Déchets spatiaux

—     Ça ne fonctionnera pas, cette fois encore, grommelle Yvon Lemarchand.

—     Tu as une meilleure idée, peut-être ? Moi pas, réplique Marc Zigorne. Toutes nos autres tentatives pour communiquer avec la Terre ont échoué. Et on ne va pas pouvoir survivre très longtemps, en panne sur ce foutu astéroïde. On a besoin d’aide.

Yvon ne répond rien. Marc enfonce le bouton d’envoi d’une nouvelle balise de détresse. La dixième en quinze jours. Comme les neufs autres, elle s’extrait lentement de la carcasse de la navette des deux naufragés de l’espace, avant d’activer ses réacteurs nucléaires.

Coincés sur un gros caillou stérile, Marc et Yvon sont échoués en orbite d’une planète inconnue, tels une baleine bleue échouée sur une plage bretonne.

Peu après, alors que la sonde n’a pas parcouru plus d’une petite dizaine de milliers de kilomètres, un rayon surgit de nulle part réduit le drone autonome en une fine poussière.

—     Ils sont chiants ces humains, de rejeter leurs déchets dans l’espace, comme ça, grommelle Zglurbe en croisant ses six bras d’un air rageur. C’est ma cinquième intervention ce mois-ci, la dixième de l’agence en moins de vingt jours… Va falloir qu’ils se calment. Jouer aux éboueurs, j’ai pas que ça à faire, moi !

La voie qui te pousse au Train

La vie me pèse et les solutions pour m’en sortir m’échappent.

Je fixe les rivets des rails de chemin de fer à mes pieds. Ils vibrent, annonciateurs d’un train de marchandises en approche lente, implacable.

Je ferme les yeux et me laisse tomber en avant. Ma fille hurle aussitôt, s’écriant d’une voix rendue stridente par l’effroi :

« Maman, y a papa qui bloque encore mon train électrique avec son pied ! Dis lui d’arrêter, il m’embête ! »

Je m’écarte en riant et reprends le cours de ma vie.