Respirer les embruns

Les deux mains bien à plat sur la barre du gouvernail, j’inspire à fond l’air du large. Liberté, Indépendance, Nature Omniprésente et Toute Puissante, sont les mots qui me viennent en tête à cet instant précis, comme portés jusqu’à moi par les embruns. Perdu en plein rêve, je passe une main calleuse sur ma barbe drue. Je me sens bien, enfin en paix avec moi-même.

Soudain, une main typiquement féminine passe devant mon visage et éteint le ventilateur qui me souffle un air frais au visage. Puis, une voix m’interpelle sur un ton de reproche, me tirant définitivement de mes pensées :

—     Tu devrais te raser, chéri. Les enfants me disent que tu pique. Et tu vas me faire le plaisir de jeter ces algues pourries à la poubelle et de descendre le sac au local à ordures. Ça pue dans tout l’appartement, c’est une infection.

—     Ok, ok, je marmonne tout en m’exécutant. Mais qu’est-ce que tu peux manquer de romantisme, toi, alors…