des conifères et des siguines. Sur Terre, ces espèces ne vivaient pas sous un climat identique.

— Je comprends votre incrédulité. Les jardins de Monsieur Sammer ont connu de nombreuses transformations au cours des dernières décennies.

— Quel genre de transformations, précisément ?

Le cyborg resta silencieux un moment. Ils étaient arrivés au pied de la colline et un portail bloquait la route. Vers l’ouest, le lac occupait tout l’horizon et le village avait des airs de petite ville de campagne. ZX-521 entra le code d’accès à la résidence et le lourd portail s’ouvrit sans un bruit. Ils reprirent leur marche en direction de la longère du maître des lieux.

— L’image la plus appropriée est celle d’une chenille, dit soudain le robot.

— Une chenille ?

— Tout à fait. Cet insecte traverse au cours de sa vie plusieurs stades d’évolution, pour finalement se changer un majestueux papillon.

Denis était dubitatif et le montra.

— Je ne vois pas le rapport avec ma question. Vous auriez aussi bien pu me parler des cafards. Il n’y a pas plus adaptable que ces saletés.

— Lorsque j’ai été activé, il y a soixante-deux ans, trois mois et vingt-quatre jours, ces terres ne laissaient en rien présager de ce qu’elles allaient devenir. Je peux vous en projeter les images, si vous le désirez.

— Plus tard, peut-être.

— Monsieur Sammer a mis toute son énergie dans la création de ces jardins. Des technologies héritées de vos lointains ancêtres ont été utilisées pour rendre idéalement fertiles des parcelles proches géographiquement, mais au sol doté de caractéristiques très spécifiques. Acidité, humidité, dosage des minéraux… Tout a été pensé pour favoriser la croissance rapide d’une flore variée.

ZX-521 s’interrompit à nouveau. Ils étaient parvenus à leur destination. Un robot en livrée rouge et noir les attendait sur le pas de la porte. La longère s’étendait devant eux, sur près de trois-cents mètres. Elle ne payait pas de mine et évoquait chez Denis les vieilles bâtisses en pierre dont les habitants de la Terre semblaient friands, dans les anciens temps. Cela ne cadrait pas avec l’idée qu’il se faisait de leur hôte. Quel est le but d’un tel travestissement ? songea-t-il, un peu perdu. Pourquoi feindre l’humilité quand on a tant de pouvoir sur les autres ?

ZX-521 s’inclina devant Denis et Lena.

— Mon rôle s’achève ici. Monsieur Law, si vous désirez poursuivre notre conversation, il vous sera possible de le faire avec le majordome MC-130, qui va prendre le relai et vous mener jusqu’à Monsieur Sammer.

Ayant dit cela, il s’éloigna. De son côté, le robot MC-130 ouvrit la porte à double battant de la longère avant de faire signe à ses deux visiteurs de le suivre à l’intérieur. Le hall dans lequel ils pénétrèrent était à l’avenant de l’aspect extérieur de la bâtisse : parquet en chêne brut, murs blanchis à la chaux et poutres apparentes au plafond. Des tableaux pastoraux constituaient l’unique décoration des lieux. Ils étaient maintenus en place par des fils de plomb, eux-mêmes attachés à des crochets plantés en haut des murs. L’une des peintures évoquait une scène de chasse à courre, symbolisée par l’envol d’une dizaine de canards avec, en toile de fond, trois cavaliers porteurs de fusils. Sur une autre, une femme au dernier stade de la grossesse était allongée dans l’herbe, au pied d’un arbre. Elle était vêtue d’une robe diaphane qui ne masquait pas grand-chose de son anatomie. Elle était entourée d’animaux sauvages, et elle couvait du regard un nid d’oiseau, sur sa gauche. L’un des œufs semblait prêt à éclore.

— L’aspect décoratif de la demeure de Monsieur Sammer a un caractère éphémère, indiqua le majordome. Mon maître apprécie le changement avant tout.

— L’amour de Monsieur Sammer pour les belles choses ne fait aucun doute.

C’est Lena qui venait de parler. Denis l’observa, intrigué qu’elle ait choisi cet instant précis pour prendre la parole. Ils avaient quitté le hall d’entrée et, après avoir parcouru un long couloir, ils s’apprêtaient à pénétrer dans ce qui ressemblait beaucoup à un boudoir. La pièce était petite. De plus, les murs étaient tendus de tapisseries en velours rouge et un voile sombre masquait la fenêtre, créant une atmosphère confinée, intime. Une table ronde, sur laquelle était posé un plateau argenté croulant sous les pâtisseries, ainsi que des fauteuils aux larges accoudoirs, dont les dossiers devaient bien faire trois mètres de haut, occupaient une bonne part de l’espace disponible. Un jeune homme, en apparence tout juste sorti de l’adolescence et confortablement installé dans l’un des fauteuils, semblait les attendre : il se leva à leur arrivée, un franc sourire aux lèvres. Il portait un pantalon et une veste trop grands pour lui. Ses vêtements lui donnaient l’air d’être déguisé, comme un enfant engoncé dans son costume du dimanche.

MC-130 s’inclina comme l’avait fait ZX-521 avant lui, avant de se mettre en faction dans le couloir, immobile.

— Entrez, n’ayez pas peur, dit alors le mystérieux jeune homme.

— C’est que nous avons rendez-vous avec Monsieur Sammer, et… commença Denis, gêné.

— Oui, je le sais bien. C’est moi-même. Asseyez-vous donc. Le repas n’est pas tout à fait prêt. J’ai pensé que ce serait plus agréable de patienter ici. Cette pièce est-elle à votre goût ?

Denis fixa l’adolescent d’un air abasourdi. Lui, Heinrich Sammer ? C’est une blague ?

Lena le contourna et s’installa confortablement sur le fauteuil le plus proche de l’entrée. Elle croisa les jambes et hocha la tête en direction de l’homme qui venait de les accueillir.

— Les techniques régénératives ont progressé. Vous ne faites pas votre âge, Monsieur Sammer.

Son interlocuteur eut un petit rire. Ses yeux pétillaient comme après une bonne plaisanterie. Lena, elle, malgré son caractère réservé, semblait éperdue d’admiration face à l’apparente jeunesse de leur hôte. Denis, quant à lui, se sentait hors du coup. Il s’assit à la droite de Lena, l’air revêche.

— Vous nous dites être Heinrich Sammer, déclara-t-il sans aménité. Prouvez-le.

Mots à exploiter, tirés du blog d’Asphodèle – Les plumes de l’écriture:

Changement / incrédulité ou incrédule (au choix) / papillon / régénérer / chenille / évolution / climat / déguiser / magie / transformation / grossesse / adolescence / éclosion / cafard / majestueux / amour / éphémère / éperdu / envol / travesti.

Les plumes d'Asphodèle

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34 réflexions sur “Terra Nova – S1E4 – Heinrich Sammer

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  2. J’ai beaucoup aimé ce chapitre ! Il est enlevé et je ne me suis pas ennuyée une seconde (tu noteras la valeur de cette remarque !!! 😆 ) . J’ai envie d’en savoir plus, les choses prennent une tournure inattendue… J’aime être surprise même si je ne fréquente pas vraiment les cyborgs, l’aspect « humain » des choses leur donnent une dimension intéressante ! 😉

  3. P.S. : tu me prends de court et bien qu’il n’y ait pas de cours d’eau dans le décor, on parle de « chasse à courre », eh oui tous ces homonymes c’est compliqué parfois !!! 😆

      • C’est ça que j’aime dans la « SF », aussi, pouvoir la retranscrire à échelle humaine, tous ce que les bons auteurs du genre ont su faire ! 😉

      • Tu ne liras jamais avec moi de SF centrée sur la technologie et n’existant que par elle. Pour moi une histoire, ce sont avant tout des personnages qui se rencontrent, s’affrontent, se soutiennent, se croisent. .. le côté futuriste est là avant tout pour décorer et me permettre de lâcher la bonde à mon imaginaire.

  4. C’est quoi cette technique régénérative? on la trouve où? A combien? Non je rigole je n’en ai pas encore besoin.
    Bon week end

  5. Comme toujours, style très agréable, l’histoire se suit avec plaisir, cette semaine c’est ton texte que j’ai lu en dernier (= celui que je me garde comme friandise dont je me délecte à l’avance ^^).

  6. La technologie m’a devancée : je n’avais pas terminé mon commentaire.
    Mais Sammer a-t-il réellement bénéficié de ces techniques régénératives ? Il pourrait être un clone, un robot,…

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